jeudi 28 janvier 2021

Pascal Dusapin, invité central du festival de création musicale Présences de Radio France 2021

Pour ses 30 ans d’existence, le festival Présences de Radio France fondé en 1991 par Claude Samuel célèbre du 2 au 7 février le compositeur français le plus prolifique et le plus joué de la génération des années 1950, Pascal Dusapin

Pascal Dusapin (né en 1955). Photo : (c) Radio France / Christophe Abramovitz

« La musique de Pascal Dusapin allie comme peu d’autres esprit et sensualité » écrit du compositeur français son confrère et ami belge Bernard Foccroule, lui-même compositeur, organiste et directeur d’institution qui fut le premier à lui commander un opéra, Medeamaterial, alors qu’il était directeur du Théâtre de la Monnaie de Bruxelles, maison d’Opéra dont Dusapin est aujourd’hui encore l’un des compositeurs privilégiés, au même titre que son aîné Philippe Boesmans. En fait, pour Dusapin sa propre musique est l’expression du corps et de ses mouvements, et d’une spiritualité qui tient d’une incarnation voire une révélation métaphysique en rapport avec le monde, l’émotion. « Il est impossible de vivre dit-il sans espérer quelque chose de supranaturel à l’homme, mais même le divin est l’expression du monde des hommes invariable à toute civilisation. Dans l’Iliade par exemple, ce sont les hommes qui créent leurs propres dieux et les corrompent au point que ces derniers se disputent entre eux comme le font les hommes. »

Né à Nancy en 1955, reconnu comme l’un des compositeurs français majeurs de sa génération, Pascal Dusapin est aussi l’un des plus prolifiques et les plus joués. « Un artiste se nourrit de tout ce qui lui arrive dans la vie, et les études en tant que telles ne servent à rien. La  certitude du travail que l’on a à accomplir s’acquiert sur un très court laps de temps », dit ce créateur qui n’a suivi aucun cursus d’études traditionnel, suivant la classe d’Olivier Messiaen au Conservatoire de Paris en auditeur libre, l’enseignement d’Iannis Xenakis à l’université de Vincennes et un séminaire de Franco Donatoni en Italie avant d’être pensionnaire à la Villa Médicis à Rome. « Les jeunes compositeurs ont aujourd’hui plus de mal à sortir du rang. Pas seulement parce qu’ils sont beaucoup plus nombreux. Le nouvel académisme, comme les bruitistes ou les saturationnistes, les techniques se rationnalisent, notamment avec une série de catalogages d’effets, ce qui va à l’encontre de ce que je fais, chacune de mes œuvres étant le fruit d’un travail et d’une réflexion spécifiques. »

Photo : DR

Pascal Dusapin n’est pas un compositeur désespéré malgré la morosité du temps présent. « Un artiste qui a quelque chose à dire trouvera toujours le moyen de s’exprimer. Reste néanmoins à voir dans quelles conditions, considérant l’évolution actuelle du politique. Ainsi, la plus grande bibliothèque musicale d’Europe, qui se trouve à Amsterdam, qui voit son budget largement amputé parla seule volonté d’un politicien de 39 ans biberonné au rock, qui ne veut rien entendre du monde de la musique symphonique qui à ses yeux ne représente rien. Ces questions sociétales comme la cancel culture dépendent d’universitaires et de fonctionnaires salariés, jamais de personnalités indépendantes qui se battent pourtant pour que la Culture ait une valeur certaine. »

Atteint de la covid-19 en mars, Pascal Dusapin a retrouvé son atelier après deux mois difficiles, ne retrouvant que peu à peu ses capacités de travail. « Je voyage beaucoup moins, par la force des choses, Trois nouvelles productions de mes opéras ont été non pas annulées mais reportées, et je travaille sur des commandes qui m’ont été passées pour les années 2022 à 2024, notamment sur un nouvel opéra. » Le compositeur n’en reste pas moins inquiet face à l’avenir. « Les artistes, les théâtres sont très mal traités. La Culture n’est plus un bien essentiel. Chaque fois que la ministre ou un artiste s’exprime sur les difficultés du secteur, elle ou il a droit à une bordée d’injures. Les gens qui apportent une part de rêve sont toujours méprisés, dénigrés. On donne des milliards au secteur de la Culture, mais ce ne sont pas les artistes qui en profitent, ce sont les salariés, les administrations, les techniciens. Quatre vingt dix pour cent des budgets sont engloutis par le fonctionnement. Je ne parle néanmoins pas le langage de l’amertume, n’ayant aucun problème matériel. Les artistes sont des boucs-émissaires, or les grandes économies ont souvent une grande politique artistique. »  

Contrairement à celle de l’an dernier, l’édition 2021 de Présences se déroule sans public, pour cause de couvre-feu. Mais émanation de Radio France, tous les concerts sont retransmis sur France Musique en direct et en streaming. « C’est pour moi une frustration totale, se désole Pascal Dusapin. En effet la musique est partage, or cette fois je ne sais pas qui je touche pendant le festival. Mais en même temps c’est très émouvant que Radio France fasse tout pour que ce festival de création musicale contemporaine ait lieu, en dépit du contexte et de l’épée de Damoclès qui plane dessus jusqu’à la fin de cette édition. »

mardi 26 janvier 2021

Ludovic Tézier sur tous les fronts

 
Ludovic Tézier. Photo : (c) Sony Classical

Il est des musiciens heureux, ce qui est plutôt rare aujourd’hui. Ludovic Tézier est de ceux-là. Il est en effet en pleine représentations d’une nouvelle production de Thaïs de Jules Massenet à l’Opéra de Monte-Carlo, tandis que paraît son premier CD monographique Verdi

« Je suis clairement privilégié. J’ai beaucoup de chance d’être à Monaco. J’ai du travail et j’ai la bonne fortune de pouvoir me produire en public. Monaco constitue en effet en Europe, avec l’Opéra de Vienne et les Opéras espagnols, l’une des rares exceptions dans un monde confiné où le spectacle vivant est au point mort. » Son renom international permet à Ludovic Tézier d’être des castings les plus huppés de la planète lyrique. Il est en effet de ceux que les grands théâtres d’Opéra s’arrachent, et le peu qui fonctionnent actuellement font appel à lui pour les grands rôles de baryton du répertoire, ce qui fait de lui l’un des rares à pouvoir chanter devant un public malgré la pandémie.

« En ce moment les musiciens se confrontent à quelque chose de très violent, s’alarme Tézier. La vie est n’est plus qu’une suite de grands malheurs dans le monde entier, mais, réduits au silence, les artistes souffrent particulièrement. Ils survivent, certes, mais leur sensibilité exacerbée, le fait qu’ils sont habitués à travailler des heures durant sur des œuvres de cinq heures font qu’ils paient cher cette crise implacable. Nous qui ne pouvons pas nous passer de notre art qui nous est consanguin, et nous n’avons jamais ressenti aussi fort la notion de famille qui nous est dans ce contexte approprié. » Durant le premier confinement, rappelle le baryton, les artistes avaient très rapidement trouvé le moyen de rester actifs tout en gardant le contact avec le public en maintenant les liens par des rendez-vous réguliers sur Internet, et grâce à la télévision et à la radio, qui ont constitué de véritables relais. « J’ai été diffusé en long et en large par le biais de retransmissions multiples sur des sites web. Mais du point de vue revenus, cela ne rapporte guère aux artistes. Le plus terrible, c’est d’entendre de la bouche d’un ministre britannique qui, diplômé de Cambridge, ou de lire d’une ex-plume du président Macron sorti de l’ENA dont l’avenir est assuré, n’ont aucun souci à se faire quant à leur avenir que les artistes devraient changer de métier ou se produire gratuitement dans la rue, et de voir qu’un premier violon de l’Orchestre du Metropolitan Opera de New York soit obligé de s’exiler en Allemagne pour continuer à vivre de son métier. Le but des politiques serait-il de vouer le secteur de la culture à la déshérence ? »

Photo : (c) Sony Classical

Pour Ludovic Tézier, la Covid frappe dramatiquement une génération de jeunes musiciens épatante. « Ces jeunes ont la combativité, l’allant, le talent, ils excellent sur la scène, s’enthousiasme-t-il. Pourtant, ils prennent dans la figure un véritable tsunami. Le débat scientifique peut perdurer, mais à long terme ce parapluie est une catastrophe. Mais la vie a aussi sa part de risques, et il est bon qu’un pays comme l’Espagne ouvre ses théâtres. Certes, personne ne veut mourir de la Covid, mais de là à mourir d’ennui, et si cela continue, nous allons finir par nous planter ! »

La nouvelle production de Thaïs de Jules Massenet de l’Opéra de Monte-Carlo à laquelle Ludovic Tézier participe actuellement (1), après un mois de répétitions, est une « victoire du beau sur le drame, une flamme en nos pénombres vertigineuses, pour mes collègues et amis injustement meurtris par le sort et le public que la musique apaise dans son incommensurable malheur ». En avril, Tézier devrait incarner son premier Amfortas de Parsifal. « Une première que m’offre l’Opéra de Vienne (2) dans un rôle que je devais aborder l’été dernier à Bayreuth et dont je rêve depuis mon adolescence, quand mon père m’offrit sur mon insistance à l’Opéra de Marseille ma première expérience lyrique, avec un Parsifal qui allait décider de ma vocation. »

Eminent interprète de Giuseppe Verdi, Ludovic Tézier publie ce mois-ci chez Sony Classical une remarquable anthologie (3) des grands rôles de baryton du compositeur italien, de Nabucco à Falstaff en passant par Ernani, Macbeth, Rigoletto, Le Trouvère, La Traviata, Un bal masqué, La force du destin, Don Carlos/Don Carlo et Otello. « J’ai tenu à enregistrer ces pages dans les conditions du live, retenant la meilleure de quatre prises, au risque parfois de sons parasites. » Tézier propose dans ce disque un voyage au cœur de l’univers verdien, sans chronologie mais en alternant tensions et détentes, construisant une véritable dramaturgie audio, jouant avec la complicité de Frédéric Chaslin et de l’Orchestre de l’Opéra de Bologne des silences les plus habités, des couleurs vocales et orchestrales, « du gris de certains accords à l’aigu le plus éclatant ». Un CD qui constitue un véritable joyau du plus grand baryton français contemporain.

Bruno Serrou

1) Du 22 au 28/01. www.opera.mc/fr. 2) Du 1er au 11/04. www.wiener-staatsoper.at. 3) 1CD « Ludovic Tézier Verdi » Sony Classical

 

lundi 11 janvier 2021

CD : Yan Levionnois, musicien-poète, réunit Benjamin Britten et Arthur Rimbaud pour faire œuvre unique


Epris autant de poésie que de musique, jouant de l’instrument le plus humain qui soit, le jeune violoncelliste Yan Levionnois réunit ses trois passions dans un disque onirique qu’il a intitulé Les Illuminations. Il s’agit du vingt-quatrième disque d’un label qui tire son nom d’un poème de Paul Verlaine, Les Belles écouteuses

« Fou de littérature, j’adore raconter des histoires, voyager d’une œuvre à l’autre. Je ne peux concevoir mes programmes autrement. J’ai l’âme d’un conteur. J’entends créer une cohérence entre les œuvres. » Ainsi se présente Yan Levionnois. Né en 1990 dans une famille de musiciens, fils d’Eric, violoncelle solo de l’Orchestre Philharmonique de Radio France, et Hélène Levionnois, altiste comme son frère aîné Ludovic, Yan s’est rapidement imposé comme l’un des violoncellistes les plus doués de sa génération. Lauréat des Concours Reine Elisabeth et Rostropovitch, Yan Levionnois se distingue par sa curiosité qui le conduit à multiplier ses expériences artistiques. Ce qu’il a commencé à faire dès ses études, débutées avec ses parents à Tours à sept ans, puis à Paris, au CNSMDP où il est l’élève de Philippe Müller et de Marc Coppey, puis à Oslo avec Truls Mork, enfin à la Juilliard School de New York avec Timothy Eddy. Riche d’un tel cursus, le jeune Yan ne pouvait que s’intéresser à la création contemporaine, travaillant avec des compositeurs comme Jonathan Harvey, Krystof Maratka ou Eric Tanguy, jouant des œuvres solos dès seize ans en tournées internationales organisées par l’Alliance française. « Le contact avec les compositeurs me fascine, s’enthousiasme-t-il, et j’éprouve les plus grandes émotions lors des concerts de création. » 

Yan Levionnois. Photo : (c) Natacha Colmez

Chef de pupitre de l’ensemble Les Dissonances, aimant à se produire autant en soliste qu’en chambriste, il est depuis l’été 2019 le violoncelliste du Quatuor Hermès, qui est désormais sa priorité. « Le quatuor m’est devenu vital, car le travail y est extrêmement profond, et l’osmose est telle que le regard des partenaires est primordial si l’on tient à obtenir une cohésion totale, le quatuor étant un instrument unique constitué de quatre individualités qui visent le même but, un son indivisible et spécifique. Ce qui nous conduit à travailler ensemble tous les jours. » Ainsi, l’absence frustrante du concert public est compensée par ses partenaires avec qui travaille à fond les œuvres d’un répertoire d’une richesse infinie. « J’ai pu jouer dans des festivals l’été dernier, et entre septembre et novembre, rappelle-t-il, puis tout s’est annulé du jour au lendemain tout a été annulé... Le plus terrible est de ne pas savoir jusqu’à quand nous serons privés de concert, faut-il ou non nous préparer ? En tout cas il nous faut impérativement agir dans la perspective d’une reprise en février pour pouvoir retrouver le public sans attendre... Je table sur février… Mais rien n’est moins sûr ! »

Depuis 2013, Yan Levionnois a enregistré une quinzaine de disques. Celui qui vient de paraître, Les Illuminations, est le fruit de quatre années de travail et de tournées avec ce programme qui réunit les Trois Suites pour violoncelle seul de Benjamin Britten et une large sélection de poèmes du recueil d’Arthur Rimbaud Les Illuminations. « Sans connaître à l’époque le cycle de dix mélodies du même titre de Britten, lorsque j’ai abordé les Suites du compositeur britannique, je lisais le cycle de rimbaldien, ressentant immédiatement une filiation entre le poète et le compositeur, particulièrement pour ce qui concerne le rythme et la musique des mots. » Au point qu’en soixante-dix minutes, Yan Levionnois mêle étroitement jusqu’à la fusion musique et poésie qu’il joue et dit avec des accents de vérité qui ne peuvent qu’émouvoir. 

Bruno Serrou

2CD « Les Illuminations, Britten/Rimbaud ». Les Belles Ecouteuses

C/o Quotidien La Croix

jeudi 24 décembre 2020

Ivry Gitlis, violoniste universel, est mort. Il avait 98 ans. On l'espérait immortel ; il est entré dans l'Eternité ce jeudi 24 décembre

 

Ivry Gitlis (né en 1922) en son domicile parisien de Saint-Germainn-des-Prés. Photo : DR


Violoniste virtuose, personnalité particulièrement attachante pétrie d'humour et à l'éternel sourire, homme de dimension universelle (il fit même le bonheur des cinéastes, notamment de François Truffaut) qui côtoya durant trois-quarts de siècle les plus grands musiciens de son temps, et porta la musique classique dans tous les foyers sans a priori, Ivry Gitlis s'est éteint jeudi 24 décembre 2020 en son domiciles parisien de Saint-Germain-des-Prés. L'artiste israélien luttait depuis plusieurs années contre des problèmes de santé. Même s'il ne pouvait plus jouer de son violon, il l'avait toujours auprès de lui, et il recevait volontiers chez lui de jeunes violonistes à qui il aimait à prodiguer ses conseils. 
Je reprends ici un portrait du violoniste israélien brossé en mai 2010 pour le quotidien La Croix à la suite d’une interview qu’il m’avait accordée quelques jours plus tôt en son domicile parisien. Jusqu'à sa mort, il aura suivi assidûment l'actualité musicale, se plaisant à assister aux concerts de ses amis musiciens.

Ivry Gitlis enseignant à une jeune élève. Photo : DR

« Le jour où je ne jouerai plus mon violon, c’est que je serai mort. » Ivry Gitlis – le bon (gut/git en yiddish) homme de passage (Ivry, en hébreux) – a à peine prononcé un mot que son interlocuteur est happé par le charme et la liberté qui émanent de sa personnalité hors normes. Cet adolescent fougueux dans un corps de vieil homme au pessimisme pimpant - « il est important d’être pessimiste, parce que vous en ferez quelque chose, tandis que si vous êtes optimiste, tout va toujours bien » - reçoit avec chaleur malgré le froid et morne après-midi de mai (2010) en son domicile de Saint-Germain-des-Prés. Un appartement fantasque à l’insondable désordre où traînent un piano à queue, des valises de saltimbanque prêtes au départ, un nombre considérable des photos noir et blanc de grands hommes et femmes de tous horizons.

En fait, depuis sa naissance à Haiffa le 22 août 1922, Gitlis ne s’est jamais posé nulle part, en Israël, à Paris, Londres, Amsterdam, aux Etats-Unis, la musique étant partage sans frontières. « Je ne sais pas qui du violon ou de moi a choisi l’autre. Je voulais un violon, et, pour mes 5 ans, parents et amis se sont cotisés. Je ne sais pas comment je jouais, mais on s’est malheureusement vite aperçu que j’avais un certain talent… » A 8 ans, il rencontre le célèbre violoniste Bronislaw Hubermann, qui l’envoie à Paris avec l’argent collecté par des artistes pour entrer au Conservatoire dans la classe de Georges Enesco. Il a 11 ans. « Enesco est l’être qui m’a le plus marqué. Il était toute la musique et un homme unique. Il se mettait au piano et jouait tout avec moi. C’était une expérience de vie, pas une leçon de violon. Quand un éclair vous atteint, vous ne vous en remettez pas. L’adolescent que j’étais ne s’est pas rebellé contre cette autorité, je cheminais avec lui. » En 1951, alors qu’il est favori du Concours Thibaud, il ne se voit attribué que le Cinquième Prix. « Je n’ai pas raté le concours, c’est le concours qui m’a raté. Ce prix n’est pas un accident : on a accusé ma mère, qui était déjà morte à l’époque, d’avoir vendu pour survivre pendant la guerre un violon qui m’avait été prêté. Or, ce cinquième Prix était précisément un violon (rires). »

Ivry Gitlis. Photo : DR

Son intelligence ravageuse, sa virtuosité légendaire, sa sensibilité à fleur de peau, les contrastes saisissants de son jeu âpre et sensuel ont fait de Gitlis non seulement un immense artiste mais aussi un homme de la rue, des gens, de la vie. Un homme qui n’a de cesse de répéter que « pour être un bon violoniste, il faut aussi être autre chose. » D’où cette liberté qui lui aura joué de mauvais tours en un temps où l’éclectisme était condamnable. « Je ne l’ai pas fait par obligation mais parce que j’aime le faire. Je ne joue pas de la même façon dans un hôpital, dans une prison que dans une salle de concert. Peut-être que je pense plus à la prison en jouant en concert que dans la prison-même.  J’amène toujours mon violon dans les endroits qui me sont importants, à Auschwitz comme en l’abbaye de sainte-Catherine dans le désert du Sinaï. » Magnifique interprète de Berg, Beethoven, Mendelssohn, Bach, Paganini et de la musique contemporaine - « J’ai eu beaucoup d’envies, il y a beaucoup d’œuvres que j’aurais aimé jouer, mais il ne faut rien regretter » -, il a joué avec tout le monde, de Jascha Heifetz à John Lennon. Car il aime aussi s’adonner au jazz et côtoyer les pop stars, comme John Lennon et Mick Jagger… « J’étais avec eux comme je suis avec vous. La personne que j’ai le plus respecté et aimé a été le concierge de la maison où j’habitais rue Vieille du Temple. Il ressemblait au professeur Nimbus, sa culture était extraordinaire. Un soir, chez des amis, à Paris, parmi les hôtes se trouvait un certain Brian Jones, l’un des Rolling Stones. Il était adorable. Il me dit « Je veux prendre des leçons de violon chez vous. » ll n’est jamais venu, mais un jour, il m’a téléphoné de Londres pour me demander si j’accepterais de jouer avec les Stones pour un disque. J’ai accepté à la condition que l’on fasse quelque chose ensemble. « Ah, mais on n’aurait jamais osé vous demander. » Je suis allé à Londres, et j’ai improvisé avec les Stones, rejoints par John Lennon et Eric Clapton... »

C’est ainsi que Gitlis s’est retrouvé dans des films de François Truffaut, l’Histoire d’Adèle H, Volker Schlöndorff, Un amour de Swann, et Siegfried, Sansa, et dans quantité d’émissions de télévision. « Un jour, j’ai reçu un coup de téléphone de Guy Lux. Il m’a demandé si je voudrais bien jouer dans l’une de ses émissions. « Rappelle-moi dans 3 jours, lui dis-je, il faut que je vois si je suis libre. » J’en ai parlé à des amis : « Ivry, tu ne vas pas jouer dans cette cour-là ! » Quand il m’a rappelé, je lui ai demandé « Que veux-tu que je fasse ? » - « Ce que tu veux ! » - « Je peux te jouer un mouvement de Concerto de Bach » – « Comme tu veux ! » - « Une pièce de Kreisler… » L’émission était avec Claude François. Le jeune public ne m’a pas laissé partir. L’orchestre comptait les meilleurs musiciens des Orchestre de Paris, de l’Opéra, etc. Aujourd’hui, il m’arrive de rencontrer des gens dans la rue qui me disent « merci d’avoir participé à toutes ces émissions à la télévision. » Je ne l’ai pas fait pour me faire mousser et gagner de l’argent, mais pour le plaisir et apporter la musique en toute circonstance. » Aujourd’hui, les jeunes violonistes viennent du monde entier à Paris pour travailler avec lui…

Bruno Serrou

Le coffret de 5CD Universal/Decca rassemble la totalité des enregistrements qu’Ivry Gitlis a réalisés avec le label Decca entre 1966 et 1995 réunissant des concertos de Berg, Brahms, Paganini, Saint-Saëns et Wieniawski, et des œuvres de Bartók, Debussy, Dinicu, Dvorak, Falla, Kreisler, Massenet, Mendelssohn, Ravel et Sarasate (Decca 5CD 5346246). Il convient d’ajouter à cet ensemble les concertos de Bartók, Berg, Bruch, Hindemith, Mendelssohn, Sibelius, Stravinsky, Tchaïkovski (3 CD Brillant Classics). 

Mais pour découvrir Ivry Gitlis, il faut absolument commencer par son enregistrement du Concerto pour violon « à la mémoire d’un ange » de Berg gravé en 1953. « Je l’ai appris en 11 jours, se souvient-il. Je suis content que l’on dise qu’il s’agit de mon meilleur disque, parce que cette œuvre est bouleversante. Je ressens la même chose quand j’entends la Symphonie n° 6 de Mahler : je fonds toujours en larmes dans le finale… »

A lire : L’âme et la corde, Editions Robert Laffont (1980, réédition 2013)

mercredi 23 décembre 2020

Portrait de Debora Waldman, directrice musicale de l’Orchestre National Avignon-Provence

Debora Waldman. Photo : (c) Orchestre National Avignon-Provence

Première directrice musicale d’un orchestre national français, Debora Waldman est une femme heureuse, bien dans sa tête et dans sa peau, si bien qu’il émane de sa personne à la fois autorité et empathie

                                       Debora Waldman. Photo : (c) Orchestre National Avignon-Provence

A 43 ans, Debora Waldman est une chef d’orchestre épanouie et maître de son art. En effet, c’est le plus naturellement du monde qu’elle exerce ce qu’elle considère comme sa vocation, la direction d’orchestre. « La seule chose que m’ait valu le fait d’être femme est que ma carrière a évolué deux fois moins vite que celle de mes collègues masculins. Mais depuis 2019, les femmes chefs d’orchestre sortent enfin du bois, alors qu’elles sont là depuis déjà pas mal de temps… Rappelons-nous Nadia Boulanger. » Il faut dire que sa mère, guitariste comme son père, avait fondé son propre orchestre en Argentine. C’est d’ailleurs elle qui mit le pied à l’étrier à sa fille, qui se destinait alors à la profession d’avocat. Elle intégra sa fille, qui pratiquait la flûte et le piano, comme bibliothécaire-régisseur-flûtiste, avant de lui donner sa chance en la faisant diriger à 17 ans un bis à la fin d’un concert public. Aujourd’hui, Debora Waldman est à la tête d’un orchestre national en région, l’Orchestre National de Région Avignon-Provence. « Il y a dix ans qu’une femme occupe un tel poste en Allemagne, remarque-t-elle. En France, il a fallu attendre 2019 ! »

       Debora Waldman et l'Orchestre National Avignon-Provence. Photo : (c) Orchestre National Avignon-Provence

Née en 1977 à Sao Paolo où son grand-père paternel s’était exilé depuis la Pologne en 1939, ayant grandi dans un kibboutz en Israël avec sa mère qu’elle suit adolescente en Argentine, où elle étudie à l’Université catholique de Buenos Aires, Debora Waldman découvre Paris en 2001 lors d’une escale entre deux avions qui la ramenaient d’Israël vers l’Argentine. Elle décide immédiatement de s’y installer, s’inscrit à l’Ecole normale de musique puis se présente au concours d’entrée au CNSM de Paris, où elle est l’élève de Michael Levinas (analyse), Janos Fürtz et François-Xavier Roth (direction). De 2006 à 2009, elle est l’assistante de Kurt Masur à l’Orchestre National de France. « Je me suis présentée au concours avec la ferme intention de le remporter. Ce que j’ai fait ! J’ai été fort bien accueillie par tout le monde, le directeur musical, le délégué artistique, les musiciens. J’étais aux côtés du maestro à toutes les répétitions. Alors que j’étais censée faire travailler l’orchestre en son absence, il était toujours là. J’ai donc appris de lui. Néanmoins, il m’a demandé deux fois de prendre en charge une répétition, la première au Théâtre des Champs-Elysées, la seconde à Athènes, afin qu’il puisse tester l’acoustique. Ce qui m’a rassurée est que les deux fois il n’a pas repris les passages que j’avais travaillés, les estimant acquis. » A l’instar de sa mère, elle fonde en 2013 son propre ensemble, l’Orchestre Idomeneo, qui joue indifféremment sur instruments anciens et modernes et avec lequel elle bâtit des programmes symphoniques et lyriques particulièrement élaborés. Elle participe également au projet Demos de la Philharmonie de Paris depuis 2010, se plaît à découvrir des œuvres de compositeurs du passé, plus particulièrement des compositrices, assurant notamment la création mondiale de la symphonie Grande Guerre de Charlotte Sohy (1887-1955) avec l’Orchestre Victor Hugo Franche Comté en 2019. Dans le domaine lyrique, elle a dirigé Rita de Donizetti au Brésil, Madame Butterfly, Aïda, la Flûte enchantée et Don Giovanni en France. Elle devrait retrouver ce dernier ouvrage cette saison à l’Opéra d’Avignon…

   Debora Waldman et l'Orchestre National Avignon-Provence. Photo : (c) Orchestre National Avignon-Provence

Debora Waldman a été choisie par la formation avignonnaise parmi cent soixante dix candidats pour prendre la succession de Samuel Jean. « Elle a présenté le meilleur projet, à la fois sur les plans artistique, pédagogique et territorial », se félicite Philippe Grison, directeur général de l’Orchestre National de Région Avignon-Provence. « Ce qui est difficile dans la direction d’orchestre, constate Debora Waldman, est de convaincre les musiciens à abonder dans notre sens en acquérant leur adhésion. Il faut avant tout s’entendre avec les musiciens, en créant une osmose autant artistique qu’humaine afin d’aller dans la même voie et de toucher ainsi la perfection. » Debora Waldman entend élargir le répertoire de l’orchestre, notamment aux compositrices. « Je souhaite inviter le public à une écoute active, avec un fil conducteur pour tout un concert voire une saison entière, des cycles de promenades musicales introduites par des conférences. J’entends aussi créer des résonances entre les nouveaux publics et le monde symphonique, développer la diffusion sur le territoire régional et les coproductions, ainsi que la création contemporaine. » 

Orchestre National Avignon-Provence. Photo : (c) Orchestre National Avignon-Provence

A la tête de cet orchestre de quarante musiciens depuis le 1er septembre 2019, sa première saison a été plombée par la pandémie de la Covid-19 qui a conduit la première des trois saisons de son contrat avignonnais réduite à peau de chagrin. Après avoir dirigé quatre concerts hors saison durant l’été, son premier concert d’abonnement a dû être diffusé en streaming sur le site Internet de l’orchestre (1) et sur son Facebook. « Sans public mais devant des caméras, on enregistre des podcasts, filmant tout un concert depuis ce qui le précède dans les coulisses. Mais notre raison d’être est devant le public vivant. Rien de comparable en effet. L’enregistrement est un témoignage, un instantané, l’expérience du concert public est unique, irremplaçable tant l'émotion est intense. Et pas seulement dans les salles de concerts, mais aussi dans les écoles, les hôpitaux, les ehpad, tout cela nous est interdit. Pour combien de temps ? En attendant, il nous faut multiplier les projets afin de créer une homogénéité, une qualité de son que j’entends avidement forger avec l’orchestre. »

Bruno Serrou

1) www.orchestre-avignon.com

vendredi 11 décembre 2020

CD : Wilhelm Kempff, la légende de la grande tradition allemande du piano romantique, en 80 CDs

Photo : (c) Universal Edition

Musicien-poète, Wilhelm Kempff est de ces pianistes qui ont forgé la légende de l’instrument-roi. Considéré comme l’un des derniers grands romantiques allemands du piano, son legs discographique est considérable. Son principal éditeur en publie la quasi-totalité en quatre-vingt CDs et quatre vingt douze heures de musique

La vogue des volumineux coffrets réunissant la somme des enregistrements d’un label confiés aux grands musiciens du passé ou en fin de carrière permet d’embrasser la totalité ou peu s’en faut l’évolution d’une personnalité artistique sur l’ensemble de sa vie. Justement considéré comme l’un des plus grands pianistes du XXe siècle, Wilhelm Kempff a mené une carrière prestigieuse sur plus de soixante ans, de 1917 à 1982, et il demeure aujourd’hui encore le modèle de l’interprétation de Bach, Beethoven et Schubert. Il est le dernier représentant de la grande tradition allemande du piano de la génération née à la toute fin du XIXe siècle, aux côtés d’Arthur Schnabel (1882-1951) et de Wilhelm Backhaus (1884-1969). Comme eux, il était à la fois pianiste et compositeur, mais, comme eux aussi, il est moins connu comme créateur que comme interprète.

Photo : (c) Universal Edition

Né le 25 novembre 1895 à Jüterbog dans le Brandebourg, mort à Positano en Italie le 23 mai 1991, fils et petit-fils d’organistes, l’orgue dont il est lui-même virtuose, Wilhelm Kempff entre à 9 ans à la Haute Ecole de Musique de Berlin, où il étudie le piano et la composition, avant de faire des études à l’Université en philosophie et histoire de la musique. En 1916, il commence sa carrière professionnelle comme pianiste-organiste accompagnateur du Chœur de la cathédrale de Berlin, et, l’année suivante, il donne son premier récital avec deux monuments du piano, la Sonate « Hammerklavier » de Beethoven et les Variations Paganini de Brahms. A l’instar de Bach qu’il a d’abord pratiqué comme organiste, Beethoven et Brahms deviendront ses compagnons de route. Le jeu de l’orgue et son tour improvisateur donnent à son jeu une liberté inouïe, avec un sens du rubato et du cantabile hors norme qui instille aux œuvres qu’il joue un onirisme saisissant, qui laisse après chaque écoute un sentiment de renouveau continu, chacune de ses lectures paraissant d’une brûlante spontanéité.

Wilhelm Kempff (1895-1991). Photo : DR

Ses Bach sonnent au piano comme s’il s’agissait de pages pour l’orgue, au point qu’il allait transcrire pour le piano plusieurs partitions pour orgue. Il gravera trois intégrales des Sonates de Beethoven entre 1925 et 1965, toutes trois réunies dans le coffret que propose DG, ainsi que plusieurs versions des sonates beethovéniennes les plus populaires. En 1970, il sera l’un des premiers pianistes à enregistrer l’intégrale des Sonates de Schubert, autre référence historique. Le coffret se subdivise en trois parties, les concertos (Beethoven [3 intégrales, la première sans le Deuxième réalisée en 1938-1943 réalisée sur pianos Bechstein, facteur auquel il sera lié en exclusivité jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, avant de passer chez Steinway la marque Bechstein étant entachée par les relations étroites de la famille du facteur avec Hitler], Mozart, Schumann, Brahms, Liszt), musique de chambre de Beethoven (avec Wolfgang Schneiderhan, Yehudi Menuhin, Henryk Szeryng, Pablo Casals, Pierre Fournier, Dietrich Fischer-Dieskau), et, surtout, son legs majeur, le répertoire soliste (Bach, Haendel, Gluck, Mozart, Beethoven, Schubert, Chopin, Schumann, Liszt, Brahms), ainsi que des pièces de sa main pour orgue composées pour l’inauguration de la Cathédrale mémorielle d’Hiroshima en 1954. Malgré ses quatre-vingt CDs, ce coffret n’est pas exhaustif, et le livret qui l’accompagne est plutôt chiche en informations à l’exception des dates et des conditions d’enregistrements, mais il n’en demeure pas moins un élément capital que tout amateur de piano se doit de connaître, une référence absolue qui doit figurer en bonne place dans la discothèque de « l’Honnête Homme ». De quoi passer un joyeux Noël en dépit des circonstances…

Bruno Serrou

Coffret de 80CD « Wilhelm Kempff Edition » DG  (Universal Classics)

mardi 1 décembre 2020

CD : Adrien La Marca, l’alto héroïque

Publier un CD tandis que la vente de disques à l’instar de celle du livre est interdite tient de la gageure. C’est pourtant le défi qu'a relevé Adrien La Marca

Prodige de l’alto, instrument longtemps considéré comme mineur face à son cousin violon, Adrien La Marca, son authentique champion, voit son deuxième CD paraître en plein second confinement. « En fait, ce qui me contrarie le plus, dit le musicien, est le report des concerts que je devais donner pour la parution de ce disque. Déjà privé de concerts pendant trois mois au printemps dernier comme tous les artistes, j’ai traversé comme eux une terrible période, avant de retrouver en mai le chemin des salles, d’abord sans public, ce qui pour un musicien est le comble de la frustration, la privation de ce contact vital étant pour nous comme ne pas pouvoir boire ni manger. Mais si le premier confinement nous a spoliés de tout concert, le second permet de répéter et de nous produire avec d’autres artistes dans des salles certes vides mais pour un public qui se trouve derrière des écrans. » Adrien La Marca reste néanmoins optimiste, car après le déconfinement de mai, le public est revenu sans hésiter dans les salles, au point que, malgré les contraintes sanitaires, il a fallu doubler les concerts, « ce qui atteste de l’attente des gens ».

Né à Aix-en-Provence en 1989, frère cadet du violoncelliste Christian-Pierre La Marca avec qui il dirige le festival Les Musicales de Pommiers, proche du violoniste Renaud Capuçon avec qui il se produit en musique de chambre, Adrien La Marca a commencé le piano à quatre ans, le violon à cinq, avant de découvrir l’alto à six ans en écoutant Yuri Bashmet sur le chaîne de télévision franco-allemande Arte un dimanche après-midi, fasciné par le son chaud et feutré de l’instrument. « Tout en continuant à jouer du piano, je me suis présenté à seize ans au concours d’entrée dans la classe d’alto du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, au désespoir de ma professeur de piano. » Longtemps sous-estimé car voué aux violonistes de second rang, l’alto est devenu un instrument à part entière au XXe siècle. « Ce n’est pas tout à fait exact, corrige Adrien La Marca. Beaucoup de compositeurs ont écrit pour la viole d’amour, comme Jean-Sébastien Bach, Nicolo Paganini a su le mettre en valeur. Il a néanmoins fallu il est vrai attendre longtemps avant qu’il ait une classe au Conservatoire. Puis des virtuoses comme Paul Hindemith et William Primrose lui ont donné ses titres de noblesse. » Elève de Jean Sulem à Paris, de Tabea Zimmermann à Berlin et Tatjana Masurenko à Leipzig, il a également travaillé avec Christophe Desjardins, qui l’a ouvert à la création contemporaine et avec qui il a donné des concerts, notamment dans le Trio d’altos d’Emanuel Nunes et son arrangement pour altos de Messagesquisse de Pierre Boulez.

Après un premier CD consacré à la musique anglaise paru voilà quatre ans, Adrien La Marca, avec son deuxième disque, enregistré avec l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège à l’issue d’une résidence, conforte sa volonté de concevoir ses disques autour de thématiques. A l’instar du titre « Heroes », il valorise la dimension héroïque de l’alto, autour du grand Concerto que William Walton lui a consacré, et un arrangement pour alto et orchestre du chef, compositeur et orchestrateur Jean-Pierre Haeck de la suite Roméo et Juliette de Prokofiev qui encadrent une œuvre au tour hollywoodien devant autant à Korngold qu’à John Williams dédiée à Adrien La Marca, On the Reel (Sur la bobine), commande de l’orchestre liégeois au compositeur belge Gwenaël Mario Grisi (né en 1989).

Bruno Serrou

« Heroes », Walton, Grisi, Prokofiev. Adrien La Marca (alto), Orchestre Philharmonique Royal de Liège, Christian Arming (direction). 1CD La dolce volta (www.ladolcevolta.com)