mardi 26 mai 2026

Concert passionnant de l’Ensemble Intercontemporain dirigé avec un plaisir évident par Pierre Bleuse

Paris. Philharmonie. Cité de la Musique. Salle des concerts. Jeudi 21 mai 2026 

Pierre Bleuse, Ensemble Intercontemporain
Photo : (c) Anne-Elise Grosbois

Soirée musique contemporaine foisonnante ce jeudi 21 mai à la Philharmonie de Paris / Cité de la Musique qui aurait certainement déplu au cuistre prétendument philosophe, entre autres, Luc Ferry, qui, le matin-même dans une tribune parue dans le quotidien Le Figaro, écrivait abhorrer l’Ensemble intercontemporain et ses programmes abscons…

Pierre Bleuse
Photo : (c) Anne-Elise Grosbois

Le concert du 21 mai de l’Ensemble Intercontemporan (1) dirigé par son brillant directeur musical, Pierre Bleuse, dit combien la création musicale est bel et bien vivante et originale, sans doute trop aux oreilles de certains… Le programme, qui comptait deux œuvres, une reprise et une création, a été ouvert par le puissant et richement coloré La Horde d’après Max Ernst du plus pictural des compositeurs français contemporains, Hugues Dufourt (*1943), compagnon de route des spectraux qui poursuit ici sa mythologie de peintres, signant une œuvre grandiose, puissante, extraordinairement colorée réée à Radio France en février 2022 dans le cadre du Festival Présences de Radio France par le Lemanic Modern Ensemble sous la direction déjà de Pierre Bleuse. Le compositeur philosophe français r s’inspire d’un tableau  que le peintre allemand réalisa en 1927 dont l’un des tableaux, exposé au Stedelijk Museum d’Amsterdam, dépeint l’irruption de silhouettes épouvantées, hirsutes, prêtes au combat. La musique de Dufourt restitue admirablement la vision cauchemardesque et prophétique, la violence extrême de cette toile du peintre surréaliste allemand, le trauma de ce dernier suscité par la Première Guerre mondiale, les textures et les métamorphoses de la toile.

Johanna Vargas, Francesca Verunelli, Pierre Bleuse, Helena Sorokina
Ensemble Intercontrmporain
Photo : (c) Anne-Elise Grosbois

En seconde partie, l’Ensemble Intercontemporain a offert la création mondiale de La nuda voce (La voix nue) de la compositrice toscane Francesca Verunelli (*1979), formée au Conservatoire de Florence, à l’Académie de Sienne puis à l’Académie Santa Cecilia de Rome. En 2008, elle suit le cursus de composition de l’Ircam.  En 2010, sa pièce pour orchestre En mouvement (Espace double) composée en 2007 et créée par l’Orchestre National de Lorraine dirigé par Jacques Mercier, lui vaut un Lion d’argent à la Biennale de Venise. L’œuvre que l’EIC a donnée durant ce concert, particulièrement développée avec plus de cinquante minutes de durée, toujours en mouvement, inventive, fatasque, savoureuse, richement orchestrée (2), transportant l’auditeur dans un long flux sonore allant en s’élargissant, comme passant d’un bocal pour aboutir dans un océan, passant successivement par des aquariums de plus en plus grands puis une rivière et un grand fleuve tranquille d’où émergent et se fondent deux voix de femmes, une soprano et une mezzo-soprano, traitées tels des instruments émergeant de l’orchestre, ce soir la soprano colorature colombienne  Johanna Vargas et la contralto lettone Heléna Sorokina, qui, judicieusement fragiles et discrètes tant elles se sont fondues aux sonorités fluides et colorées de l’EIC, disparaissant, mutant, réapparaissant, au sein des vingt musiciens de l’Intercontemporain auxquels elles se sont parfaitement intégrées, parfois à la limite du silence, ces derniers joignant finalement leurs voix  à leurs instruments et à celles des deux cantatrices, pour conclure sur un doux chantonnement de tous les intervenants.

Bruno Serrou

1) Ce concert est diffusé le 3 juin 2026 à 20h00 sur France Musique, et sera ensuite disponible en streaming sur le site de France Musique et l’application Radio France

2) En sus des deux cantatrices (soprano, mezzo-soprano), deux flûtes (la première aussi flûte basse, la seconde aussi flûte piccolo et flûte basse), hautbois, clarinette (aussi clarinettes basse et contrebasse), saxophone baryton (aussi alto), cor, trompette, trombone, trois percussionnistes, accordéon, piano (aussi clavier électronique), deux violons, deux altos, deux violoncelles, contrebasse

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire