Paris. Philharmonie. Grande Salle Pierre Boulez. Mercredi 8 avril 2026
Second programme en deux semaines de l’Orchestre de Paris dirigé par son Chef principal désigné, Esa-Pekka Salonen à la Philharmonie de Paris. La phalange parisienne et le chef finlandais s’entendent à merveille, de façon quasi fusionnelle, Salonen déployant une gestique quasi chorégraphique avec laquelle il magnifie rythmes, couleurs, fondus, contrastes, bois, cuivres et cordes se faisant d’une homogénéité éblouissante et d’une chaleur vivifiante.
Le poème symphonique Don Juan Op. 20 d’après le poème dramatique
inachevé de Nikolaus Lenau (1802-1850) de Richard Strauss s’impose le génie de l’orchestre
du compositeur bavarois dans toute son évidence à sa création à Weimar le 11
novembre 1889, comme l’a amplement confirmée l’exécution au cordeau, porté à des sommets d’onirisme, de
théâtralité, d’érotisme, particulièrement l’ardent motif de l’amour exposé avec
onctuosité par le hautbois brûlant d’Alexandre Gattet et un orchestre d’une
cohésion et d’un élan charnel extraordinairement envoûtant sous la direction
d’un lyrisme enveloppant de Salonen qui conduit l’auditeur à goûter à
tout instant la beauté exceptionnelle que peut atteindre la phalange parisienne
avec ce Don Juan de braise au sein duquel le duo d’amour saisit par sa
bouleversante sensualité.
Virtuose et particulièrement exigeant,
autant pour le soliste que pour l’orchestre, l’immense Concerto n° 2 pour violon et orchestre Sz 112 que Béla Bartók composa
en 1937-1938, soit exactement trente ans après son premier essai du genre. Créé
à Amsterdam le 23 mars 1939 Par Zoltan Székely, l’Orchestre du Concertgebouw
dirigé par Willem Mengelberg, l’œuvre, qui adopte la forme d’arche, le finale
reprenant le matériau du premier mouvement, tient de la variation continue
déployée en trois mouvements d’une durée totale d’une quarantaine de minutes
mais de façon plus marquée dans la partie médiane et dans le dernier Allegro, tandis que la partition rend le
soliste omniprésent et moteur, se mesurant à un orchestre aux colorations
symphoniques. Jouant avec partition, claquant du pied et se déhanchant dans les
moments les plus virtuoses, Renaud Capuçon n’a pas assez fait chanter son
violon, éteignant le lyrisme du thème initial, concentré qu’il était apparemment
sur les contours techniques, empêchant son violon de respirer, son jeu
paraissant contraint, oppressé, au point d’annihiler toute émotion et sensation
de liberté proche de l’improvisation, a
contrario de l’Orchestre de Paris, qui
a sonné de façon éblouissante, des pupitres solistes aux tutti. En bis, le violoniste a donné son habituelle Daphné Étude de Richard Strauss.
En seconde partie, les trente minutes
des trois mouvements de la version définitive de la Symphonie n° 5 en mi bémol majeur op. 82 (1914-1916) de Jean
Sibelius (1865-1957) de feu, d’un lyrisme envoûtant, Salonen chantant dans son
jardin et transmettant aux musiciens parisiens des colorations profondes et ardentes
propres à la nature finlandaise et à ses paysages, le chef finlandais magnifiant
la finesse des thèmes cycliques, la richesse foisonnante des timbres, le
déploiement irrésistible et fascinant de la beauté hypnotique de l’œuvre entière
qui se conclut dans un élan triomphal des tutti
suspendu à six reprises dans le silence avant l’accord final qui va s’éteignant.
La polychromie merveilleuse des bois, particulièrement le basson solo Marc
Trénel, mais aussi les cors et les trompettes, ont été une véritable fête des
sens pour l’auditeur qui n’a pu que se réjouir des ineffables beautés de cette
interprétation triomphale de la Cinquième
de Sibelius.
Bruno Serrou




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