vendredi 10 avril 2026

L’élan fusionnel Orchestre de Paris - Esa-Pekka Salonen dans un programme valorisant solistes et tuttistes

Paris. Philharmonie. Grande Salle Pierre Boulez. Mercredi 8 avril 2026 

Esa-Pekka Salonen
Photo : (c) Denis Allard

Second programme en deux semaines de l’Orchestre de Paris dirigé par son Chef principal désigné, Esa-Pekka Salonen à la Philharmonie de Paris. La phalange parisienne et le chef finlandais s’entendent à merveille, de façon quasi fusionnelle, Salonen déployant une gestique quasi chorégraphique avec laquelle il magnifie rythmes, couleurs, fondus, contrastes, bois, cuivres et cordes se faisant d’une homogénéité éblouissante et d’une chaleur vivifiante.  

Esa-Pekka Salonen, Orchestre de Paris
Photo : (c) Denis Allard

Le poème symphonique Don Juan Op. 20 d’après le poème dramatique inachevé de Nikolaus Lenau (1802-1850) de Richard Strauss s’impose le génie de l’orchestre du compositeur bavarois dans toute son évidence à sa création à Weimar le 11 novembre 1889, comme l’a amplement confirmée l’exécution au cordeau, porté à des sommets d’onirisme, de théâtralité, d’érotisme, particulièrement l’ardent motif de l’amour exposé avec onctuosité par le hautbois brûlant d’Alexandre Gattet et un orchestre d’une cohésion et d’un élan charnel extraordinairement envoûtant sous la direction d’un lyrisme enveloppant de Salonen qui conduit l’auditeur à goûter à tout instant la beauté exceptionnelle que peut atteindre la phalange parisienne avec ce Don Juan de braise au sein duquel le duo d’amour saisit par sa bouleversante sensualité.

Renaud Capuçon, Esa-Pekka Salonen, Orchestre de Paris
Photo : (c) Denis Allard

Virtuose et particulièrement exigeant, autant pour le soliste que pour l’orchestre, l’immense Concerto n° 2 pour violon et orchestre Sz 112 que Béla Bartók composa en 1937-1938, soit exactement trente ans après son premier essai du genre. Créé à Amsterdam le 23 mars 1939 Par Zoltan Székely, l’Orchestre du Concertgebouw dirigé par Willem Mengelberg, l’œuvre, qui adopte la forme d’arche, le finale reprenant le matériau du premier mouvement, tient de la variation continue déployée en trois mouvements d’une durée totale d’une quarantaine de minutes mais de façon plus marquée dans la partie médiane et dans le dernier Allegro, tandis que la partition rend le soliste omniprésent et moteur, se mesurant à un orchestre aux colorations symphoniques. Jouant avec partition, claquant du pied et se déhanchant dans les moments les plus virtuoses, Renaud Capuçon n’a pas assez fait chanter son violon, éteignant le lyrisme du thème initial, concentré qu’il était apparemment sur les contours techniques, empêchant son violon de respirer, son jeu paraissant contraint, oppressé, au point d’annihiler toute émotion et sensation de liberté proche de l’improvisation, a contrario de l’Orchestre de Paris, qui a sonné de façon éblouissante, des pupitres solistes aux tutti. En bis, le violoniste a donné son habituelle Daphné Étude de Richard Strauss.

Esa-Pekka Salonen
Photo : (c) Denis Allard

En seconde partie, les trente minutes des trois mouvements de la version définitive de la Symphonie n° 5 en mi bémol majeur op. 82 (1914-1916) de Jean Sibelius (1865-1957) de feu, d’un lyrisme envoûtant, Salonen chantant dans son jardin et transmettant aux musiciens parisiens des colorations profondes et ardentes propres à la nature finlandaise et à ses paysages, le chef finlandais magnifiant la finesse des thèmes cycliques, la richesse foisonnante des timbres, le déploiement irrésistible et fascinant de la beauté hypnotique de l’œuvre entière qui se conclut dans un élan triomphal des tutti suspendu à six reprises dans le silence avant l’accord final qui va s’éteignant. La polychromie merveilleuse des bois, particulièrement le basson solo Marc Trénel, mais aussi les cors et les trompettes, ont été une véritable fête des sens pour l’auditeur qui n’a pu que se réjouir des ineffables beautés de cette interprétation triomphale de la Cinquième de Sibelius.

Bruno Serrou

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