dimanche 25 janvier 2026

Alexandre Kantorow, Liya Petrova & Friends pour «La Musikfest» hivernale sous la chaleur lénifiante de la Cité de la Musique

Paris. Philharmonie. Cité de la Musique. Salle des concerts. Vendredi 23 et samedi 24 janvier 2026 

La Musikfest, Alexandre Kantorow, Liya Petrova & Friends
Photo : (c) Bruno Serrou

Plusieurs concerts de musique de chambre étaient proposés le week-end du 23 au 25 janvier à la Cité de la Musique - Philharmonie de Paris par un mini-festival intitulé « La Musikfest » qui a été fondé en pleine pandémie de la Covid-19 en 2020, via Internet par la violoniste bulgare Liya Petrova et « la coqueluche du piano français », selon la formule utilisée dans le programme de salle, Alexandre Kantorow qui, pour l’occasion, ont réuni autour d’eux quelques-uns des meilleurs musiciens de leur génération 

Liya Petrova, Alexandre Kantorow
Photo : (c) Bruno Serrou

L’unique concert auquel j’ai assisté, vendredi soir, présentait un programme couvrant quatre siècles de création musicale, allant du Français Jean-Philippe Rameau à la Bulgare Dobrinka Tabakova, du duo à quinze musiciens. En prélude de la soirée, les deux fondateurs de Musikfest ont joué de concert l’unique mouvement conservé de la Sonate pour violon et piano n° 1 Posthume composée en 1897 par Maurice Ravel (1875-1937), mais publiée trente-huit ans après sa mort bien qu’elle fût sans doute donnée au Conservatoire de Paris dans le cadre de la classe de Gabriel Fauré par Georges Enescu au violon et l’auteur au piano. Cette partition inaboutie s’inspire à la fois du maître de Ravel qu’était Fauré, ainsi que de César Franck, et donne une part équivalente aux deux instruments, mais l’exécution m’est apparue un rien sèche et distante, non pas à cause du piano d’Alexandre Kantorow, aux résonnances rondes et lyriques, mais du violon de Liya Petrova, aux sonorités étonnamment aigres et au jeu d’archet sec. 

Sarah Nemtanu, Alexande Kantorow, Lise Berthaud, Victor Julien-Laferrière
Photo : (c) Bruno Serrou

Mais j’avoue que si je me suis rendu à ce concert, c’est principalement pour deux autres œuvres tout aussi rarement programmées. En premier lieu, le Quatuor pour cordes et piano n° 1 en ré majeur op. 16 (1909), ultime partition d’ampleur conçue à Paris en trois mouvements par le compositeur-violoniste roumain Georges Enescu (1881-1955) - donnée à Paris le 18 décembre 1909, la création réunissant entre autres le compositeur au piano et, à l'alto, Pierre Monteux, créateur en 1913 du Sacre du Printemps d'Igor Stravinsky -, remarquablement interprété par Sarah Nemtanu, qui vient de prendre ses fonctions de violon solo de l’Orchestre de Paris, la brillante altiste Lise Berthaud - les deux musiciennes se connaissant bien, jouant ensemble dans le Quatuor Strada -, le violoncelliste Victor Julien-Laferrière, premier vainqueur en 2017 du Concours de violoncelle Reine Elisabeth de Belgique qui a exalté le bel Andante mesto central, et Alexandre Kantorow au piano dont l’accompagnement épuré associé aux longues tenues en doubles cordes du violon et de l’alto (qui s’exprimera à son tour pleinement dans l’exposition du thème d’une folle vitalité du finale) en a parachevé l’atmosphère méditative.

Shuichi Okada, Charlotte Juillard, Dobrinka Tabakova, Emma Girbal, Jean Rondeau,
Liya Petrova, Stéphanie Huang, Lorraine Campet
Photo : (c) Bruno Serrou

La seconde pièce ayant motivé ma présence à ce concert La Musikfest a été le Concerto pour clavecin et petit orchestre H. 246 de style néo-classique composé en 1935 par Bohuslav Martinů  (1890-1959) et créé à Paris le 29 février 1936 sous la direction du compositeur Henri Tomasi (1901-1971) avec sa dédicataire, Marcelle de Lacour (1896-1997), fondatrice de la classe de clavecin du CNSMD de Paris en 1955, au clavecin. Interprétée ici sans chef d’orchestre, le concerto a réuni le claveciniste Jean Rondeau, qui vient de publier la première intégrale de l’œuvre de Louis Couperin (voir http://brunoserrou.blogspot.com/2026/01/interview-jean-rondeau-propos-de-la.html), s’exprimant ici au centre du dispositif, les violonistes grec Simos Papanas et français Shuichi Okada, Charlotte Juillard, Clara Messina, Rémi Cornus et Camille Chpelitch, les altistes Lise Bethaud et Emma Girbal, les violoncellistes Simon Iachemet et Caroline Sypniewski, la contrebassiste Lorraine Compet, le pianiste Victor Demarquette, ce dernier jouant queue du piano entrouverte et caché par les violons debout, ainsi qu’un(e) flûtiste et un(e) bassoniste dont les noms n’ont pas été publiés dans le programme de salle (1). Cette formation de quinze instrumentistes a offert de ce délicieux pastiche en trois mouvements vif-lent-vif dans lequel le compositeur tchèque, dont l’inspiration fraîche et jaillissante de « cet apollinien à la fois slave et latin », selon la formule du musicologue belge Harry Halbreich, qui a établi son catalogue, instille à ce concerto un humour léger et plein d’énergie qui rend hommage au classicisme français tout en ménageant les superbes alliages inédits comme ceux des deux claviers, clavecin et piano, des contours baroques résonnant avec des harmonies stravinskiennes, et surtout un finale aux sonorités rondes et au dynamisme chaleureux, remarquablement interprété par les musiciens de Musikfest.

Anders Hillborg, Alexandre Kantorow
Photo : (c) Bruno Serrou

Le reste de la soirée a été beaucoup moins convaincant. Alexandre Kantorow a donné une pièce pour piano seul du Suédois Anders Hillborg (né en 1954), qui se présente comme compositeur à la fois de musique « savante » et de rock, qui dans ce The Kalamazoo Flow (Le flux de Kalamazoo), commande du pianiste, qui l’a créé huit jours plus tôt à Lucerne, dont le titre renvoie à la ville de Kalamazoo dans l’Etat du Michigan, dont l’écriture liquide (Flow) se nourrit de Debussy et de Bartók, deux compositeurs dans lesquels le dédicataire excelle, et en seconde partie deux cahiers avec clavecin, en plus de Martinů, une œuvre de la compositrice bulgare Dobrinka Tabakova (née en 1980) intitulée Suite in Old Time, quintette pour cordes (le premier violon jouant au début la grosse caisse) avec contrebasse et clavecin, qui, comme son titre l’indique, puise dans l’ère baroque, avec citations et tentatives de mise au goût du jour façon quolibet mais à l’humour restreint. 

Jean Rondeau
Photo : (c) Bruno Serrou

Cette pièce fort-longue était suivie d’un solo de Jean Rondeau constitué d’un extrait du Premier Livre de pièces de clavecin et d’un digest des Nouvelles Suites de pièces pour clavecin de Jean-Philippe Rameau (1683-1764).

Bruno Serrou

1) originellement pour clavecin solo, flûte, basson (deux instruments demeurés anonymes ce vendredi soir), pianoforte, trois violons, alto, violoncelle et contrebasse, l’ensemble des cordes peut être dédoublé, d’où la présence ici de six violons, de deux altos et de deux violoncelles… mais d’une seule contrebasse au lieu des deux possibles

 

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