Paris. Opéra Bastille. Samedi 17 janvier 2026
Suite de la Tétralogie de Richard Wagner entreprise par l’Opéra national de Paris Bastille en 2025, avec la première représentation le 17 janvier de Siegfried, deuxième journée de l’Anneau du Nibelung confiée à une équipe espagnole constituée de Pablo Heras-Casado à la direction musicale et Calixto Bieito à la mise en scène, avec une distribution de premier ordre
A l’instar du prologue du cycle, Das Rheinglod voilà tout juste un an, le volet le plus décevant jusqu’à présent (voir http://brunoserrou.blogspot.com/2025/02/un-frustrant-rheingold-prelude-au.html), et de la première journée, Die Walküre en novembre dernier (voir http://brunoserrou.blogspot.com/2025/11/lapocalypse-post-nucleaire-dune.html), cette production de Siegfried suscite quantité de réactions contraires, incitant surtout l’interrogation, tant sur le plan scénique, loin de la lecture irréprochable de Pierre Audi en septembre 2024 à La Monnaie de Bruxelles (voir http://brunoserrou.blogspot.com/2024/09/passionnant-siegfried-theatre-de-la.html), que du point de vue musical. Côtés positifs et négatifs mélangés, avec d’une part une distribution de tout premier plan, sans la moindre faille. Le Siegfried d’Andreas Schager est magistral. Il se donne pleinement du début à la fin, voix vaillante, solide comme le roc (d’infimes pailles sans conséquences), inépuisable, jeune, généreux, timbre somptueux.
Loin du Siegfried juvénile qui acquiert peu à peu la maturité, son comportement est aussi héroïque que sa voix aux moyens impressionnants, mais il faut attendre le réveil de Brünnhilde pour se faire touchant. Magistral aussi le Wanderer de noble stature mais toujours hystérique, dans la suite logique de Die Walküre, campé par Derek Welton, voix pleine et autoritaire aux harmoniques remarquablement colorées, le Mime en costume-cravate de Gerhard Siegel, au jeu subtil et voix aussi vaillante que celle de Siegfried mais au timbre judicieusement coloré, l’Alberich justement agressif de Brian Mulligan, plutôt crédible dans sa mission d’obstétricien, l’impressionnant Fafner couvert de colliers façon gousses d’ail de Mika Karen, sonore et aux graves si solides qu’il n’a nul besoin d’être amplifié. Côté femmes, le sublime : la Brunehilde exceptionnelle de Tamara Wilson, qui ne cesse de nous éblouir, et l’Erda à la voix chaude et puissante de Marie-Nicole Lemieux.
Les deux
premiers actes atones, comme s’il cherchait à ne pas couvrir les chanteurs,
Pablo Haras-Casado s’est libéré totalement dans le troisième acte, sollicitant
l’orchestre dans ses moindres retranchements, avec des contrastes saisissants
entre drame, poésie et tendresse - pourquoi a-t-il attendu l’acte final, il est
vrai qu’entre les deux premiers actes et le troisième, Wagner a acquis
l’expérience de Tristan und Isolde et
des Meistersinger von Nürnberg
?…
Côté visuel en revanche, c’est la catastrophe. Fort loin de la lecture claire, sensible, reflétant à la perfection l’évolution psychologique du héros wagnérien proposée par le metteur en scène franco-libanais Pierre Audi au Théâtre de la Monnaie en septembre 2024 dirigée par le chef français Alain Altinoglu, on frise cette fois le n’importe quoi. Au sein d’une forêt touffue aux troncs inversés et feuilles horizontales post-apocalyptique, scénographie imaginée par Rebecca Ringst qui s’efface pour la dernière scène du troisième acte, Siegfried, qui ne cesse de jeter et de briser tout ce qui lui passe entre les mains, n’accomplit rien tout au long de son voyage initiatique, ce sont les autres qui agissent : point de forge ni d’enclume, c’est Mime qui ressoude les morceaux de Nothung en s’asseyant dessus pour préparer les poisons, il ne tue pas le dragon Fafner, qui s’occit lui-même, du moins est-ce ce que laissent entrevoir les projecteurs qui aveuglent la salle, il ne rompt pas la lance de Wotan, c’est le dieu des dieux qui la jette à ses pieds après avoir rafistolé au premier acte les morceaux brisés par Fricka au deuxième acte de Die Walküre, puis, assis à une table de cuisine, Wotan avale la soupe que lui sert Erda, vêtue façon Bonemine, épouse du chef gaulois Abraracourcix, le Voyageur se fait ravitailler par la déesse-terre, qui lui sert une soupe avant de s’asseoir à son tour à la même table puis de se faire accoutrer par Wotan d’une nappe sur la tête maintenue par le ring/collier arrivé jusqu’à elle en roulant sur le sol, point de rocher non plus, mais le même bocal de congélation qu’à la fin de Die Walkūre en fond de scène en hauteur derrière un rideau opaque que Siegfried a du mal à déchirer…
Le summum est atteint au deuxième acte, après la mort de Fafner, lorsque trois
mutants « post-humains » (sic) apparaissent, l’une accouchant avec l’aide
d’Alberich du fils de ce dernier, le futur Hagen, et cet Oiseau de la forêt,
vêtue de jaune et « planant » lourdement que chante pourtant brillamment
la menue Ilanah Lobel-Torre, membre de la Troupe lyrique de l’Opéra de Paris,
voix juvénile et plus charnue que de coutume.
Reste à attendre la synthèse de cette histoire peu claire jjusqu’à présent contée
par Calixto Bieito que représente le troisième et dernier volet de l’Anneau du Nibelung, Der Götterdämmerung, en novembre
prochain…
Bruno Serrou



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