mardi 13 janvier 2026

XIIe Biennale de quatuors à cordes : Le Leonkoro Quartet de Berlin a donné d’envoûtants quatorzièmes quatuors d’archets de Beethoven et de Schubert

Paris. Philharmonie. Cité de la Musique. Salle des Concerts. Lundi 12 janvier 2026, 20h00 

Leonkoro Quartet
De gauche à droite : Jonathan Schwarz, Emiri Kakiuchi, Mayu Konoe, Lukas Schwarz
Photo : (c) Bruno Serrou

Concert de la XIIe  Biennale de quatuors à cordes de la Philharmonie de Paris à la Cité de la Musique, ce lundi soir par les archets berlinois du Quatuor Leonkoro jouant debout (sauf le violoncelle) un programme viennois réunissant deux XIVe  quatuors composés la même année 1824-1825, celui de Franz Schubert et celui de Ludwig van Beethoven. Énergique, rythmée, sonorités ardentes et charnelle, lyrique, dramatique et tendrement nostalgique, « La jeune fille et la mort » a attisé l’âme et le cœur de l’auditeur tel un poème symphonique, tandis que les Leonkoro ont offert un op. 131 du Titan de Bonn une lecture extraordinairement fluide, claire, lumineuse, sensuelle, magnifiant la polyphonie exaltante de l’écriture beethovenienne, chaque instrument apparaissant dans toute sa brillance tour à tour solitaire et fusionnelle. Un magnifique quatuor d’archets à suivre absolument, qui n’a pas volé les nombreux prix internationaux qu’il a remportés. 

Leonkoro Quartet
Photo : (c) Bruno Serrou

C’est sur l’un des quatuors d’archets les plus bouleversants du répertoire, mais aussi le plus célèbre, signé du cadet que le Quatuor Leonkoro a ouvert son programme. Œuvre sublime composée en mars 1824 - elle ne sera créée à titre privé que le 29 janvier 1826 -, dont l’Andante con moto à cinq variations donne son titre à l’œuvre qui reprend le thème du lied Der Tod und das Mädchen D. 531 sur un poème de Matthias Claudius antérieur de sept ans, écrit dans la tonalité funèbre de ré mineur, le Quatuor à cordes n° 14 « la Jeune fille et la Mort » D. 810 de Franz Schubert (1797-1828) a donné lieu à une interprétation ardente et vigoureuse mais contenue et aux sonorités feutrées et moelleuse ménageant des espaces d’une luminosité vivifiante où se sont imposés l’alto de Mayu Konoe et le violoncelle de Lukas Schwarz, tandis que le premier violon de Jonathan Schwarz a brillé par la chaleur et la luminosité chatoyante auquel le second violon d’Emiri Kakiuchi lui rendait la pareil avec à la fois la discrétion idoine à son poste et une présence donnant à sa présence son poids nécessaire au discours, mettant en évidence les accents sauvages du Scherzo qui se présente comme une course à la mort qui débouche sur le Presto final mené comme une impitoyable danse cauchemardesque.

Leonkoro Quartet
Photo : (c) Bruno Serrou

Composé entre décembre 1825 et octobre 1826, le Quatuor à cordes n° 14 en ut dièse mineur op. 131 de Beethoven est en fait la pénultième partition du genre du compositeur. D’aucuns considèrent ce quatuor comme le plus beau de tous, à l’instar de Richard Wagner qui, qualifiant l’œuvre de « poème sonore », y voyait la méditation d’un saint muré dans sa surdité à l’écoute exclusive de ses voix intérieures. Il s’agit aussi sans doute du quatuor le plus porteur d’avenir, tant l’on y perçoit les hardiesses de la Seconde Ecole de Vienne et de Bartók, ne serait-ce que la forme cyclique. Débutant sur une fugue (« qui renferme le mouvement le plus mélancolique exprimé en musique » (R. Wagner)) qui sera reprise deux fois dans le finale, l’œuvre se déploie en un mouvement unique, tel un poème symphonique en sept parties continues (dont deux si courtes - la troisième (onze mesures) et sixième (vingt-huit mesures) - qu’elles se présentent comme des introductions à celles qui les suivent), liées en outre entre elles par des relations harmoniques et rythmiques étroitement imbriquées. Le Quatuor Leonkoro magnifie les sonorités graves donnant à cette partition une assise expressive prenante, Lukas Schwarz exaltant le chant somptueux que réserve Beethoven au violoncelle, tandis que l’alliage du second violon (Emiri Kakiuchi) et de l’alto (Mayu Konoe) s’avère l’épicentre de cette interprétation, le premier violon (Jonathan Schwarz) s’avérant d’une beauté sidérale. Alliage d’autant plus marquant qu’il s’exprime pleinement dans le cinquième mouvement (Presto) et ses deux expositions du Scherzo e Trio où les quatre archets s’enflamment et rayonnent de concert.

Bruno Serrou


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