Paris. Philharmonie. Grande Salle Pierre Boulez. Mercredi 10 juin 2026
Programme assez déconcertant ce mercredi de l’Orchestre de Paris à la Philharmonie de Paris dirigé par son directeur musical titulaire Klaus Mäkelä pour cette fin de saison 2025-2026, avec en soliste invitée la poètesse du violon Isabelle Faust, avant de se rendre au Festival d’Aix-en-Provence pour participer aux représentation qui ‘annoncent prometteuses du chef-d’œuvre de Richard Strauss, Die Frau ohne Schatten (FROSCH, comme se plaisaient à évoquer le compositeur et son librettiste Hugo von Hofmannsthal) (1)…
En ouverture de leur dernier programme de la saison 2025-2026, l’Orchestre de Paris et son directeur musical Klaus Mäkelä ont donné la création française d’une œuvre d’un compatriote de ce dernier, le Finlandais Sauli Zinovjev né en 1988 à Lahti, fleuron de la vie musicale en Finlande où a notamment lieu chaque année depuis 2000 un festival Sibelius, ce compositeur a été l’élève de Tapio Nevenlinnal à l’Académie Sibelius d’Helsinki et de Wolfgang Rihm à la Haute Ecole de Musique de Karlsruhe. Depuis lors, il s’intéresse principalement à la musique d’orchestre, créée par les grandes formations symphonique occidentales, comme le Chicago Symphony, le Royal Concertgebouw, le Munich Philharmonic. Tandis que l’Orchestre Philharmonique de Radio France vient de donner le 2 juin dernier la création mondiale d’un Concerto pour clarinette intitulé Overblow sous la direction de François Leleux avec en soliste Nicolas Baldeyrou, l’Orchestre de Paris a proposé huit jours plus tard cette première audition française d’une longue partition pour orchestre colossal de quatre vingt douze musiciens dont un orgue de concert de ce compatriote de Klaus Mäkelä dont il est l’aîné de huit ans, œuvre tonitruante et un rien confuse de plus d’une quarantaine de minutes, symphonie en quatre parties commandée par trois orchestres (Helsinki Philharmonic, Oslo Philharmonic et Orchestre de Paris) titrée Taste of Metal (Goût de métal) d’une puissance tellurique telle qu’elle a déclenché des tonnerres d’applaudissements du public, il est vrai que les musiciens de l’Orchestre de Paris se sont donnés sans réserve pour restituer au mieux d’élan de ces pages inspirées de sculptures de l’artiste finlandais Markus Cooper (1968-2019) chargées de tensions, de pressentiments de dangers, de puissance brute qui menacent l’humanité. Malgré le succès public indéniable de cette pièce d’une puissance telle qu’elle engendre des acouphènes dans les oreilles les plus sensibles, me convainc de la déconnection où je me trouve assurément, tant cette musique me semble sans originalité ni quête de renouveau, étant plus physique que structurée et inspirée, comme prête à une consommation immédiate, annihilant toute envie d’y retourner…
La seconde partie de soirée a été ouverte par une œuvre fort rare, comme l’atteste le fait qu’il s’est agi de sa seconde exécution de l’histoire de l’Orchestre de Paris, qui ne l’avait pas programmée depuis 1998, le Concerto pour violon et orchestre en ré mineur WoO 23 que Robert Schumann(1810-1856) composa en 1853 pour Joseph Joachim pour qui Brahms, Dvorak, Bruch composèrent leurs concertos, qui ne joua jamais celui de Schumann et en interdit même toute exécution, y compris après la mort de son auteur, qui n’eut donc l’occasion de l’entendre, tandis que sa partition ne sera de ce fait créée qu’en 1937 à Berlin sous le régime nazi par les Berliner Philharmoniker dirigé par Hans Schmidt-Isserstedt avec en soliste Georg Kulenkampff, qui remplaçait Yehudi Menuhin empêche de se produire en Allemagne parce que juif. En soliste cette fois la délicate et poétique violoniste allemande Isabelle Faust qui en a donné une interprétation lumineuse et fluide, bien que jouant avec partition, faisant chanter son instrument avec une sereine sensibilité, proposant des passages enchanteurs de ces pages qui ne sont pas du Schumann le plus inspiré, même si l’on y trouve des climats typiques du compositeur rhénan, le chef finlandais et l’orchestre parisien enveloppant la soliste avec délicatesse et lyrisme.
Prolongeant sa prestation, et répondant ainsi aux sollicitations du public, Isabelle Faust a offert en bis une adaptation pour violon de Fantaisie pour flûte de Georg Philip Telemann.
Pour conclure la soirée, la spectaculaire et remarquablement synthétique Ouverture-fantaisie Roméo et Juliette que Tchaïkovski composa entre 1869 et 1880 que l’Orchestre de Paris programme régulièrement. Klaus Mäkelä et ses musiciens ont restitué à la perfection la dense diversité des climats de cette fresque d’une vingtaine de minutes qui donnent à entendre les séquences successives du drame shakespearien, l’amour exalté, le lyrisme à fleur de peau, l’inéluctable tragédie, l’orchestration serrée et rutilante interprétés avec flamboyance par l’Orchestre de Paris sous l’impulsion énergique de son directeur musical Klaus Mäkelä, jusqu’à la mort des amants de Vérone dont les battements de cœur s’éteignent sous les appels de timbales qui referment ce véritable poème symphonique.
Bruno Serrou
1) Si seulement il pouvait venir à l'idée de l'Orchestre de Paris et du Festival d'Aix-en-Provence de donner ne serait-ce qu'une version concertante de cette Femme sans ombre à la Philharmonie de Paris dans le courant de la saison prochaine...
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