Paris. Philharmonie. Grande Salle Pierre Boulez. Lundi 19 janvier 2026
Lundi soir, retour aux fondamentaux : Johann Sebastian Bach, avec Philippe Herreweghe et son Collegium Vocale Gent, solistes avec le chœur, et orchestre (trois femmes dans le chœur pour huit hommes, douze femmes dans l’orchestre pour sept hommes), dans un court programme de trois œuvres sacrées, deux cantates, la BWV 186, qui était dans le même état d’esprit que le monde en ces temps d’angoisses, « Ne sois pas désespérée, ô mon âme », et la célèbre BWV 14, avec le cor de chasse solo dialoguant avec la soprano et le magnifique air de basse avec deux hautbois, suivies de la Missa brevis BWV 233, où l’on retrouve un solo de basse admirable (Florian Störtz) dans le Domine Deus auquel s’enchaine l’air tout aussi beau de la soprano (Marie-Luise Werneburg) dialoguant avec le hautbois solo… Toujours remarquable, l’ensemble d’Herreweghe a également compté dans ses rangs ce soir en solistes les ténors Alex Potter et Guy Cutting. Une soirée spirituelle qui a attiré un public très nombreux, et fort à l’écoute, qui a eu le privilège des longs accords de l’ensemble instrumental avant chaque œuvre du programme, ce qui conduit à célébrer les petits effectifs instrumentaux, car que serait-ce si les orchestres d’instruments anciens comptaient une centaine de musiciens ?…
C’est comme de coutume un programme de très haute spiritualité qu’a proposé Philippe Herreweghe à la tête du plus ancien ensemble qu’il a créé en Belgique, le Collegium Vocale Gent (Gand), avec lequel le chef gantois chante la gloire du cantor de Leipzig depuis plus de cinquante-cinq ans. Il a ouvert sa trilogie sacrée d’un soir avec la cantate Ärgre dich, o Seele, nicht (Ne désespère pas, ô mon âme) BWV 186 composée à Weimar en 1716 - partition aujourd’hui perdue -, puis développée à Leipzig en 1723 sur un texte de Salomon Franck (1659-1725). L’original de cette exhortation à croire en la miséricorde du Seigneur, comprend six mouvements un chœur, quatre arie dont l’instrumentation va en se complexifiant, et les voix montant peu à peu du grave à l’aigu, l’alto et la soprano n’intervenant que dans la seconde partie, et un choral et a été écrite pour le troisième dimanche de l’Avent, tandis que la version définitive, conçue pour le septième dimanche après la Trinité, est subdivisée en onze numéros distribués en deux parties, Bach ajoutant des récitatifs, modifiant légèrement les paroles des arie et remplaçant le choral final par un verset du pasteur Paul Speratus (1484-1551). La cantate est écrite pour deux hautbois, taille de hautbois, basson, violons, alto et basse continue, quatre solistes et chœur mixte. Plus célèbre, la cantate Wär Gott nicht mit uns diese Zeit (Si Dieu n’était pas aujourd’hui parmi nous) BWV 14 date de 1735 et a été écrite pour le quatrième dimanche après l’Epiphanie, qui tombait cette année-là le 30 janvier. Le texte puise dans un cantique de Martin Luther qui paraphrase le Psaume 124 et ouvre (première strophe) et ferme (dernière strophe) l’œuvre, qui compte cinq mouvements, un chœur, une première aria, pour soprano accompagnée des cordes et d’un petit cor de chasse virtuose, un récitatif aux contours d’arioso, pour le ténor, une seconde aria pour la basse avec deux hautbois solos, et un choral d’action de grâce en quatre parties dans l’esprit de l’Oratorio de Noël créé quelques semaines plus tôt.
Outre la grande Messe en si mineur, le protestant Johann Sebastian Bach composa à Leipzig quatre Missa brevis sur le rituel latin de l’Eglise catholique mais conformes à la tradition établie par Martin Luther, qui souhaitait conserver un certain nombre de textes la liturgie romaine (ou grec pour le Kyrie), parmi lesquels le Magnificat, le Sanctus et le Gloria pour les offices des grandes fêtes chrétiennes, la Nativité, Pâques et la Pentecôte. Première publiée des messes composées en 1738-1739, la Missa brevis BWV 233 est en fa majeur compte deux parties, Kyrie, pour chœur mixte, deux cors, deux hautbois, violons, alto, viole de gambe ténor et continuo, et Gloria, la seconde suscitant à son tour cinq mouvements, Gloria pour chœur mixte deux hautbois, deux cors, violons, viole de gambe et continuo, Domine Jesu confié à la basse, avec deux violons, viole de gambe et continuo, Qui tollis pour soprano, hautbois solo et continuo, Quoniam pour contralto, violon solo et continuo, enfin Cum sancto Spiritus pour chœur mixte, deux hautbois, deux cors, violons, viole de gambe ténor et continuo.
Dirigeant avec des gestes courts et économes, Philippe Herreweghe, toujours souriant, impose sa personnalité par l’évidente et serein connivence avec des chanteurs et ses instrumentistes, qu’il n’a de cesse d’encourager, de soutenir et d’échanger avec sollicitude et beaucoup d’égard, sans jamais se mettre en vedette, mais laissant modestement et en confiance ses musiciens s’exprimer. Il faut dire qu’ils se connaissent tous depuis fort longtemps, et il suffit de les regarder s’accorder longuement pour saisir combien l’entente est cordiale. Aucun des intervenants ne cherche à se mettre en vedette, car même les solos sont de toute évidence interprétés pour l’ensemble, chacun à l’écoute de l’autre, chanteurs, dont les solistes Marie-Luise Werneburg (soprano), Alex Potter (contreténor), Guy Cutting (ténor) et Florian Störtz, et de l’orchestre sous la conduite du violon solo, Christine Busch, mais aussi du premier hautbois Jasu Mossio, du basson Julien Debordes, des deux cors Bart Cypers et Jeroen Billiet, de la trompette Alain De Rudder et de l’orgue Maude Gratton.
Bruno Serrou




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