samedi 28 mars 2026

Plénitude de La Flûte enchantée de Mozart dans le somptueux écrin à sa juste mesure du Grand Théâtre de Bordeaux

Bordeaux. Opéra. Grand Théâtre. Mercredi 25 mars 2026 

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Die Zauberflöte
Elena Villalòn (Pamina), Omar Mancini (Tamino), Zachary McCulloch et Loïck Cassin (Hommes d'Armes)
Photo : (c) Anthony Rojo / OnB

L’un des opéras les plus programmés dans le monde, Die Zauberflöte (La Flûte enchantée) de Mozart fait sa réapparition dans le merveilleux écrin qu’est le Grand Théâtre-Opéra National de Bordeaux, qui semble avoir été construit pour elle 

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Die Zauberflöte
Julie Goussot, Axelle Saint-Cirel, Anouk Defontenay (Dames de la Nuit)
Photo : (c) Anthony Rojo / OnB

Confiée à Julien Duval, la mise en scène fait grand usage de la danse, au risque parfois de passer la musique à l’arrière-plan, particulièrement dans l’ouverture où est présentée une faune diverse dont un serpent fort expressif et des hommes-squelettes. Cette production fait judicieusement peu de références à la symbolique maçonnique (à l’exception notable du triangle sur les costumes bigarrés et parfois éclairés de l’intérieur d’Aude Designaux), et à quelques réserves près comme l’oiseleur vêtu en énorme poussin jaune flashy, le spectacle, d’où la lumière jaillit peu à peu, surprend dès l’abord par sa noirceur et son pessimisme, avant que scénographie et costumes s’éclairent peu à peu pour finir dans le blanc écarlate. 

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Die Zauberflöte
Omar Mancini (Tamino), Chour de l'Opéra National de Bordeaux
Photo : (c) Anthony Tojo / OnB

Pour sa première production lyrique, le metteur en scène comédien français Julien Duval, fondateur avec le comédien Carlos Martins de la compagnie de théâtre bordelaise Le Syndicat d’Initiative, défait habilement le Singspiel des francs-maçons Wolfgang Amadeus Mozart et Emanuel Schikaneder de ses attributs les plus ésotériques pour se concentrer sur son humanité, sa féerie candide en proposant une méditation plus ou moins métaphysique et ingénue sur l’humanité et la nature, la vie et la mort, à l’instar de l’élan humaniste et populaire qui a gouverné l’esprit des concepteurs de l’œuvre, tout en lui donnant un tour fantasmagorique auquel le public a volontiers adhéré le soir de la première, le tout dans une scénographie claire évoquant plus ou moins l’esprit de commedia dell’arte parfaitement adapté aux spécificités du plateau du magnifique théâtre aux parois de bois conçu et bâti entre 1773 et 1780 par l’architecte franc-maçon Victor Louis (1731-1800) à l’acoustique exceptionnelle.

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Die Zauberflöte
Omar Mancini (Tamino) et les oiseaux
Photo : (c) Anthony Rojo / OnB

Portée par une direction d’acteurs au cordeau, et par les chatoiements de l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine avivé avec allant par la geste musicale tonique établie par son directeur musical, l’Etatsunien Joseph Swensen, la distribution séduit dans sa globalité. Les personnages les plus remarquables sont réunis dans le trio des Dames de la Nuit, la soprano toulonnaise Julie Goussot et les mezzo-sopranos francilienne Axelle Saint-Cirel (qui s’était illustrée sous la pluie dans La Marseillaise durant le spectacle inaugural des JO de Paris 2024) et Anouk Defontenay aux timbres bien différenciés qui assurent leur partie avec allant dans d’élégantes robes noires, ainsi que les rôles secondaires, le ténor néo-zélandais Zachary McCulloch et la basse bordelaise Loïc Cassin en hommes d’Armes, le ténor avignonnais Luc Seignette et la basse francilienne Simon Solas en Prêtres, l’Orateur de la basse française Ugo Rebec, mais aussi les trois chérubins Esther Mouchague, Lauriane Collette Poujol et Rameau Bourgogne, membres de la Jeune Académie Vocale d’Aquitaine bien assortis vocalement mais un rien trop réservés au point de donner constamment l’impression de la confidence. 

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Die Zauberflötte
Julie Goussot, Axelle Saint-Cirel, Anouk Defontenay (Dames de la Nuit), Oùmar Mancini (Tamino), Thomas Dolié (Papageno), Esther Mouchague, Laurine Collette Poujol, Rameau Bourgogne (Trois enfants)
Photo : (c) Anthony Rojo / OnB

Du côté des rôles principaux, la rayonnante Pamina de la soprano cubano-étatsunienne Elena Villalòn, le valeureux Sarastro de la basse française Jean Teitgen dont la voix, au début, manque d’assise harmonique avant de trouver peu à peu les ressources pour atteindre avec aisance les graves les plus profonds, le Papageno primesautier du baryton bordelais Thomas Dolié, l’excellent Monostatos énamouré du ténor niçois Mathias Vidal et l’impétueuse Papagena de la soprano vénézuélienne Sofia Kirwan-Baez, qui passe avec aisance de la voix détimbrée de vieille et pétulante dame à celle de frêle et pétillante jeune femme. Un peu moins convaincants, le Tamino légèrement contraint du ténor italien Omar Mancini et la soprano colorature bastiaise Julia Knecht, qui assure certes avec vaillance les vocalises de la Reine de la Nuit, mais dont le suraigu apparaît serré et le timbre acéré. A cette distribution solistes fort homogène, il convient d’associer l’excellent Chœur de l’Opéra de Bordeaux préparé par Salvatore Caputo.

Bruno Serrou

La production est retransmise sur France Musique samedi 18 avril 2026 à 20h00, puis disponible sur le site de France Musique et sur l'application Radio France

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