mardi 24 mars 2026

Haletante « Messa da Requiem » de Verdi par l’Orchestre et le Chœur de l’Opéra de Zürich dirigés par leur directeur musical Gianandrea Noseda

Paris. Philharmonie. Grande Salle Pierre Boulez. Dimanche 22 mars 2026 

Giuseppe Verdi (1813-1901), Messa da requiem 
Gianandrea Noseda entouré de Agnieszka Rehlis, Marina Rebeka et Ernst Raffelsberger (à sa droite), Joseph Calleja et David Leigh (à sa gauche). Orchestre et Choeur de l'Opéra de Zürich
Photo : (c) Bruno Serrou

La Messa da requiem de Giuseppe Verdi est l’œuvre d’inspiration liturgique la plus populaire dans le monde. Il faut dire qu’elle tient davantage de l’opéra que de la spiritualité pure. Une théâtralité qui s’exprime pleinement dès qu’un orchestre de fosse s’en empare, à l’instar de la brillante exécution qu’en ont donné l’Orchestre et le Chœur de l’Opéra de Zürich sous la direction particulièrement lyrique de son élégant directeur musical, le Milanais Gianandrea Noseda 

Giuseppe Verdi (1813-1901), Messa da requiem 
Soliste, Choeur et Orchesre de l'Opéra de Zürich
Photo : (c) Bruno Serrou

La théâtralité de ce Requiem tient non seulement à la personnalité de Verdi, qui était loin d’être un dévot, mais surtout au fait que le compositeur lombard en a eu l’idée à la mort de Gioacchino Rossini, autre maître de l’opéra italien, survenue le 13 novembre 1868. Une mort qui le marqua si profondément que Verdi eut l’idée d’un requiem collectif dont il s’attribua le Libera me. L’œuvre collective fut écrite mais jamais exécutée. Verdi récupéra sa partie, et l’intégra naturellement à sa Messa da requiem qu’il entreprit à la mort de son ami écrivain Alessandro Manzoni survenue le 22 mai 1873. La partition, qui suit la liturgie de la messe des morts en sept parties mais dont l’élément le plus développé est la séquence du Dies irae qui se déploie en dix numéros enchaînés, sera créée le jour-même du premier anniversaire de la disparition de son inspirateur en l’église Saint-Marc de Milan sous la direction de son auteur.

Giuseppe Verdi (1813-1901), Messa da requiem 
Gianandrea Noseda entouré de Agnieszka Rehlis, Marina Rebeka et Ernst Raffelsberger (à sa droite), Joseph Calleja et David Leigh (à sa gauche). Orchestre et Choeur de l'Opéra de Zürich
Photo : (c) Bruno Serrou

L’Opernhaus Zürich Orchester & Chorus ont proposé sous la direction élégante et précise à mains nues de leur directeur musical, l’excellent Gianandrea Noseda, une trépidante Messa da requiem de Giuseppe Verdi, avec des effectifs de cordes d’un orchestre de fosse (quatorze, douze, dix, huit, six) plutôt que symphonique, puisqu’il s’agit en fait de la phalange fondée en 1985 lors de la prise d’indépendance de l’Orchestre de la Tonhalle de Zürich. Sous l’impulsion nuancée et vibrante de Gianandrea Noseda, sans effet d’aucune sorte, jamais alanguie ni ampoulée, mais toujours passionnante, l’Orchestre de l’Opéra de Zürich a brillé de tous ses éclats, jusques et y compris une spatialisation impressionnante des trompettes dans le Dies irae. Dirigé par l’Autrichien Ernst Raffelsberger, le Chœur de l’Opéra de Zürich s’est avéré le parfait complément de la phalange suisse dont il est l’émanation, tant il a excellé par une densité, une cohésion, une musicalité qui dit combien cette œuvre lui convient. Son engagement, sa cohésion ont porté l’exécution de la Messa da requiem au même titre que la phalange symphonique à laquelle il est attaché. Les deux entités réunies ont excellé dans les fugues extraordinaires dont Verdi a le secret.

Giuseppe Verdi (1813-1901), Messa da requiem  
Gianandrea Noseda entouré de Agnieszka Rehlis et Marina Rebeka (à sa droite), Joseph Calleja et David Leigh (à sa gauche). Orchestre et Choeur de l'Opéra de Zürich
Photo : (c) Bruno Serrou

A un orchestre remarquable associé à un chœur d’une dynamique et d’une homogénéité rayonnantes aux aptitudes dramatiques naturelles, s’est ajouté un quatuor vocal de premier plan, avec tout d’abord l’éblouissante mezzo-soprano polonaise Agnieszka Rehlis à la voix ample et brûlante, une solaire soprano lettone Marina Rebeka, qui, peut-être tétanisée par la mission qui lui incombait dans le Libera me, n’a pu atteindre l’aigu attendu legato. A leurs côtés, le ténor maltais Joseph Calleja, que je n’avais pas entendu depuis que je l’avais interviewé chez lui, à Malte, en 2014 pour le quotidien La Croix, qui a la puissance et le velours idoines mais qui a un léger voile dans l’aigu, enfin la basse états-unienne David Leigh à la ligne de chant irréprochable.

Bruno Serrou

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