lundi 23 mars 2026

Leonardo García-Alarcón offre à Paris de L’Orfeo de Monteverdi une interprétation d’une humanité profonde au lendemain de sa première genevoise de Castor et Pollux de Rameau

Paris. Philharmonie. Grande Salle Pierre Boulez. Vendredi 20 mars 2026 

Claudio Monteverdi (1567-1643), L'Orfeo 
Solistes, Choeur de Chambre de Namur, Cappella Medierranea
Leonardo García-Alarcón (direction)
Photo : (c) Bruno Serrou

Leonardo García-Alarcón sur tous les fronts la semaine dernière, et de brillante façon. Jeudi soir, Grand Théâtre de Genève pour la première d’une nouvelle production de Castor et Pollux de Jean-Philippe Rameau avec une partie de l’orchestre de sa Cappella Mediterranea (voir http://brunoserrou.blogspot.com/2026/03/a-geneve-leonardo-garcia-alarcon.html), et, vingt-quatre heures plus tard, à la Philharmonie de Paris avec une autre équipe de sa Cappella Mediterranea dans un fantastique L’Orfeo de Monteverdi, chef-d’œuvre entre les chefs-d’œuvre de l’art lyrique, dans une réalisation suprême d’intelligence, de musicalité et de théâtralité au sein d’une mise en espace se déployant à travers la Grande Salle Pierre Boulez entière, avec apparitions et échos de son magnifique Chœur de Chambre de Namur.

Claudio Montevredi (1567-1643), L'Orfeo 
Solistes, Choeur de Chambre de Namur, Cappella Mediterranea, Leonardo García-Alarcón
Photo : (c) Bruno Serrou

Que de magnificences dans cette réalisation du parangon du genre opéra conçu en 1607 par le chef argentin, qui, dirigeant depuis un clavecin, aura offert avec son excellente équipe une soirée littéralement enchanteresse, une interprétation de grâce pure, avec côté instrumental, un ensemble de vingt-deux musiciens dont une extraordinaire harpiste, Flora Papadopoulos, des cordes onctueuses sous la houlette du premier violon Pablo Agudo Lopez, des bois virevoltants et des cuivres au velours somptueux. Sur le devant de la scène et depuis divers points de la salle, au milieu du public et dans les hauteurs, une équipe de chanteurs d’une homogénéité remarquable et d’un engagement dramatique de tout instant. Le chef argenton dirige de façon idiomatique cette partition dont il connaît les moindres inflexions et qu’il mène avec une énergie, une clarté, une souplesse qui instillent une expressivité qui transcende la distribution entière, qui permet à l’auditeur de se délecter avec d’autant plus de plaisir les immenses beautés musicales de l’œuvre. L’univers de Monteverdi fourmille en personnages, qui donnent une vie extraordinaire à ses œuvres scéniques. Ce qui a pour corolaire le fait que les chanteurs-acteurs se doivent de donner toute leur mesure en peu de temps, leurs prestations étant resserrées. Seul Orfeo a la latitude de s’exprimer pleinement. 

Claudio Monteverdi (1567-1643), L'Orfeo
Valerio Contaldo (Orfeo), Mariano Flores (Musica/Euridice), Leonardo García-Alarcón
Cappella Mediterrana, Choeur de Chambre de Namur
Photo : (c) Bruno Serrou

Le rôle du fils du roi Œagre et de la muse Calliope était tenu vendredi par un ardent et intrépide ténor suisse Valerio Contaldo à la voix de bronze, hélas trop impatient pour éviter la disparition définitive de la solaire Musica/Euridice de l’ardente soprano argentine Mariana Flores au timbre solaire, tous deux excellents comédiens. A l’instar de l’ensemble de l’équipe de chanteurs solistes, à commencer par la délicate Messagggiera de la mezzo-soprano italienne Giuseppina Bridelli, Sperenza/Proserpina de la mezzo-soprano Anna Reinhold, Plutone du baryton-basse britannique Edward Grint, l’excellent Caronte de la basse sicilienne Salvo Vitale et une guirlande de rôles solistes vaillamment tenus par les membres du rayonnant Chœur de Chambre de Namur. Une soirée à marquer d’une pierre blanche qui permet de remettre à sa place centrale le maître italien du tournant des XVIe et XVIIe siècles, et de relativiser celle du compositeur français du XVIIIe siècle à deux soirées de distance, avec une impression de net recul entre les théâtres lyriques des premiers temps et les infinies longueurs de l’opéra du Siècle des Lumières.

Bruno Serrou

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