mercredi 14 octobre 2026

Fin du « Ring » de Richard Wagner de l’Opéra de Paris réalisé par les Espagnols Pablo Heras-Casado et Calixto Bieito

Paris. Opéra Bastille. Dimanche 11 octobre 2026 

Richard Wagner (1813-1883), Götterdämmerung
Photo : (c) Herwig Prammer / OnP

C’est naturellement avec Götterdämmerung (Le Crépuscule des dieux) que l’Opéra national de Paris conclut en ce mois d’oc tobre sa nouvelle production du Ring des Nibelungen (l’Anneau du Nibelung) de Richard Wagner créé voilà un siècle et demi au Festspielhaus de Bayreuth, avant de donner en novembre deux cycles complets (1) 

Richard Wagner (1813-1883), Götterdämmerung
Photo : (c) Herwig Prammer / OnP

Cette production de Calixto Bieito et Pablo Heras-Casado inaugurée en janvier 2025 avec Das Rheingold (l’Or du Rhin), se termine comme elle avait commencé (voir http://brunoserrou.blogspot.com/2025/02/un-frustrant-rheingold-prelude-au.html), avec notamment le retour de plusieurs éléments scéniques moins nombreux néanmoins que l’extraordinaire synthèse des motifs conducteurs musicaux et littéraires, comme l’apparition du robot chien type de ceux conçus par l’entreprise Boston Dynamics, et l’anneau au format de couronne, et une direction musicale atténuant dynamique et contrastes. Comme pour le reste de la production, à l’exception d’un Siegfried  en janvier dernier (voir http://brunoserrou.blogspot.com/2026/01/entoure-dune-distribution-remarquable.html), volet le plus consistant, peu de cohérence, à l’exception notable du prologue qui laisse envisager une soirée aboutie, avec les Nornes qui tissent sur une machine à tisser Jacquard le fil de la Destinée, qui présage de l’ évolution de la macro-économie que le metteur en scène qui plonge dans une forte dépendance à la technologie, tandis que de son côté Waltraute surgit telle une zombie, tremblante à l’excès et en guenilles, suppliant sa sœur Brünnhilde sans le moindre signe de noblesse.

Richard Wagner (1813-1883), Götterdämmerung
Eve-Maud Hubeaux (Waltraute), Tamara Wilson (Brünnhilde)
Photo : (c) Herwig Prammer / OnP

Il est vrai que Calixto Bieito, qui met l’accent sur la modernité technologique et évitant toute référence mythologique pour jouer de la contemporanéité de l’action, situe cette dernière dans la haute bourgeoisie inconsciente des risques et enjeux d’une fin du monde apocalyptique. L’essentiel de la dramaturgie se déroule autour d’une grande table rectangulaire omniprésente à partir de la première scène des Gibichungen à l’acte I, famille décadente et dégénérée au point que la scène de l’échange du sang se déroule autour d’un sceau métallique qui reviendra à plusieurs reprises, jusqu’à la pénultième scène durant laquelle Hagen sacrifie Siegfried non pas dans le cours d’une chasse mais sur une longue tablée d’agapes tel un gigot d’agneau ou un sanglier, plantant au plus gras du corps du héros fourchettes et couteaux. Les vidéos représentent divers monuments célèbres, des rayonnages de bibliothèque nationale, pour aboutir à un immense trou blanc cerclé de noir qui anéantit le monde avant le finale qui se déroule dans un épais brouillard gris au cours duquel Brünnhilde s’épanche sur une tête de cheval plantée au bout d’un manche à balais avant de tourner avec elle sur elle-même tel un(e) dervish tourneuse avant de s’effacer sur les ultimes accords… Et l’on se dit, au sortir du spectacle, que, tout compte fait, les opéras de Wagner en version concertante sont largement préférables, comme l’atteste la soirée enthousiasmante passée avec le même ouvrage au Théâtre des Champs-Elysées dirigé par Kent Nagano le 13 septembre dernier (coir http://brunoserrou.blogspot.com/2026/09/le-vivifiant-crepuscule-des-dieux-de.html).

Richard Wagner (1813-1883), Götterdämmerung
Mika Kares, Andreas Schager, Johannes Martin Kränzle, Sinéad Campbell Wallace
Photo : (c) Herwig Prammer / OnP

Musicalement, alors que l’oreille du spectateur se délecte de l’entrelacement serré de leitmotiv que réalise Wagner à partir de ceux présentés, repris, retravaillés, fusionnés tout au long du cycle l’ensemble du cycle pour les magnifier, et que Pablo Heras-Casado conduit avec un art de la transition d’une sereine souplesse, si l’Orchestre de l’Opéra séduit par ses sonorités onctueuses, la conception du chef espagnol manque de nerf, proche parfois de la léthargie, évitant trop attentivement toute tentative de pathos, amenuisant les saillies sonores, comme pour préserver son staff vocal pourtant brillant. Ce dernier est en effet d’une incontestable unité, même si certains sont légèrement moins convainquant que la distribution de Nagano. Une intense Tamara Wilson, Brünnhilde inconstante et apathique, un vaillant Siegfried d’Andreas Schager, antipathique parvenu, un solide Mika Kares (Hagen), une ardente Sinéad Campbell Wallace, Gutrune  après avoir incarné la troisième Norne dans le prologue, un Gunther de noble stature et à l’articulation claire tandis que la voix manque d’ampleur de Johannes Martin Krānzel, une suppliante Waltraute d’Eve-Maud Hubeaux à la voix veloutée, tandis que Nornes ((Aude Extrémo, Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, Sinéad Campbell Wallace). Et les trois Filles du Rhin (Margarita Polonskaya, Isabel Signoret, Katharina Magiera) complètent brillamment la distribution, à l’instar de l’Impressionnant Chœur de l’Opéra de Paris, qui aurait néanmoins pu gagner en homogénéité.

Bruno Serrou

1) Deux cycles complets sont donnés à l’Opéra Bastille du 6 au 13 novembre et du 15 au 22 novembre 2026

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