Paris. Opéra Bastille. Dimanche 11 octobre 2026
C’est naturellement avec Götterdämmerung (Le Crépuscule des
dieux) que l’Opéra national de Paris
conclut en ce mois d’oc tobre sa nouvelle production du Ring des Nibelungen (l’Anneau
du Nibelung) de Richard Wagner créé voilà un siècle et demi au Festspielhaus de
Bayreuth, avant de donner en novembre deux cycles complets (1)
Cette production de Calixto Bieito et Pablo Heras-Casado inaugurée en
janvier 2025 avec Das Rheingold (l’Or du Rhin), se termine comme elle
avait commencé (voir http://brunoserrou.blogspot.com/2025/02/un-frustrant-rheingold-prelude-au.html),
avec notamment le retour de plusieurs éléments scéniques moins nombreux
néanmoins que l’extraordinaire synthèse des motifs conducteurs musicaux et
littéraires, comme l’apparition du robot chien type de ceux conçus par l’entreprise
Boston Dynamics, et l’anneau au format de couronne, et une direction musicale
atténuant dynamique et contrastes. Comme pour le reste de la production, à l’exception
d’un Siegfried en janvier dernier (voir http://brunoserrou.blogspot.com/2026/01/entoure-dune-distribution-remarquable.html),
volet le plus consistant, peu de cohérence, à l’exception notable du prologue
qui laisse envisager une soirée aboutie, avec les Nornes qui tissent sur une
machine à tisser Jacquard le fil de la Destinée, qui présage de l’ évolution
de la macro-économie que le metteur en scène qui plonge dans une forte
dépendance à la technologie, tandis que de son côté Waltraute surgit telle une
zombie, tremblante à l’excès et en guenilles, suppliant sa sœur Brünnhilde sans
le moindre signe de noblesse.
Il est vrai que Calixto Bieito, qui met l’accent sur la modernité
technologique et évitant toute référence mythologique pour jouer de la
contemporanéité de l’action, situe cette dernière dans la haute bourgeoisie
inconsciente des risques et enjeux d’une fin du monde apocalyptique. L’essentiel
de la dramaturgie se déroule autour d’une grande table rectangulaire
omniprésente à partir de la première scène des Gibichungen à l’acte I, famille décadente
et dégénérée au point que la scène de l’échange du sang se déroule autour d’un
sceau métallique qui reviendra à plusieurs reprises, jusqu’à la pénultième
scène durant laquelle Hagen sacrifie Siegfried non pas dans le cours d’une
chasse mais sur une longue tablée d’agapes tel un gigot d’agneau ou un sanglier,
plantant au plus gras du corps du héros fourchettes et couteaux. Les vidéos
représentent divers monuments célèbres, des rayonnages de bibliothèque
nationale, pour aboutir à un immense trou blanc cerclé de noir qui anéantit le
monde avant le finale qui se déroule dans un épais brouillard gris au cours
duquel Brünnhilde s’épanche sur une tête de cheval plantée au bout d’un manche
à balais avant de tourner avec elle sur elle-même tel un(e) dervish tourneuse
avant de s’effacer sur les ultimes accords… Et l’on se dit, au sortir du
spectacle, que, tout compte fait, les opéras de Wagner en version concertante
sont largement préférables, comme l’atteste la soirée enthousiasmante passée
avec le même ouvrage au Théâtre des Champs-Elysées dirigé par Kent Nagano le 13
septembre dernier (coir http://brunoserrou.blogspot.com/2026/09/le-vivifiant-crepuscule-des-dieux-de.html).
Musicalement, alors que l’oreille du spectateur se délecte de l’entrelacement
serré de leitmotiv que réalise Wagner à partir de ceux présentés, repris,
retravaillés, fusionnés tout au long du cycle l’ensemble du cycle pour les
magnifier, et que Pablo Heras-Casado conduit avec un art de la transition d’une
sereine souplesse, si l’Orchestre de l’Opéra séduit par ses sonorités onctueuses,
la conception du chef espagnol manque de nerf, proche parfois de la léthargie, évitant
trop attentivement toute tentative de pathos, amenuisant les saillies sonores,
comme pour préserver son staff vocal pourtant brillant. Ce dernier est en effet
d’une incontestable unité, même si certains sont légèrement moins convainquant
que la distribution de Nagano. Une intense Tamara Wilson, Brünnhilde inconstante
et apathique, un vaillant Siegfried d’Andreas Schager, antipathique parvenu, un
solide Mika Kares (Hagen), une ardente Sinéad Campbell Wallace, Gutrune après avoir incarné la troisième Norne dans le
prologue, un Gunther de noble stature et à l’articulation claire tandis que la
voix manque d’ampleur de Johannes Martin Krānzel, une suppliante Waltraute
d’Eve-Maud Hubeaux à la voix veloutée, tandis que Nornes ((Aude Extrémo,
Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, Sinéad Campbell Wallace). Et les trois Filles du
Rhin (Margarita Polonskaya, Isabel Signoret, Katharina Magiera) complètent brillamment
la distribution, à l’instar de l’Impressionnant Chœur de l’Opéra de Paris, qui
aurait néanmoins pu gagner en homogénéité.
Bruno Serrou
1) Deux cycles complets sont donnés à l’Opéra Bastille du 6 au 13 novembre et du 15 au 22 novembre 2026




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