Paris. Théâtre des Champs-Elysées. Dimanche 13 septembre 2026
Fin en apothéose d’un Ring de Richard Wagner dont les deux derniers volets ont été donnés au Théâtre des Champs-Elysées en version concert, le cycle entier ayant commencé en 2021 à Dresde sous la direction de Kent Nagano, qui avait donné en 2012 en ce même théâtre Die Walküre avec les forces de l’Opéra d’Etat de Munich. Après Siegfried en avril, c’est un Götterdämmerung épique et ntense qui a été proposé, plus convainquant que la journée précédente de la Tétralogie le plus convainquant de cette production venue de Dresde
Le temps passant, musiciens, musicologues et historiens, riches de l’expérience acquise depuis plus d’un demi-siècle dans les répertoires du Moyen-Âge à la fin du XVIII e siècle, creusent toujours davantage leur sillon dans les époques qui suivent, allant jusqu’aux années 1950-1960 pour des interprétations qualifiées d’ « historiquement informé ». Ainsi, Kent Nagano, avec le concours de spécialistes comme Kai Hinrich Müller, Dominik Frank, Thomas Seedorf, Ursula Hirschfeld et Clive Brown, est retourné aux sources-mêmes du Ring des Nibelung conçu par Richard Wagner entre 1849 et 1876 tandis que l’organologie ne cessait d’évoluer, écrits et annotations du compositeur, témoignages de ses collaborateurs, contextes historiques, économiques et sociaux de son temps, l’ensemble de ces études ayant été publié sous le titre Wagner Lesarten. Ainsi, est-il apparu que Wagner tenait à des tempi beaucoup plus vifs que ceux habituellement appliqués aujourd’hui pendant les répétitions afin d’obtenir de la part des chanteurs une diction proche du théâtre, vivante, sans affectation, envisageant même des voix infiniment plus légère, proches de l’opérette en rapport direct avec un diapason plus bas que l’actuel, le chef états-unien ayant opté pour 435 Hz, imperceptiblement inférieur au 440-443 Hz présent. Et il est vrai qu’à l’écoute les cuivres ont un son plus rond et sombre, les bois sont plus colorés et opulents, les cordes plus chaleureuses, les voix s’intégrant de la sorte plus naturellement à l’orchestre.
Pour Ce faire, Kent Nagano, qui s'apprête à faire ses débuts à Madrid comme directeur titulaire et musical de l'Orchestre National d'Espagne, a réuni une formation instrumentale spécifique
constituée d’un double orchestre jouant sur des instruments « d’époque » avec
violoncelles sans piques, les Dresdner Festspielorchester et Concerto Köln.
Devant eux, une distribution remarquable de cohésion et de vocalité, un
Siegfried solide, puissant et au timbre d’airain, le Coréen Young Woo Kim, une ardente
et touchante Brünnhilde à la voix puissante, colorée et charnelle, la soprano
suédoise Åsa Jäger, un Hagen d’exception, voix ample, souple, endurante,
charnue et aux sombres harmoniques, la basse allemande Patrick Zielké, un
Gunther perdu et humain campé par le baryton allemand Johannes Kammler, une
Gutrune lumineuse, la soprano bavaroise Sophia Brommer, une Waltraute
extraordinaire de colorations, de certitude et d’humanité, la mezzo-soprano stuttgartoise
Annika Schlicht, un Alberich un rien terne du baryton autrichien Daniel
Schmutzhard, un trio de Nornes (Jasmin Etminan, Marie-Louise Bressen, Valentina
Farcas) qui ouvrent le prologue de sombre façon de leurs voix bien assorties, et
un trio de Filles du Rhin (Ania Vegry,
Ida Aldrian, Eva Vogel) pétillantes et d’une grande cohérence, un saisissant
double chœur constitué des Dresdner Festspielchor der Richard-Wagner Akademie
et Chor der KlangVerwaltung. Au total une soirée enthousiasmante qui fait
oublier les rares imperfections techniques d’instruments à vent,
particulièrement de cors. A noter l’usage de vraies cornes dans l’orchestre
dont certaines, ainsi qu’un cor, étaient répartis dans la salle, et la présence
d’une machine à vent.
Bruno Serrou
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire