jeudi 6 octobre 2022

CD : Warner Classics réunit la totalité de ses enregistrements de Frank-Peter Zimmermann, le plus grand violoniste allemand contemporain


Le classicisme épuré de Frank Peter Zimmermann éblouit par la sobriété et l’autorité de son jeu, la pureté de sa sonorité. En trente CD, Warner Classics présente dix-huit années d’un parcours à travers soixante-seize œuvres de vingt-sept compositeurs, de Jean-Sébastien Bach à György Ligeti, soit près de trois siècles de création musicale.  

Le coffret rétrospectif de trente CD que consacre Warner à Frank-Peter Zimmermann présente une synthèse de l’art extraordinaire de l’un des plus grands violonistes de notre temps, entre 1984, avec les Concertos pour violon n° 3 et n° 5 de Mozart qu’il reprendra plusieurs fois, et 2001, avec le Concerto pour violon de Ligeti. Agé de 57 ans, ce merveilleux artiste allemand n’est pas exclusif Warner Classics, loin s’en faut puisque sa discographie, qui compte quantité d’enregistrements tout aussi capitaux et captivants que ceux réunis dans ce coffret, se répartit entre plusieurs labels, Bis Records notamment pour les intégrales des Sonates pour violon et piano de Beethoven avec le pianiste Martin Helmchem et des Sonates et Partitas pour violon seul de Bach, cette dernière ayant été entreprise durant le lock down imposé par la pandémie de la Covid19.

Fondée sur une technique si parfaite qu’elle confine parfois au funambulisme, la virtuosité souple et naturelle, et la musicalité rayonnante de Zimmermann suscitent un chant incommensurable, tandis que son jeu et sa sonorité sont immédiatement identifiables grâce à un archet d’une délicatesse prodigieuse au service d’une grande liberté tant intellectuelle que spirituelle qui lui permet une grande simplicité, et de remettre constamment sur le métier les œuvres qu’il interprète dont ii renouvelle toujours la teneur. Finesse de timbre, légèreté de l’archet, sobriété du jeu, pureté d’exécution mettent en valeur les propriétés des œuvre qu’il joue, les élans lyriques et passionnés des compositeurs. Jouant depuis 2001 un Stradivarius de 1711, le Lady Inchiquin, qui a appartenu à Fritz Kreisler, il dit entretenir avec l’instrument une véritable histoire d’amour depuis 2001 malgré un intervalle de deux ans (2016-2018) dû à la faillite de son mécène.

Dans le coffret qu’il lui consacre, Warner Classics publie les disques dans leur ordre chronologique tels qu’ils étaient à l’origine, non seulement les pochettes mais aussi les couplages. Si bien que plusieurs œuvres d’orchestre pur y figurent sans qu’y intervienne le violoniste - ainsi en est-il des CD Ligeti, Weill, Saint-Saëns, Schumann, et d’un Mozart (Symphonie n° 40) -, Zimmermann pouvant également jouer en compagnie d’autres solistes. A noter parmi tant de gravures exceptionneles, le superbe CD consacré en 1991 à des Sonates de musique française de Georges Auric, Jean Françaix, Erik Satie, Darius Milhaud et Francis Poulenc, ainsi que celui réunissant en 1990 les Sonates de Debussy et Ravel à celle du Tchèque Janacek, deux disques avec le pianiste Alexander Lonquich, également son partenaire dans les intégrales des Sonates pour violon et piano de Mozart et de Prokofiev, tandis que ses Concertos de Bach sont d’une grande probité, et ses Sonates d’Eugène Ysaÿe, malgré leurs difficultés extrême,  atteignent couleurs inédites. A noter que les concertos sont tous dirigés par des chefs d’orchestre parmi les plus éminents, Gerd Albrecht, Gary Bertini, Gianluigi Gelmetti, Mariss Jansons, Lorin Maazel, Jukka-Pekka Saraste, Wolfgang Sawallisch, Jeffrey Tate, Franz Welser-Möst… Sa première version du Concerto pour violon de Beethoven est déjà d’une grande maturité, solide et profonde, et ses sonorités sont brillantes, flatteuses, surnaturelles. Dirigés par Gianluigi Gelmetti, ses Concertos de Berg et de Stravinsky associés au Tzigane de Ravel captés en 1991 sont magnifiques, Zimmermann étant assurément l’un de leurs interprètes les plus inspirés. Dans Beethoven, le Concerto et deux Romances avec Jeffrey Tate, le jeu de Zimmermann est à la fois épuré et précis, combinant lyrisme et intensité, exactement dans le caractère beethovénien, le soliste dialoguant avec l’excellent English Chamber Orchestra dirigé par un Jeffrey Tate particulièrement clair, fluide, suprêmement équilibré, transparent comme le doit une formation de chambriste. Il faut y ajouter le Triple Concerto traité en 1985 comme une véritable musique de chambre par le trio de solistes dont aucun ne tire la couverture à lui, avec aux côtés de Zimmermann le violoncelliste Robert Cohen et le pianiste Wolfgang Manz qui concertent avec l’English Chamber Orchestra dirigé cette fois par Jukka-Pekka Saraste. Dans les deux Concertos de Brahms le violon intervient, celui pour violon et le « double » avec violoncelle, enregistrés live, Zimmermann instaure dans le second avec Heinrich Schiff un dialogue sensible et épanoui, dans la plus pure tradition romantique. Malgré la direction plus ou moins pesante de Wolfgang Sawallisch, le Concerto pour violon sous l’archet de Zimmermann est un moment d’anthologie. A l’instar des Concertos de Schumann dont il tire la substantifique moelle sous la direction de Hans Vonk, de Dvorak avec l’Orchestre Philharmonique de Londres et Franz Welser-Möst, celui de Sibelius remarquablement dirigé par Mariss Jansons à la tête du Philharmonia Orchestra.

Photo : DR

La musique de chambre que Frank-Peter Zimmermann se plaît à jouer avec ses amis, choisissant soigneusement ses partenaires en raison de l’intimité nécessaire à l’interprétation de ce répertoire, n’est pas absente dans ce coffret. Prokofiev, avec intégrale de l’œuvre pour violon où il va jusqu’à enregistrer les deux parties de la Sonate pour deux violons, une lecture captivante de la Sonate de Janacek, les deux Quatuors avec piano de Mozart, et le Trio avec cor de Brahms. Dans Paganini, sa technique est si stupéfiante de naturel qu’elle se fait oublier au profit de la seule musicalité que Zimmermann tire de ces pages de haute voltige. Lorsqu’il enregistra ces Caprices en 1985, Zimmermann avait vingt ans, il disait alors vouloir jouer ces pièces comme des mélodies de Mozart, dont il avait gravé pour EMI quelques mois plus tôt, en 1984 précisément, deux des cinq Concertos pour violon dans lesquels il révèlait déjà une affinité singulière avec le classicisme qu’il joue depuis lors avec une élégance suprême dans un style intemporel. Ces pages, qu’elles soient de Paganini ou de Mozart, sont à la fois juvéniles et spectaculaires, et imposent déjà son jeu d’une sûreté absolue. Mais ce sont précisément ses Mozart qui constituent le fer de lance de sa discographie, avec les splendides intégrales des quinze Sonates pour Violon et piano ainsi que des cinq Concertos, dont deux versions des Troisième et Quatrième d’entre eux, le tout constituant des versions de référence incontestables et incontestées de la discographie mozartienne. 

Frank Peter Zimmermann excelle également dans le répertoire du XXe siècle, comme l’attestent ses gravures des Concertos de Berg, Weill - son ultime enregistrement EMI -, et Ligeti, pour Teldec en 2001 dans le Concerto pour violon que son maître Saschko Gawrilow avait créé en 1990, mais aussi ses Janacek, Ravel, outre bien sûr Prokofiev déjà évoqués.

Bruno Serrou

30 CD Warner Classics 0190296 317880. Durée : 29h 49mn. Enregistrements : 1984-2001. 


mercredi 5 octobre 2022

L’ultime récital solo parisien d'un géant du piano, l'Allemand Christian Zacharias a été donné le 4 octobre 2022 au Théâtre des Champs-Elysées

Paris. Théâtre des Champs-Elysées. Mardi 4 octobre 2022

Christian Zacharias. Photo : (c) Bruno Serrou

Christian Zacharias est l’un des pianistes les plus élégants, nobles et sensibles qui se puissent trouver aujourd’hui. Chacune de ses apparitions est une fête en soi. Surtout hier soir, tandis qu’il se produisait à Paris dans ce qui devrait être son ultime récital solo.

Christian Zacharias est chez lui, au Théâtre des Champs-Elysées. Il y joue très souvent, et le public ne s’en lasse pas, d’ailleurs, se montrant à son égard aussi fidèle que lui, se bousculant à chacune de ses prestations. Mardi 4 octobre, le pianiste allemand né en Inde (Jamshedpur) voilà 72 ans, disciple de Vlado Perlemuter au CNSMD de Paris après avoir étudié le piano au Conservatoire de Karlsruhe auprès d’Irène Slavine, outre son extraordinaire talent de pianiste, s’illustre dans les domaines de la direction d’orchestre depuis 1992 et de festivals, ainsi que d’écrivain, tout en avouant une passion pour la peinture, possédant une riche collection en son domicile.

Avant de renoncer à sa carrière de récitaliste pour donner la priorité à celle de chef d’orchestre - il est notamment chef associé de l’Orchestre National d’Auvergne -, dirigeant aussi du piano, et de concertiste, invité, Christian Zacharias a donné au Théâtre des Champs-Elysées un programme qui lui va à merveille, lui permettant d’exposer pleinement son lyrisme raffiné, ses sonorités envoûtantes, son toucher délicat, sa profondeur spirituelle.

Depuis ses débuts à Genève en 1969 après avoir remporté le deuxième Prix du concours de la métropole lémanique, Christian Zacharias accorde une importance particulière à la probité du texte musical, s’attachant jusqu’aux plus infimes détails des partitions tout en cherchant à aller au-delà des notes, ce qui le conduit à briller particulièrement dans la musique de Scarlatti, Haydn, Mozart, Beethoven, Schubert, Schumann, Debussy et Ravel, son répertoire de prédilection qu’il défend avec flamme.

Christian Zacharias. Photo : (c) Bruno Serrou

Pour ce qui pourrait être sa dernière prestation solo à Paris, le pianiste allemand a choisi le brillant cycle Les Saisons op. 37a que Tchaïkovski composa en 1875-1876 qui semblent soudain de plus en plus courues en ce moment par les pianistes du monde, et l’une des sonates les plus réputées de Schubert, la célèbre « Gastein ». En authentique conteur, Zacharias prend l’auditeur par la main pour ne plus la lâcher du début à la fin des œuvres qu’il joue, offrant à son oreille mille et un sortilèges des partitions qu’il interprète, quelles que soient leur durée et le nombre parties, et ce jusqu’au plus infime détail. Son toucher aérien, la limpidité de ses phrasés, les sonorités argentines emplies de sortilèges, la délicatesse de son jeu donnent à entendre les infinies richesses des œuvres qu’il joue. Ainsi, les douze mois des Saisons de Tchaïkovski sont sous les doigts de Zacharias un véritable livre d’images (Au coin du feu, Le Carnaval, Chant de l’alouette, Perce-neige, Les nuits de mai, Barcarolle, Chant du faucheur, La moisson, La chasse, Chant d’automne, Troïka, Noël) délicieusement contrastées, d’une variété et d’une densité de couleurs chatoyantes qui illustre à la perfection les épigraphes que le compositeur met en exergue de chacune des pièces, à l’instar de Janvier, « Ce lieu de douceur et de paix, / La nuit l’a vêtu de pénombre ; / Le feu s’éteint dans la cheminée, / La chandelle charbonne. (Pouchkine) », ou de Novembre, « Ne contemple pas la route tristement. / Ne te hâte point de suivre la troïka. / La mélancolie dans ton cœur tapie, / Impose-lui le silence à jamais. (Nikolaï Nekrassov) »

De la Sonate pour piano n° 17 en majeur op. 53 D. 850 de Franz Schubert qui s’est vue attribuer le sous-titre « Gastein » en raison du lieu (Bad Gastein, non loin de Salzbourg) de sa composition, durant une villégiature de son auteur en août 1825, Zacharias a donné toute la joie conquérante, la tendresse radieuse, la vitalité enjouée, le pianiste ménageant des rythmes solaires d’une ardeur éclatante dès l’entrée de l’Allegro vivace initial, tandis que le jeu du pianiste s’avère d’une liberté surnaturelle dans les deux mouvements centraux, véritables joyaux de l’œuvre, l’abandon du Con moto et ses exquises harmonies, ineffable contemplation des mystères de la nature, exaltant les rythmes pointés du Scherzo, les échos cajoleurs et attendrissants de Ländler ainsi que la rêverie de son trio et son harmonie envoûtante, enfin le délicieux Rondo final dont il souligne avec un naturel confondant la candide simplicité.

Comme hypnotisé par la beauté du son égrené par les doigts de Christian Zacharias, le public n’a pas bronché pendant une heure trente-cinq, ne serait-ce que d’un cil comme tétanisé par tant de profondeur et de musicalité (exception faite de quelque alarme de téléphone resté ouvert par mégarde et de retardés à l’issue de l’entracte faute de sonnerie). Au point que Christian Zacharias s’est rapidement assis devant son Steinway d’un soir pour se lancer dans une série de Variations du « jeune Beethoven », estimant à raison qu’il était « impossible après un tel sommet de la musique [la Sonate de Schubert] de jouer des pages majeures du répertoire ».

Bruno Serrou

 

 

mardi 4 octobre 2022

L’évidente de filiation Dvořák-Brahms par Hilary Hahn, l’Orchestre Philharmonique de Rotterdam et Lahav Shani au Théâtre des Champs-Elysées

Paris. Théâtre des Champs-Elysées. Lundi 3 octobre 2022

Lahav Shani. Photo : DR

Orchestre en résidence du Théâtre des Champs-Elysées, l’Orchestre Philharmonique de Rotterdam (Rotterdams Philharmonisch Orkest) et son directeur musical Lahav Shani ont proposé lundi 3 octobre un programme placé sous la figure tutélaire de Johannes Brahms, une symphonie du maître de Hambourg étant mise en regard d’un concerto de l’un de ses protégés, Antonín Dvořák.

Hilary Hahn, Lahav Shani et l'Orchestre Philharmonique de Rotterdam. Photo : (c) Bruno Serrou

Plus classique et retenu que le Concerto pour violoncelle et orchestre en si mineur op. 104 de 1895, et surtout infiniment moins couru que ce dernier, le Concerto pour violon et orchestre en la mineur op. 53 composé par Dvořák en 1879 est plus rarement programmé. Composé pour le même violoniste que celui de Brahms et ceux de Bruch, Joseph Joachim à qui il est dédié et qui demanda à deux reprises des modifications à son auteur, en 1880 et en 1882, tant les difficultés d’exécution défiaient même la dextérité de son dédicataire, et qui continuent à refroidir quantité de violonistes aujourd’hui encore tant il requiert une excellente maîtrise technique du fait de nombreux procédés d’écriture, registre aigu, arpèges, octaves, tierces, trilles, doubles cordes, etc. Si bien que nombre de violonistes se refusent de le jouer, et pas des moindres, puisque même Joachim y renonça, si bien que l’œuvre dut attendre le 14 octobre 1883 pour être créée à Prague avec en soliste Ondříček František, futur violoniste de l’empereur austro-hongrois. Le violon intervient dès le début, l’orchestre n’entrant que plusieurs mesures plus tard, tandis que dans l’Adagio central l'instrument solo est tour à tour soliste et accompagnateur, et que l’Allegro giocoso final prend le tour d’une étude de rythmes et de danses tchèques. 

Hilary Hahn et l'Orchestre Philharmonique de Rotterdam. Photo : (c) Bruno Serrou

Hilary Hahn, soliste invitée de l’Orchestre Philharmonique d’Amsterdam, possède indubitablement la technique, le souffle et la vélocité aptes à répondre aux exigences de la partition, ainsi que le son riche, généreux, fruité et l’ampleur du nuancier qui lui permet tout autant d’émerger des tutti de l’orchestre et de s’y fondre. Si l’on ne peut qu’admirer sa performance, il n’en demeure pas moins que l’on reste froid devant une telle virtuosité sans fioriture tant il y manque de musicalité, d’engagement, de sensibilité de la part de l’artiste états-unienne, que l’on finit par perdre le fil d’une œuvre certes d’esprit classique mais aussi d’essence romantique, donc expressive et, surtout, nostalgique. Performance virtuose mais distanciée qui aura néanmoins convaincu une large part de l’auditoire, et aura valu à la violoniste une longue ovation qui l’a conduite à donner trois bis, tous tirés des Sonates et Partitas de Jean-Sébastien Bach.

Lahav Shani et l'Orchestre Philharmonique de Rotterdam (Rotterdams Philharmonisch Orkest) au Théâtre des Champs-Elysées. Photo : (c) Bruno Serrou

En seconde partie, l’Orchestre Philharmonique de Rotterdam a offert une Symphonie n° 1 en ut mineur op. 68 (1876) de Johannes Brahms au cordeau. Sous la conduite précise et brûlante du directeur musical de la phalange batave, l’œuvre du protecteur de Dvořák composée trois ans avant le Concerto pour violon de ce dernier a été vaillante, virtuose, énergique, d’une tension saisissante, souple, aérée, mais aussi terriblement dramatique. L’orchestre, avec un effectif de cordes plus léger que de coutume (14-12-10-8-6), a permis de distinguer de façon claire la variété des couleurs, les longues phrases caractéristiques du style de Brahms, l’élasticité des lignes, l’éclat des textures, la limpidité des voix, tout en soulignant la rondeur des graves qui constituent l’assise harmonique dont l’appui chez le compositeur allemand se situe au creux des timbales. Une interprétation de feu particulièrement séduisante, d’une profondeur de pensée impressionnante, fruit d’une osmose apparemment parfaite entre un jeune chef et un orchestre en très grande forme.

Bruno Serrou 

vendredi 30 septembre 2022

Dirigé par Paavo Järvi, l’Orchestre de Paris a forgé un écrin féerique pour la violoniste María Dueñas

Paris. Philharmonie. Salle Boulez. Jeudi 29 septembre 2022

María Dueñas, Paavo Järvi et l'Orchestre de Paris. Photo : (c) Bruno Serrou

Retrouvant avec un plaisir non fin son ex-directeur musical Paavo Järvi (2010-2016), l’Orchestre de Paris a reçu cette semaine pour la première fois la jeune violoniste María Dueñas. Née en 2003 à Grenade, élève à sept ans de l’Académie de Musique Carl Maria von Weber de Dresde, l’artiste espagnole a fait ses études auprès de Boris Kuschnir à l’Université de la Musique et des Arts de Vienne. Vainqueur de nombreux concours, le dernier en date étant le Yehudi Menuhin à Richmond en 2021, elle s’est déjà produite dans la majorité des grandes capitales musicales du monde. Egalement compositrice, elle joue sur des instruments prestigieux qui lui sont confiés par trois fondations, un Niccolo Gagliano de 1774, le Guarneri del Gesu « Muntz » de 1736 et un Stradivarius qui lui est prêté grâce à sa victoire au Concours Menuhin.

María Dueñas (violon) et l'Otchestre de Paris. Photo : (c) Bruno Serrou

Sans précision quant à l’instrument qu’elle a choisi pour sa première prestation parisienne, la première des qualités qu’il convient de relever chez María Dueñas est la rondeur et la plénitude de sa sonorité, lumineuse et charnelle, sa main gauche déliée et précise mais au vibrato un rien trop ample. Son Concerto pour violon et orchestre en majeur op. 35 de Tchaïkovski a séduit par sa maîtrise, son ampleur, son chant épanoui, où seul un vibrato légèrement trop large déjà signalé a pu gêner certains auditeurs. Son engagement et sa musicalité radieuse qui ont engendré quelques facéties de la part de son archet dont les crins se rompaient à l’envi, ont envoûté une Salle Pierre Boulez remplie à ras bord qui l’a écoutée médusée dans un silence souverain. Couvée du regard par Paavo Järvi, attentif à la moindre de ses inflexions, la violoniste andalouse a dialogué avec un Orchestre de Paris polychrome, de sonorités chaudes et onctueuses. En bis, María Dueñas a donné Recuerdos de la Alhambra de Francisco Tarrega (1852-1909) dans un arrangement pour violon solo de Ruggiero Ricci.

Paavo Järvi. Photo : DR

Avant le concerto, l’orchestre au complet a donné une interprétation poétique et flamboyante de la première suite de la musique de scène de Peer Gynt op. 23 d’Edvard Grieg, et en seconde partie la trop rare Symphonie n° 2 « Les Quatre Tempéraments » op. 16 que Carl Nielsen a composée en 1901-1902, une musique dans laquelle Paavo Järvi excelle, lui donnant tout son bouquet, ses contrastes, sa puissance évocatrice, sa fluidité intrinsèque, tandis que les pupitres solistes, à l’instar des tutti, ont trouvé à exprimer à satiété leur virtuose musicalité.

 Bruno Serrou

jeudi 29 septembre 2022

Pour ses 70 ans, Heiner Goebbels a présenté au Festival d’Automne « Liberté d’action » inspiré d’Henri Michaux

Paris. Festival d’Automne 2022. Théâtre du Châtelet. Mardi 28 septembre 2022

Le Festival d’Automne à Paris, créé en 1972 par Michel Guy, rend hommage à l’un de ses plus fidèles compositeurs, Heiner Goebbels, qui célèbre ses soixante-dix ans et dont il a présenté quatorze spectacles en trente ans

Heiner Goebbels (né en 1952). Photo : DR

Compositeur, interprète, scénographe, l’Allemand Heiner Goebbels est à soixante-dix ans une sorte de Kurt Weill contemporain, iconoclaste et populaire. Il se félicite volontiers du fait que sa musique soit un melting-pot de la musique de son aîné Hanns Eisler, du free jazz, du hard rock, de la pop’ music, du rap, du bruitage, de l’avant-garde, du classicisme... « Je viens de l’improvisation, rappelle Goebbels. Etudiant, je dirigeais un groupe rock, les Cassiber, avant de travailler avec les grands improvisateurs Don Cherry et Arlo Lindsay. Mes œuvres n’ont cependant rien d’improvisé. Car, au jazz, au hard rock se mêle à ma culture l’histoire de la musique, de Bach à Schönberg. Je n’apprécie guère le romantisme, que je trouve trop sombre, mes propres textures étant liquides, transparentes. »

Heiner Goebbels, Liberté d'action. Photo : (c) Bruno Serrou

Admirateur de Prince, Helmut Lachenmann, Luigi Nono et Steve Reich, proche de Daniel Cohn-Bendit, Goebbels se flatte d’écrire non pas pour les spécialistes, mais pour le grand public. En Allemagne, il s’est forgé une réputation enviable pour son théâtre musical, ses musiques de scène, film et ballet, et pour ses pièces radiophoniques, mais son catalogue couvre tous les genres, de la musique de chambre au grand orchestre en passant par la scène et l’écran.

Heiner Goebbels, Liberté d'action. Photo : (c) Festival d'Automne à Paris

Né le 17 août 1952 à Neustadt an der Weinstraße en Rhénanie-Palatinat, vivant depuis près de cinquante ans à Francfort-sur-le-Main, membre de l’Académie des Arts de Berlin depuis 1994, professeur à l’European Graduate School à Saas-Fee (Suisse) et à l’Institut d’Etudes Théâtrales Appliquées de Gießen, Goebbels est depuis les années soixante-dix l’un des compositeurs vivants d’outre-Rhin les plus joués dans le monde, sans doute parce que son œuvre entier résonne des sons de la ville, de la vie de la cité, son incontestable univers. « Je ne veux pas être illustratif, tempère-t-il cependant. Mon propos tient plutôt du subjectif. Je m’intéresse à l’architecture des villes. Tout comme le tissu urbain, ma musique est en constante évolution. Qu’on l’aime ou qu’on la déteste, qu’elle soit menaçante ou protectrice, la cité est plus fascinante que la campagne. Elle ne peut néanmoins pas tout donner, et elle n’est souvent qu’un succédané. »

Heiner Gorbbels, Liberté d'action. David Bennent (comédien). Photo : (c) Ferstival d'Automne à Paris

Sa collaboration avec le dramaturge Heiner Müller a conduit Goebbels à considérer la musique comme mode d’expression et de communication inextricablement lié à tous les arts, ce qui l’a conduit à créer un langage qui lui est personnel, en dépit de son éclectisme, tenant principalement du théâtre d’improvisation. Parmi ses œuvres les plus significatives, la pièce de théâtre musical Ou bien le débarquement désastreux créé à Paris en 1993, Surrogate Cities, sa première partition pour grand orchestre donnée en première mondiale par la Junge Deutsche Philharmonie, La Reprise (1995) sur des textes de Soren Kierkegaard, Alain Robbe-Grillet et Prince, ou Industrie & Idleness créé en 1996 à la Radio Hilversum. En ce début de saison 2000-2001, Heiner Goebbels a donné simultanément en création mondiale deux grandes partitions, l’une à Munich le 28 septembre 2018, …Même Soir. - commande des Percussions de Strasbourg -, l’autre à Lausanne la semaine suivante, Hashirigaki, pièce de théâtre musical sur des textes de Gertrude Stein dont le compositeur conçoit également la mise en scène.

Heiner Goebbels, Liberté d'action. A gauche, Heiner Goebbels et David Bennent. Photo : (c) Bruno Serrou

En 2002, Goebbels signe son premier opéra, Paysage avec des parents éloignés, en 2004 c’est Théâtre de l’Odéon Eraritjaritjaka sur un texte d’Elias Canetti, suivi en 2007 par l'installation performative Stifters Dinge qui a été jouée plus de trois cents fois sur les cinq continents, le concert mis en scène Songs of Wars I have seen sur un texte de Gertrude Stein, commande du London Sinfonietta et de l'Orchestre the Age of Enlightenment, en 2008 Je suis allé à la maison mais je n’y suis pas entré sur des textes de Maurice Blanchot et Samuel Beckett. En 2012, il crée When the Montain change its clothings et il met en scène Europeras 1&2 de John Cage, en 2013, Delusion of the Fury d’Harry Partch et De Materie de Louis Andriessen. L’essentiel de ces productions a été présenté au Festival d’Automne à Paris depuis 1992, La Jalousie / Red Run / Befreiung / Herakles (1992), Surrogate Cities (1994), Schwarz auf Weiss (1997), Walden (1998), Eislermaterial (1999 et 2004), Les Lieux de là (1999), La Jalousie / Red Run (2002), Eraitjiaritjaka (2004), Paysage avec parents éloignés (2004), Fields of Fire (2005), I went to the House But Did not Enter (2009), When the Mountain changed its clothing (2012)…

Henri Michaux (1899-1984). Photo : DR

Il aura fallu attendre dix ans pour que Heiner Goebbles fasse son retour au Festival d’Automne, cette fois avec une création inspiré du peintre poète belge naturalisé français en 1955 Henri Michaux (1899-1984), Liberté d’action. Ce monodrame pour comédien, deux pianistes amplifiés et électronique live de soixante-quinze minutes se termine sur le beau texte de Michaux tiré du Plaisir d’être une ligne dédié au peintre suisse Paul Klee (1879-1940) :


« Une ligne rencontre une ligne. Une ligne évite une ligne. Aventures de lignes. 

Une ligne pour le plaisir d’être ligne, d’aller, ligne. Points. Poudre de points. 

Une ligne rêve. On n’avait jusque-là jamais laissé rêver une ligne. 

Une ligne attend. Une ligne espère. Une ligne repense un visage. […] 

Temps, Temps…

Une ligne de conscience s’est reformée. »


Donnant l’apparence de l’improvisation essentiellement tonale conduite par d’amples accords majeurs émis par deux pianistes, Hermann Kretzschmar et Ueli Wiget, qui usent aussi de clusters qu’ils propagent avec des barres de bois, cordes grattées dans le coffre des pianos placés sur des chariots à roulettes afin de faciliter leur ballet à travers le vaste plateau du Théâtre du Châtelet poussés tour à tour par l’un des trois protagonistes, Liberté d’action met principalement en jeu un comédien, le suisse David Bennent, qui, jouant de la percussion sur une table amplifiée couverte d’accessoires tout en formulant son texte en allemand et en français, réalise une véritable performance. Le problème est que l’essentiel du texte est traduit en allemand sans surtitres, si bien que le spectateur non germanophone ne capte que les rares passages exposés en français, pourtant la langue dans laquelle s’exprimait Michaux. Le spectacle souffre aussi de l’immensité de la scène du Châtelet, seulement investie par trois personnages, deux pianos, une table et quelques haut-parleurs, dans une scénographie de lumière sombre de Heiner Goebbels et Marc Thein.

Bruno Serrou

mardi 27 septembre 2022

La grande fresque « Le Banni » (The Outcast) d’Olga Neuwirth a ouvert à la Philharmonie la part musicale du Festival d'Automne 2022

Paris. Festival d’Automne 2022. Philharmonie de Paris. Salle Pierre Boulez. Lundi 26 septembre 2022

Olga Neuwirth (1968), The Outcast. Photo : (c) Philharmonie de Paris

Née à Graz le 4 août 1968, Olga Neuwirth est aux côtés de Karlheinz Stockhausen, Luigi Nono, Wolfgang Rihm, George Benjamin, Hugues Dufourt, Gérard Pesson entre autres, l’un des compositeurs les plus souvent joués au Festival d’Automne à Paris. La programmation musicale 2022 de cette manifestation de prestige s’est ouverte le 26 septembre sur le « théâtre installation musicale » (A musicstallation-theater) The Outcast (Le Banni) de la compositrice autrichienne sur un livret qu’elle a elle-même conçu en collaboration avec Barry Gifford et Anna Mitgutsh.

Olga Neuwirth, The Outcast. Photo : (c) Bruno Serrou

Il s’agit ici d’un hommage en trois parties avec épilogue à l’écrivain new-yorkais Herman Melville (1819-1891) qui se fonde pour l’essentiel sur son roman le plus célèbre aux côtés de Billy Budd écrit quarante ans plus tard - que Benjamin Britten a mis en musique en 1951 -, Moby Dick (1851). Pour les quatre vingt dix minutes que dure l’œuvre, l’adaptation d’Olga Neuwirth requiert la participation de cinq chanteurs solistes (soprano léger, soprano enfant, contreténor, ténor lyrique léger, baryton), acteur amplifié, acteur muet, chansonnier, narrateur (amplifié), chœur d’hommes et chœur d’enfants à vingt-quatre voix chacun et grand orchestre (bois et cuivres par deux, tuba, guitare électrique, accordéon, deux percussionnistes, clavier électronique MIDI/synthétiseur, cordes - huit-huit-six-six-quatre), dispositif électronique en temps réel et vidéo.

Olga Neuwirth (1968), The Outcast. Johan Leysen (le vieux Melville). Photo : (c) Philharmonie de Paris

Composé entre 2009 et 2011, créé à l’Opéra de Mannheim le 25 mai 2012, The Outcast (Le Banni) est le premier fruit de la fascination exercée sur Olga Neuwirth par l’œuvre de Herman Melville, la compositrice y trouvant des préoccupations contemporaines comme la discrimination, le racisme ou la catastrophe écologique qui menace l’humanité, elle puise l’idée d’un surprenant opéra transgenre, mêlant installation artistique, théâtre, oratorio et vidéo. La compositrice a parcouru la ville de New York pour recueillir des sensations qu’elle a ressenties dans un album photographique intitulé O Melville!. The Outcast revient sur son étude de l’écrivain new-yorkais et prend la forme d’une contribution puissante et expérimentale au théâtre musical contemporain, superposant des éléments d’oratorio, de performance, de film et d’installation. Cette œuvre univers qui atteint souvent une puissance tellurique est emplie d’ombres, de tragique, de secousses, de terreur et de mort. Un froid pénétrant, une peur panique, des relents de catastrophe transpercent le corps et l’esprit de l’auditeur, parfois à la limite du supportable, avec des soubresauts sismiques au milieu desquels pointent des moments de grâce, avec des citations aux contours grotesques, ironiques d’œuvres du passé ou aux élans populaires qui accentuent davantage encore le caractère lugubre et angoissant de l’œuvre.

Olga Neuwirth (1968) à la console. Photo : (c) Philharmonie de Paris

La production présentée lundi 26 septembre à la Philharmonie dans le cadre du Festival d’Automne (production du festival Wien Modern, du Wiener Konzerthaus et de l’Elbphilharmonie de Hambourg, en coproduction avec l’Ensemble Intercontemporain, le CNSMDP, la Philharmonie de Paris et le Festival d’Automne), repousse le cadre du concert par le biais d’une mise en espace, de costumes de Sukie Kirk et d’une installation vidéo multi-écrans élaborée par la réalisatrice britannique Netia Jones. Pour sa première en France, a été réunie sous la direction de Matthias Pintscher une distribution de tout premier plan, plus particulièrement la soprano Susanne Elmark dans le rôle d’Ishmaela, le baryton Otto Katzameier dans celui d’Ahab, le contreténor Andrew Watts en Queequeg, et l’acteur Johan Leysen, narrateur campant le vieux Melville. Il convient également de saluer la remarquable performance du chœur d’hommes Company of Music et de la maîtrise d’enfants bavaroise du Münchner Knabenchor dont la mission n’est pas des moindres, oratorio oblige. Côté instrumental, les tumultes et les grondements cataclysmiques d’une impressionnante beauté ont été remarquablement interprétés par les vingt-deux membres de l’Ensemble Intercontemporain enrichis de trente élèves du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris.

Olga Neuwirth (1968), The Outcast. Matthias Pintscher, Olga Neuwith, Otto Katzameier (Ahab, à droite). Photo : (c) Bruno Serrou

Reste à attendre le 13 décembre prochain pour se plonger dans une autre partition de grande envergure d’Olga Neuwirth, Le Encantadas, également inspirée de l’œuvre de Melville, de nouveau à la Philharmonie de Paris et dans le cadre du Festival d’Automne 2022.

Bruno Serrou

jeudi 22 septembre 2022

Pour sa 40e édition, Musica de Strasbourg rend hommage à deux de ses compositeurs fétiches, Georges Aperghis et Kaija Saariaho

Strasbourg (Bas-Rhin). 40e Musica. 15-18 septembre 2022. Palais des Fêtes, Théâtre du Maillon, Café Aedaen Speakeasy, TNS-Théâtre National de Strasbourg

Photo : (c) Bruno Serrou

Pour sa 40e édition, Musica de Strasbourg revient à l’esprit novateur qui en a fait l’un des rendez-vous majeurs de la création musicale contemporaine internationale


Georges Aperghis (né en 1945), Migrants. Solistes et Ensemble Resonanz, direction Emilio Pomarico. Photo : (c) Bruno Serrou

Le week-end d’ouverture était placé sous la figure de deux grands compositeurs qui ont choisi la France pour s’exprimer, le Grec Georges Aperghis et la Finlandaise Kaija Saariaho, deux fidèles du festival. Il a débuté sur une poignante soirée Palais des Fêtes en présence des directeurs successifs du festival, Laurent Bayle le fondateur, Laurent Spielmann, Jean-Dominique Marco et Stéphane Roth, avec la création de l’oratorio Migrants d’Aperghis sur des textes du poète polonais d’expression anglaise né en terre ukrainienne Joseph Conrad sur le drame de la migration, exhortation déchirante somptueusement interprétée par la soprano polonaise Agata Zubel, la mezzo-soprano ukrainienne Christina Daletska, l’altiste strasbourgeoise Geneviève Strosser et l’Ensemble Resonanz de Hambourg dirigé avec ardeur par le chef argentin Emilio Pomarico.


Kaija Saariaho (née en 1952), Only the Sound Remains, production de Ernest Martinez Izquierdo et Aleksis Barrière. Photo : (c) Bruno Serrou

Seconde invitée centrale de cette édition, Kaija Saariaho a assisté Théâtre du Maillon devant un public conquis à une nouvelle production du quatrième de ses opéras, Only the Sound Remains créé en 2016 dans une mise en scène de Peter Sellars vue à l’Opéra de Paris-Garnier en janvier 2018. Captivante, celle d’Aleksis Barrière, fils de la compositrice, a un caractère dépouillé propre au théâtre nô qui a inspiré l’œuvre, remarquablement dirigée par Ernest Martinez Izquierdo, déjà présent dans la fosse à Garnier, avec les excellents Michal Sławecki, contre-ténor, et Bryan Murray, baryton, un ensemble formé par le Quatuor Ardeo et trois musiciens, dont Eija Kankaanranta au kantele, instrument traditionnel finlandais à cordes pincées, quatre solistes du Cor de Cambra del Palau de la Musica Catalana, et la danseuse-chorégraphe japonaise Kaiji Moriyama.


Georges Aperghis (né en 1945), La Construction du Monde. Georges Aperghis, Nina Bonardi et Richard Dubelski. Photo : (c) Bruno Serrou

Le plaisir des festivaliers est d’enchaîner les concerts. Ainsi, le 17 septembre, quatre rendez-vous étaient fixés jusque tard dans la nuit. Dans l’arrière-salle d’un bar, le café Aedaen Speakeasy, Georges Aperghis accueillait les spectateurs pour La Construction du Monde, solo pour table percussive pleine de magie par le percussionniste-comédien Richard Dubelski dans une scénographie de Nina Bonardi, grave et tendre histoire de solitude et de désœuvrement pour tous publics où corps, gestes, sonorités apparemment anodines, la moindre syllabe chère au compositeur atteignent une fascinante théâtralité.


TNS-Strasbourg, salle de concert de l'ancien Conservatoire de Strasbourg au moment du Concert pour soi du 17 septrembre 2022. Photo : (c) Bruno Serrou 

Nouveau concept peu ordinaire de Musica, le « Concert pour Soi » : un musicien anonyme joue en solo face à un spectateur unique tout aussi anonyme un programme surprise dans un lieu surprise, à l’exemple de cette altiste de l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg que je découvrais dans la salle de concert fantomatique du vieux Conservatoire de Strasbourg aujourd’hui dans le bâtiment du Théâtre National de Strasbourg, dans des pages pour alto de Max Reger et Georges Aperghis…


Concert-hommage à Kaija Saariaho (née en 1952). Photo : (c) Bruno Serrou

Grand concert-hommage à Kaija Saariaho Palais des Fêtes pour les soixante-dix ans de la compositrice par sa famille et ses amis qui, sous le titre-générique Kaija dans le miroir, ont retracé avec émotion son parcours avec pour fil conducteur un documentaire qu’Anne Grange est en train de réaliser ponctué d’œuvres pour petits effectifs interprétées live couvrant la période 1991 (Nuit, adieux) - 2016 (Light still and moving). Parmi les artistes pzrticipant à cet hommage, le violoncelliste Anssi Karttunen, le Quatuor Ardeon, le Chœur du Palais de la Musique de Catalogne, Faustine De Mones, Aliisa Neige Barrière, fille violoniste de la compositrice, la percussionniste Eija Kankaanranta, et, en seconde partie, des improvisations du groupe Tres Coyotes associant le compositeur Magnus Lindberg au piano, Anssi Karttunen au violoncelle et le bassiste du groupe pop’ Led Zeppelin John Paul Jones.

Bruno Serrou

Musica de Strasbourg se poursuit jusqu’au 2 octobre 2022. www.festivalmusica.fr