Adam Laloum propose deux sommets du piano de Robert Schumann que sont les Novelettes op. 21 et les Kreisleriana op. 16 qu’il aborde en véritable chantre du son. Enregistré voilà tout juste deux ans Salle Gaveau à Paris, publié cet été 2026, cet enregistrement est la seconde incursion du musicien pour l’éditeur arlésien dans l’univers schumanien, après le Quintette avec piano op. 44 dans lequel il dialoguait avec le Quatuor Hanson.
Adam Laloum mène en poète ce
diptyque dont les Kreisleriana
constitue l’ossature bien que ce soit l’un des cahiers les plus courus du
compositeur rhénan, mais aussi celui qui permit à l’interprète de s’illustrer en
2009 auprès de ses aînés du jury du Concours Clara Haskil, alors qu’il les
avait jouées à l’examen de fin d’études au Conservatoire de Paris. Il a choisi
de les coupler avec les Novelettes, cycle
sans doute le plus difficile à interpréter et à attribuer une cohérence
discursive tout au long des huit volets, car l’un des plus développés de
Schumann avec ses trois quart de tour d’horloge durant lequel se déploient une
grande variété de climats et les tensions d’une densité extrême aux changements
incessants qui exigent de leur interprète une capacité émotionnelle,
intellectuelle et une technique infaillible qui lui permet de restituer l’infinie
variété de couleurs et de carnations, l’accablement et les névroses, prenant l’auditeur
par la main pour ne plus le lâcher jusqu’à la fin de l’écoute… que l’on a
aussitôt le désir de reprendre dès le début sans attendre tant il nous fait
tout entendre sans rien surligner.
Dans ces deux cycles aux sombres climats,
Adam Laloum s’impose par sa mélancolie contenue, son humanité, son lyrisme, le
musicien leur donnant une unité et un déploiement aux caractères changeants mus
par de violents contrastes, jouant avec une aisance stupéfiante qui le conduit
à donner au récit un naturel particulièrement communicatif, une évidence qui confine à la référence. Chaque
phrase, chaque inflexion, chaque envolée sont d’une fidélité à la pensée et à l’esprit
de Schumann, restituant les abîmes de l’âme de Schumann, ses démons, sa
tendresse, ses songes, sa démesure avec ses émotions à fleur de peau, ses
dépressions, ses colères et ses chagrins, ses jubilations soudaines et les insondables
douleurs d’une façon si authentique qu’elles ne cessent d’impressionner tant l’approche
est nuancée, privilégiant l’expression et la sensibilité à la démonstration.
Bruno Serrou
1 CD Harmonia Mundi HMM 902748. Durée : 1h 21mn 08s. Enr. :
septembre 2024. DDD
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