vendredi 11 septembre 2026

L’Orchestre de Paris et Klaus Mäkelä ont conclu les PREM’S 2026 avec une flamboyante Symphonie n° 3 de Mahler

Paris. Philharmonie. Grande Salle Pierre Boulez. Jeudi 10 septembre 2026 

Orchestre de Paris, Choeur de femmes, Choeurde Jeunes, Choeur d'enfants de l'Orchestre de Paris
Klaus Mäkelä, Wiebke Lehmkuhl (mezzo-soprano)
Photo : (c) Bruno Serrou

Dernier concert jeudi soir de la série des PREM’S 2026 de la Philharmonie de Paris devant une salle comble pour le premier programme de la saison 2026-2027 de l’Orchestre de Paris, avec ses Chœurs de femmes, de Jeunes et d’enfants, et, en soliste, la mezzo-soprano allemande Wiebke Lehmkuhl, voix charnue et chant d’une grande humanité, le tout dirigé par un Klaus Mäkelä pétrissant avec magnificence la pâte sonore pour offrir une Symphonie n-° 3 de Gustav Mahler de braise, admirablement charpentée, dès le mouvement initial aux contrastes saisissants mais d’une unité exemplaire, énergique, poétique, virtuose, tous les pupitres rutilants, du premier violon, remarquablement tenu par Sarah Nemtanu, jusqu’au deux timbaliers, en passant par le quintette des cordes (altos de velours), bois (cor anglais, hautbois, flûtes, piccolo, clarinette, basson) et cuivres, et un borique cor de postillon (Célestin Guérin ?). Une soirée enthousiasmante qui augure d’une saison flamboyante

Klaus Mäkelä
Photo : (c) Denis Allard

Retrouver la Symphonie n° 3 en ré mineur de Gustav Mahler, la plus longue des symphonies du compositeur autrichien  aux effectifs tout aussi touffus et foisonnants (1) et d’une durée quasi similaire à la cantate de son compatriote Arnold Schönberg qui lui est presque contemporaine, les Gurrelieder, procure toujours un plaisir infini. D’autant que cette partition convient bien à l’Orchestre de Paris, qui l’a programmée une dizaine de fois, de 1970 à 2023, dirigé par des chefs parmi les plus réputés, notamment des « chefs mahlériens » par excellence que furent Leonard Bernstein, Rafaël Kubelik et Zubin Mehta, ou devenus tels parmi leurs successeurs devenus directeurs musicaux de la phalange oarisienne, Semyon Bychkov,  Christophe Eschenbach, Paavo Järvi ou Esa-Pekka-Salonen, qui s’apprête à succéder Klaus Mäkelä, qui en a adonné deux soirs de suite cette semaine une interprétation enthousiasmante.

Klaus Mäkelä, Sarah Nemtanu (premier violon), Orchestre de Paris,
Photo : (c) Bruno Serrou

Composée en 1895-1896, créée à Krefeld le 9 juin 1902, la Troisième Symphonie est la plus développée de toutes les œuvres de Gustav Mahler, avec ses cent dix minutes de musique déployées en six mouvements, le premier constituant à lui seul la première des deux parties que compte la partition, ce mouvement ayant la dimension et la structure d’une symphonie à part entière. Originellement conçue en sept mouvements (le septième sera intégré à la symphonie suivante), cette immense œuvre panthéiste plonge dans la genèse de la vie terrestre, avec un morceau initial narrant l’émergence de la vie qui éclot de la matière inerte, magma informe aux multiples ramifications et en constante évolution. Cette partie liminaire de plus d’une demie heure contient en filigrane les cinq mouvements qui constituent la seconde partie, cette dernière évoluant par phases successives dans un cadre toujours plus évolué de la création, les fleurs, les animaux, l’Homme et les Anges, enfin l’Amour. Le royaume des esprits ne sera atteint que dans le finale de la Quatrième Symphonie fondé sur le lied Das himmlische Leben (la Vie céleste) puisé dans le recueil de chants populaires du Wunderhorn originellement conçu pour conclure cette Troisième.

Célestin Guérin (cor de postillon;), Orchestre de Paris
Photo : (c) Bruno Serrou

Du chaos originel jusqu’aux déchirements de l’Amour qui concluent la symphonie sous forme d’apothéose sur des martèlements frénétiques de quatre timbales comme autant de battements de deux cœurs humains épris l’un de l’autre et transcendés par l’émotion, l’évolution de l’œuvre est admirablement menée par Klaus Mäkelä, qui tuile en architecte les diverses séquences qui s’enchevêtrent dans le Kräftig (l’Eveil de Pan) initial , les hachures sonores étant finement restituée sans pour autant en gommer les aspérités, mais les élans insufflés par le directeur musical finlandais portent en germes l’extraordinaire expressivité des mouvements qui suivent.

Klaus Mäkelä, Wiebke Lehmkuhl (mezzo-soprano), Orchestre de Paris
Photo : (c) Bruno Serrou

Cela dès le Menuetto (Ce que me content les fleurs des champs) où Klaus Mäkelä répond précisément aux intentions de Mahler, qui entendait ménager ici une plage de repos après les déchirements et soubresauts qui précèdent. Le somptueux Comodo scherzando (Ce que me content les animaux de la forêt) avec cor de postillon obligé dans le lointain brillamment tenu depuis les coulisses côté jardin du second par Célestin Guérin a été d’un onirisme envoûtant auquel répondaient avec une fraîcheur communicative des bois gazouillant tandis que la section des cors le soutenait dans un pianissimo surnaturel. L’émotion atteignait une première apnée dans le Misterioso (Ce que me conte l’Homme) du lied O Mensch sur un poème extrait d’Ainsi parlait Zarathoustra de Friedrich Nietzsche, avec un orchestre grondant dans le grave dans une douceur enveloppant la voix délectable de la mezzo-soprano états-unienne Wiebke Lehmkuhl placée à la gauche du chef, et introduisant à la joie des Anges - Lustig im Tempo und keck im Ausdruck (gai dans le tempo et guilleret dans l’expression) -, femmes et enfants mêlés tenus avec ferveur par des membres des trois Chœurs de l’Orchestre de Paris. Enfin, l’adagio final, Langsam (Ce que me conte l’Amour), où Mäkelä retient son souffle et son orchestre dans un crescendo à la conduite suffocante qui aura permis d’atteindre le comble de l’émotion, tour à tour contenue et exaltée, le chef ménageant un immense et magistral rinforzando qui aura conduit à la plénitude de l’amour conquis entre doutes et passions mais dans l’assurance de l’accomplissement.

Klaus Mäkelä, Wiebke Lehmkuhl (mezzo-soprano), Pierre-Louis de Laporte (chef de choeur)
Choeur de femmes, Choeur de Jeunes, Choeur d'Enfants de l'Orchdestre de Paris
Photo : (c) Bruno Serrou

Sonnant fier et moelleux - je regrette personnellement que premiers et seconds violons aient été côte à côte, violoncelles et altos fermant le cercle, contrebasses derrière ces derniers, et non pas cordes disposées selon la formule premiers violons, violoncelles, altos, seconds violons et contrebasses dans le prolongement des premiers et des violoncelles -, tous les pupitres de l’orchestre se sont illustrés par leur précision, leur cohésion, autant dans l’ensemble du groupe que côté pupitres solistes, avec de remarquables individualités comme le tromboniste Guillaume Cottet-Dumoulin, mais aussi le corniste Benoît de Barsony, la premier violon Sarah Nemtanu, etc. L’Orchestre de Paris démontre ainsi combien l’entente avec Klaus Mäkelä, son directeur musical depuis septembre 2021, aura été fructueuse.

Bruno Serrou

1) 4 flûtes/2 piccolos, 4 hautbois/cor anglais, 3 clarinettes en si bémol/2 clarinettes en mi bémol/clarinette basse, 4 bassons/contrebasson, 8 cors, 4 trompettes/cor de postillon, 4 trombones, tuba, 2 groupes de 3 timbales, 2 glockenspiels, tambourin, tam-tam, triangle, cloches-tubes, cymbale suspendue, cymbales frappées, caisse claire, grosse caisse, 2 harpes, cordes (16-14-12-10-8)

 

 

 

 

 

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