lundi 19 octobre 2026

Le « journal inattendu » du géant du piano Krystian Zimerman devant une Philharmonie de Paris médusée

Paris. Philharmonie. Grande Salle Pierre Boulez. Samedi 17 octobre 2026 

Krystian Zimerman
Photo : (c) Mark Allan / DG

Tandis que le centre de Paris, comme ceux de la France entière, était sous le coup des sidérations suscitées par la violence des exactions de casseurs en marge de manifestations, l’amateur de grand piano se retrouvait à la Philharmonie pour se délecter des magies et mystères de Krystian Zimerman tout en ne cessant d’interroger sa mémoire et sa connaissance du répertoire pour deviner les auteurs et les titres des œuvres qu’il avait programmées… 

Photo (c) Bruno Serrou

Samedi soir, à la Philharmonie de Paris affichée complète, le géant du piano Krystian Zimerman, seize mois après sa dernière apparition in situ le 6 juin 2025 (voir http://brunoserrou.blogspot.com/2025/06/krystian-zimerman-le-piano-sur-les.html), a offert, partition ouverte sur l’instrument, un programme « surprise » qui, malgré l’annonce formulée par un représentant de la Philharmonie avant l’entrée de l’artiste sur le plateau, est resté anonyme à l’issue du récital, y compris deux jours plus tard, le musicien ayant fait prévenir « le public parisien qu’il apprécie particulièrement et qui lui réserve chaque fois un accueil chaleureux », au point de vouloir « partager avec lui une soirée d’amitié pour un voyage musical aux escales inconnues », oublieux du fait que, même dans le cadre de soirées privées, les musiciens disent ce qu’ils ont joué. Caprice de star ou pas, il n’en demeure pas moins que ce récital restera dans les mémoires, empli de fulgurances pyrotechniques de nuances, d’atmosphères, de technique, de rythmes, de plans sonores, de rubatos audacieux.

Photo : (c) Bruno Serrou

 Le sélection des œuvres s’est en effet avéré d’une grande libertté de ton, d'une impressionnante variété et merveilleusement pensé, selon apparemment une alternance des vongt-quatre tonalités alternant majeures et leurs relatives mineures, fusionnant avec un art consommé de la nuance exceptionnellement dense, variée, exprimée avec sensibilité, onirisme, spiritualité, émerveillement, gravité, retenue, malice, le tout malheureusement affaibli par une écoute chez l'auditeur distraite par la quête constante d’identification des œuvres jouées, ce qui a empêché l’esprit de se laisser pleinement envoûter par la poésie et la musicalité du jeu du pianiste polonais désormais coiffé d’un catogan. Pages célèbres enchainées pendant deux fois quarante-cinq minutes à d’autres moins courues ont ponctué l’enchantement, avec des œuvres (1) de Johann Sebastian Bach, qui a ouvert le récital avec un Prélude, Grazyna Bacewicz (magnifique Largo de la Sonate n° 2), Johannes Brahms, Frédéric Chopin (Préludes op. 28), Claude Debussy (Minstrel), César Franck (Prélude, Fugue et Variations op. 18), George Gershwin, Nikolaï Kapustine, Serge Rachmaninov (Prélude op. 3/2), Maurice Ravel (Forlane), Alexandre Scriabine, Karol Szymanowski, pour conclure sur deux bis d’Impromptus op. 90 de Franz Schubert…

Photo : (c) Bruno Serrou

Caprice de star ou pas, le programme présenté tel un « journal inattendu », aura conquis le public se sera d’un bout à l’autre enthousiasmé par la prestation du pianiste polonais, applaudissant à tout rompre à la fin du concert, comme cherchant à retenir le temps et son pianiste… star…

Bruno Serrou

1) J'attire ici l’attention des lecteurs sur le côté aléatoire des citations des noms d’auteurs et d’œuvres énoncées ici, une quizaine au total

 

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