dimanche 4 octobre 2026

Les Siècles dirigés par Pierre Bleuse ont célébré avec faste le deux cent cinquantième anniversaire des Etats-Unis d’Amérique

Paris. Théâtre des Champs-Elysées. Jeudi 1er octobre 2026

Leah et Judith Pisar, Pierre Bleuse, Rachel Willis-Sørensen
Les Siècles, Maîtridse de Radio France, Philharmonia Chorus
Photo : (c) Bruno Serrou

Pierre Bleuse a dirigé avec énergie un concert-hommage à la fondation des Etats-Unis d’Amérique en 1776 au Théâtre des Champs-Elysées à la tête de Les Siècles, orchestre fondé par François-Xavier Roth en 2003, entouré du chœur symphonique de référence, le Philharmonia Chorus, et de la Maîtrise de Radio France

 

Le moment phare du concert a été la Symphonie n° 3 « Kaddish » de Leonard Bernstein (1918-1990, immense chef d’orchestre pianiste états-unien et compositeur célébré pour être notamment l’auteur de la musique de la comédie musicale et du film West Side Story. Auteur de trois symphonies à titres, la dernière a été composée en 1963 et créée à Tel Aviv par l’Orchestre Philharmonique d’Israël dirigé par l’auteur avec l’actrice Hannah Rovina et la soprano Jennie Tourel le 10 décembre de cette même année, dix-huit jours après l’assassinat à Dallas du trente-cinquième président des Etats-Unis, le Démocrate John Fitzgerald Kennedy, « à la bien-aimée mémoire » de qui le compositeur a dédié sa partition, qu’il révisera en 1977. Commande de la Fondation Serge Koussevitzky pour l’Orchestre Symphonique de Boston dont Charles Much était alors le directeur musical, cette œuvre pour orchestre, chœur mixte, chœur d’enfants, récitant(e) et soprano solo conçue peu après le procès d’Adolf Eichmann à Jérusalem et son exécution le 31 mai 1962 suivis de la crise des missiles de Cuba en octobre de la même année, repose sur le Kaddish, prière judaïque de louan ges à Dieu et de paix prononcée en période de deuil écrite en araméen et en hébreu pour le dernier verset, complétée de textes de liaison conçus par Leonard Bernstein, qui avait déjà chanté le divin dans ses deux symphonies précédentes, Jeremiah (1944) et The Age of Anxiety (1948-1949/1965), est pour son auteur une prière de paix qu’il entend offrir à tous. Mécontent de ses propres textes, le compositeur révise sa symphonie en 1977, il demande à son ami Samuel Pisar de rédiger un texte alternatif porteur de sa propre expérience de la Shoah. Mais ce n’est que dix ans après le décès du compositeur que le conseiller de feu le président Kennedy achève son poème Un dialogue avec Dieu, version qui sera créée en 2003, avec le poète en narrateur, tandis que la fille du compositeur donne son propre texte parlé. 

 

C’est cette version Pisar, dont la première française avait été donnée à l’UNESCO à Paris par l’Orchestre symphonique de Paris dirigé par John Axelrod à l’occasion de la Journée internationale de commémoration en mémoire des victimes de l’Holocauste, le 26 janvier 2009, qu’a donnée l’orchestre Les Siècles jeudi au Théâtre des Champs-Elysées. Faisant appel à une grande formation instrumentale, dotée d’une riche percussion, harpe, piano et célesta, la partition compte trois mouvements, L’invocation, Adagio - Kaddish 1, suivi de Din-torah, Di nuovo Adagio - Kaddish 2, Andante con tenerezza et, pour conclure, de Kaddish 3. Scherzo, Presto scherzando - Finale, Adagio come nel Din-Torah - Allegro vivo con gioia. Grand cri de révolte contre l’holocauste mais aussi acte de foi, d’espoir et de joie pacifiée offert avec une enthousiasmante humanité avec le texte anglais de Samuel Pisar, qui évoque ses souvenirs indicibles des camps de concentration, dit par son épouse et leur fille, Judith et Leah Pisar, tandis que le rituel a été chanté avec piété et dévotion par la soprano états-unienne Rachel-Wills-Sørensen tandis que le Philharmonia chorus venu de Londres dirigé par Gavin Carr a enthousiasmé par son souffle ardent et sa stupéfiante cohésion, tandis que la maîtrise de Radio France, d’une belle unité, en raison d’une carence côté effectif de garçons, est apparu trop « parfait ». Le tout dirigé avec un énergie et ampleur par Pierre Bleuse, qui a su donner à cette œuvre impressionnante l’unité nécessaire mais qui n’est pas évidente à obtenir.

 

En prologue à ce grand-œuvre de Bernstein, une pièce monolithique standard de la « création contemporaine » états-unienne, Hommage au Soleil sans rayonnement solaire d’Elise Arancio (née en 2000 à Atlanta) en création mondiale, et, pour clore la soirée, la Symphonie n° 9 en mi mineur « du Nouveau Monde » op. 95, d’Antonín Dvorák (1841-1904) dynamique, enthousiaste avec de beaux instants d’onirique nostalgie, dans une acoustique un peu sèche, et jouée sur instruments fin XIXe siècle, les musiciens ayant permuté dans leurs loges les instruments modernes utilisés en première partie, ce qui a suscité des incidents de cors et surtout de cor anglais, ce dernier émettant en outre des sonorités peu flatteuses. Je regrette personnellement que Les Siècles, soiuhaitant peut-être attirer davantage de public pour cette soirée, ait opté pour cette opus célébrissime du compositeur tchèque, qui, certes, utilise du matériau thématique nord-américain mais dont l’atmosphère est emplie de nostalgie pour ses terres ancestrales, plutôt que l’une des symphonies de Charles Ives ou Appalachian Spring pour orchestre symphonique d’Aaron Copland, ce qui eût sonné « plus états-unien »… 


Bruno Serrou

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