Paris. Philharmonie. Grande Salle Pierre Boulez. Mercredi 25 février 2026
Un unique concert de l’Orchestre de Paris cette semaine au lieu des deux habituels pour un même programme. Une Philharmonie de Paris entièrement vouée le reste du temps au Concours La Maestra des jeunes cheffes d’orchestre qui se déroule cette semaine. C’est d’ailleurs à la présidente du jury, la cheffe ukrainienne de la biennale 2026, la cheffe ukrainienne Oksana Lyniv que l’Orchestre de Paris a confié la direction de son programme, qui présentait entre autres la création mondiale d’une œuvre de l’un de ses compatriotes, Eduard Resatsch, mise en regard de deux œuvres profondément marquées par l’esprit des terres de leurs auteurs respectifs, la Bohême tchèque de Dvořák et la Finlande de Sibelius, nations qui ont, elles aussi, subi le joug et l’oppression russes…
Tandis que les Ukrainiens font l’admiration du monde libre pour leur résilience face au monstruosités du dictateur russe Vladimir Poutine depuis quatre ans d’une guerre commencée le 24 février 2022 et qui n’en finit pas, l’Orchestre de Paris a reçu ce mercredi 25 février 2026 une brillante enfant de ce pays déchiré en la personne de l’impressionnante cheffe Oksana Lyniv, première femme à avoir dirigé au Festival de Bayreuth en 2021 avec Der fliegende Holländer, et qui préside en ce moment le Concours de cheffes d’orchestre La Maestra de la Philharmonie de Paris. Concert commencé par la quatrième des Fanfares for Uncommon Woman de 1992 que Joan Tower (*1938) a dédiée aux « femmes audacieuses et qui prennent des risques », cette fois pour grand orchestre au complet en hommage à la cheffe d’orchestre états-unienne JoAnn Falletta (*1954), cycle de six courtes pièces que l’Orchestre de Paris est en train de nous infliger en totalité en introduction de six de ses concerts de la saison (voir http://brunoserrou.blogspot.com/2025/09/lorchestre-de-paris-et-klaus-makela-ont.html, http://brunoserrou.blogspot.com/2025/09/lamerique-du-nord-de-lorchestre-de.html, http://brunoserrou.blogspot.com/2026/01/lorchestre-de-paris-et-lheroique.html).
Cette introduction particulièrement sonore a été suivie de la création de Les Visions du Prince du compositeur ukrainien Eduard Resatsch (*1972), qui illustre Le petit prince de Saint-Exupéry de façon dramatique et douloureuse qui, sur le plan de l’écriture et de la forme, n’a rien de révolutionnaire, tant l’on y perçoit de réminiscences de Chostakovitch, mais en plus « rond » et « léché », et aux deux-tiers de l’œuvre un épisode particulièrement touchant.
Pour conclure cette première partie, la violoniste coréenne Bomsori Kim a été la soliste du Concerto pour violon en ré mineur op. 47 de Jean Sibelius joué avec fougue et passion. Au risque d’un manque prégnant de poésie et d’infériorité dans l’Allegro initial, la soliste semblant vouloir jouter avec l’orchestre, l’interprétation de la violoniste coréenne était magnifiée par une technique d’airain, un archet puissant confinant et une main gauche d’une précision d’horloge suisse, contrariée néanmoins par un vibrato beaucoup trop large et marqué. Ce n’est pas tant qu’elle ait joué en force mais avec un engagement tel qu’il a semblé émané de cette flamme qu’elle ait été quelque peu exacerbée. Cette anomalie a totalement disparu dans les deux derniers mouvements, l’Adagio bien chantant mais faisant fi de l’indication di molto, au point de paraître distancié, tandis que le finale, qualifié de « Polonaise pour ours polaire » par le compositeur musicologue critique musical écossais Donald Francis Tovey (1875-1940), appréciation confirmée dans l’interprétation de Bomsori Kim saisissante de virtuosité mais sans véritable émotion. En bis, la violoniste coréenne est d’ailleurs restée sur ces impressions polonaises en offrant un superbe Kaprys Polski (Caprice Polonais) de Grażyna Bacewicz (1909-1969).
La seconde partie de cet unique concert de
l’Orchestre de Paris de cette semaine, était entièrement occupé par une Symphonie n° 8 en sol majeur B. 163 op. 88 d’Antonin
Dvořák énergique, superbement chantante, suscitant chez les musiciens de
l’Orchestre de Paris un plaisir de jouer évident faisant plaisir à voir et
surtout à entendre. Durant l’exécution de cette œuvre composée pendant l’été
1889 au cœur des forêts de Bohême, à Vysoká u Příbramě, créée à Prague le 2 février 1890, la
cheffe ukrainienne a semblé chanter dans son jardin dans cette symphonie
trop rare et pourtant si belle, avec son atmosphère allégée et apaisante, son
climat poétique chantant l’homme face à la nature. L’élan vivifiant, les
contours populaires, le souffle généreux, la magnificence mélodique, les
plaintes douloureuses de l’Adagio, le
climat léger de la dumka de l’Allegretto grazioso auquel la cheffe ukrainienne a donné dans
cette d’origine ukrainienne sa vitalité dansante naturelle, la ductilité de
l’orchestration de cette grande et belle page ont été exaltés par des musiciens,
tous pupitres confondus menés par la premier violon invitée, la Canadienne Michelle
Ross (également compositrice) d’une vibrante lamentation du solo du mouvement
lent, tous les musiciens étant portés par la direction chaleureuse à la
gestique limpide, précise et engagée d’Oksana Lyniv, que l’on surprenait à
chanter les passages les plus nostalgiques et passionnés, comme elle l’avait d’ailleurs
fait tout au long de sa prestation, il convient ici de saluer les pupitres de bois,
cors, trompettes, altos et violoncelles somptueusement sollicités par le
compositeur tchèque.
Bruno Serrou



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