lundi 8 mai 2023

Micro climat breton : frétillant Elisir d’amore de Donizetti rennais

Rennes. Opéra. Vendredi 5 mai 2023 

Gaetano Donizetti (1797-1848), L'Elisir d'amore. Giorgio Caoduro (Dr Dulcamara). Photo : (c) Laurent Guizard

L’Opéra de Rennes présente une production traditionnelle dans un décor hyperréaliste de carton-pâte fidèle à l’œuvre quoique transposée au XXIe  siècle. La direction d’acteur au cordeau de David Lescot anime avec allant L’Elisir d’amore que Gaetano Donizetti composa en 1832 dans une distribution homogène et pimpante soutenue par les brûlantes sonorités de l’Orchestre National de Bretagne. 

Gaetano Donizetti (1797-1848), L'Elisir d'amore. Perrine Madoeuf (Adina), Marc Scoffoni (Belcore), Mathias Vidal (Nemorimo), Giorgio Caoduro (Dr Dulcamara). Photo : (c) Laurent Guizard

Le Melodramma giocoso en deux actes L'Elisir d'amore de Gaetano Donizetti, ouvrage primesautier et accort, se déploie dans une scénographie réaliste d’Alwyne de Dardel où le metteur en scène David Lescot, à l’instar de Laurent Pelly en 2006 pour l’Opéra de Paris, transpose l’action dans l’Italie du tournant des années 1950-1960, la situant au centre d’une cour de ferme avec silo à grains, vélos, trieuse mécanique de maïs, tapis agricole roulant, caravane de colporteur démontable, pylône électrique, jupes gonflantes et uniformes de l’infanterie italienne dessinés par Marianne Delayre. Sous les lumières crues d'une canicule d’été de Paul Beaureilles, le cadre de l’action est celui de l’Italie d’un film de Federico Fellini écrasé par le soleil transplanté sur le plateau à taille humaine du bel Opéra de Rennes.

Gaetano Donizetti (1797-1848), L'Eisir d'amore. Adina et Nemorimo. Photo : (c) Julien Mignot

Placé sous le signe de la jeunesse, le quintette vocal réuni pour cette coproduction de l’Opéra de Rennes avec Angers Nantes Opéras et l’Opéra national de Lorraine, est séduisant et homogène. Portés par l’esprit commedia dell’arte de l’ouvrage, les cinq chanteurs s’expriment joyeusement, prenant un plaisir évident à s’exprimer dans ce cadre champêtre où le réalisme de certains objets est absorbé par un onirisme patent. Le ténor français Mathias Vidal à la voix flexible et au timbre clair est un Nemorimo naïf et empressé, mais jamais niais. Comédienne accomplie à la voix lumineuse, la soprano lyonnaise Perrine Madœuf campe une Ardina rayonnante, sensuelle, un rien taquine mais jamais moqueuse. Le baryton Marc Steffoni est un sergent Belcore élégant, entreprenant mais aucunement pesant. Dotée d’une voix malléable, la soprano Marie-Bénédicte Souquet est une séduisante Giannetta. Seul Italien de la distribution, le baryton Giorgio Caoduro est un Dr Dulcamara jovial et séducteur, dessinant un charlatan certes fourbe mais à la faconde savoureuse et un rien perdu dans sa propre imposture, tandis que le chœur de chambre Mélisme(s) incarne avec entrain le petit peuple. Dans la fosse, l’Orchestre Symphonique de Bretagne fait un sans-faute (bois de toute beauté) sous la direction galbée et souple de la chef française Chloé Dufresne, qui, pour sa première production scénique, restitue avec ce « coup d’essai » la partition dans sa variété de couleurs et de pétulance.

Bruno Serrou

Opéra de Rennes jusqu’au 13 mai. Cette production est reprise Grand Théâtre d’Angers les 26 et 28 mai et Théâtre Graslin de Nantes du 7 au 15 juin, date à laquelle il sera retransmis en direct en plein air sur de grands écrans dans plusieurs communes de l’Ouest de la France

 

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