Paris. Philharmonie. Grande Salle Pierre Boulez. Mercredi 20 mai 2026
Programme grand public, pour petits et grands, cette semaine pour l’Or chestre de Paris sous la direction magistrale de l’un de ses ex-directeurs musicaux le chef britannique Daniel Harding à la Philharmonie de Paris
En première partie, une pièce régulièrement programmée à la Philharmonie de Paris par diverses formation mais que je n’avais plus entendue depuis des lustres, avant que mes enfants eurent atteint leur première décennie, Pierre et le loup, conte symphonique, didactique, pédagogique et allégorique entièrement conçu, texte et musique, par Serge Prokofiev, qui s’est inspiré des contes folkloriques dont le héros est un certain Ivan Tsarévitch (Jean le Prince) d’où est également tiré l’Oiseau de feu d’Igor Stravinsky. Depuis sa création en russe à Moscou le 2 mai 1936 au Théâtre central pour enfants, l’œuvre a rapidement fait le tour du monde, son livret traduit dans toutes les langues du globe. Bien que l’on fût étonné mercredi soir qu’il y ait peu d’enfants dans la salle, les auditeurs ont pris plaisir à « découvrir » les instruments de l’orchestre sous les doigts et le souffle des musiciens rayonnants de l’Orchestre de Paris qui se sont fait un plaisir de briller vaillamment dans leur mission de pédagogues, donner vie aux personnages qu’ils étaient chargés d’incarner, Pierre par le quatuor à cordes, l’oiseau par la flûte, le canard par le hautbois, le chat par la clarinette, le loup par les cors, le grand-père par le basson, les chasseurs par les instruments à vent, tandis que les coups de feu de ces derniers sont confiés aux timbales et à la grosse caisse, chacun étant personnifié par un motif spécifique que le spectateur se plaît à identifier à chaque apparition.
Initialement conçu pour une petite formation, l’œuvre a été donnée cette semaine par un Orchestre de Paris en formation symphonique, avec notamment un effectif important de cordes, et le rôle du récitant confié à une comédienne. Au risque de passer pour le misogyne que je ne suis pas, une voix de femme pour le récit, trop monochrome, n’atteint pas l’impact vocal d’un comédien, du moins Amira Casar n’a pas captivé l’attention tant sa prestation est restée sans engagement, la comédienne n’arrivant pas à personnifier les personnages du conte, malgré (ou à cause de) la présence d’un micro, la sonorisation créant un décalage gênant avec le son naturel de l’orchestre, dont les pupitres solistes ont pris un évident plaisir à évoquer canard, oiseau, chat, loup, Pierre, grand-père, chasseurs, tandis que l’Orchestre de Paris a manqué de souplesse et de dynamique en raison d’un nombre de cordes trop étoffé.
En seconde partie de concert, une Symphonie Fantastique op. 14 d’Hector Berlioz, partition en cinq
mouvements au contenu tenant chacun du poème symphonique qui est de l’ADN de
l’Orchestre de Paris depuis son tout premier concert en 1967 dirigé par Charles
Münch, son fondateur, et même avant, au temps de l’Orchestre de la Société des
Concerts du Conservatoire dont il est l’héritier et qui la créa sous la
direction de son fondateur, François-Antoine Habeneck, le 5 décembre 1830 dans
la Salle de l’ancien Conservatoire, sis dans le neuvième arrondissement de
Paris. Elle est tellement liée à l’Orchestre de Paris que ce
dernier utilise à chacune des
inaugurations de salles auxquelles il est associé. Avec cette œuvre, il est en
effet facile de juger des qualités sonores d’un lieu. Or, dans l’enceinte de la
Philharmonie, le temps de réponse laisse résonner le son qui reste suspendu
dans la salle entière le temps de pénétrer le corps de l’auditeur, ce qui rend
d’autant plus insupportables les applaudissements exprimés trop rapidement à la
fin de chaque mouvement. Le geste élégant, clair et discret, Daniel Harding, connaissant parfaitement
l’historique et les qualités intrinsèques de la phalange parisienne, a poussé
les musiciens jusque dans leur capacités illimitées à la virtuosité et à
magnifier leurs sonorités rutilantes, par une conception impressionnante
d’énergie, de mobilité, le chef britannique puisant l’énergie non pas en lui
mais jusqu’au tréfonds de l’orchestre (parmi tous les solos, outre le premier
violon invité, la violoniste germano-turque Hande Küden, membre des Berliner
Philharmoniker le cor anglais Gildas Prado, aux sonorités éminemment poétiques,
et la volubile petite flûte Anaïs Benoît), avec une précision surnaturelle,
envoûtant tout autant les musiciens de l’Orchestre que les oreilles du public. Percussion et cuivres sans être
envahissants sont très présents, les cordes que le chef a disposées selon la
tradition germanique - violons I et II se faisant face, les premiers côtoyant
les violoncelles, les seconds les altos -, rutilent, lumineuses, moelleuses,
abyssales, tandis que les bois sont chauds et sonnant clair.
Conquis par la qualité de ce concert, l’ion ne pouvait être qu’étonné que ce
programme qui eût intéressé toutes les classes d’âge, n’a attiré que peu
d’enfants, alors même que les rares qui
ont eu la chance d’y assister sont sortis enchantés de leur soirée, à en croire
les confidences qu’ils faisaient à leurs parents et amis à la sortie de la
salle tandis qu’ils se dirigeaient vers les escaliers roulants de la
Philharmonie…
Bruno Serrou
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire