lundi 11 mai 2026

Concerts virtuoses de l’Orchestre de Paris et Klaus Mäkelä avec en soliste invité un fabuleux Nobuyuki Tsujii

Paris. Philharmonie. Studio et Grande Salle Pierre Boulez. Lundi 5 et mercredi 7 mai 2026

Klaus Mäkelä, Nobuyuki Tsuijii, Orchestre de Paris
Photo : (c)Orchestre de Paris

Le pianiste japonais Nobuyuki Tsujii, vainqueur du célèbre Concours Van-Cliburn en 2009, était cette semaine l’hôte de l’Orchestre de Paris, à l’invitation de son directeur musical Klaus Mäkelä dans deux œuvres parmi les plus populaires de leurs répertoires respectifs. Ce dernier, participant avec son invité à un concert de musique de chambre et le dirigeant trois soirées de suite dans un concerto brillantissime

Nobuyuka Tsuijii, Kiichi Chijiiwa, Estelle Villotte, Vincent Pasquier, Klaus Mäkelä
Photo : (c) Matthias Bengfuigui

C’est avec trois des membres du quintette d’archets de l’Orchestre de Paris que Nobuyuki Tsujii et Klaus Mäkelä ont donné lundi le seul Quintette en la majeur pour piano et cordes D. 667 « La Truite ». Cette œuvre emblématique de Schubert a été composée en 1819 a pris son titre du lied Die Florelle (La Truite) que le compositeur utilise dans le quatrième des cinq mouvements comme thème de ses variations… Une Truite éblouissante de grâce, de fluidité, d’humanité, gracieuse, ardente et légère à souhait offerte ce soir Studio de la Philharmonie de Paris archi-complet par des membres de l’Orchestre de Paris avec un violoncelle d’une beauté pure tenu par le directeur musical de la phalange parisienne, Klaus Mäkelä, partageant le sourire aux lèvres et les yeux pétillants de bonheur le chant grave avec la contrebasse toute en rondeur de Vincent Pasquier et l’alto chaleureux quoiqu’un peu discret d’Estelle Villotte, mais les héros de la soirée ont été deux Japonais, le premier violon Eiichi Chijiiwa, aux sonorités solaires, et surtout le pianiste Nobuyuki Tsujii, qui, malgré sa cécité, a conduit l’ensemble du quintette à des sommets de lyrisme pour un festin de couleurs et de grâce.

Nobuyuki Tsuijii, Orchestre de Paris
Photo : (c) Bruno Serrou

Tandis que les programmes de l’Orchestre de Paris sont généralement dédoublés, celui de cette semaine était donné trois soirs de suite, chacun étant aussi rempli à chaque fois. Il faut reconnaître sans attendre que le résultat aura été impressionnant, sous la direction du directeur musical de la phalange, Klaus Mäkelä, avec en soliste Nobuyuki Tsujii, les deux hommes s’étant déjà produits dans La Truite. Mercredi soir, c’était dans une autre œuvre célèbre, le Concerto pour piano en la mineur op. 16  d’Edvard Grieg. Conçu en 1868, soit un quart de siècle après celui de Robert Schumann auquel il est souvent associé en raison d’une durée, d’une tonalité similaires et d’une introduction fondée de virtuoses accords descendant, le concerto du compositeur norvégien compte parmi les œuvres concertantes les plus populaires. Cette partition foisonnante où l’amour est roi a été admirablement servi par le chef finlandais et le pianiste japonais qui se sont avérés parfaitement en phase, le premier ne semblant jamais attendre son soliste, malgré la cécité de ce dernier, qui a suscité une impression d’accomplissement, n’engendrant à aucun moment le moindre sentiment de compassion dû à son handicap, mais au contraire en provoquant l’admiration par la cohésion d’ensemble qu’il a maintenue d’un bout à l’autre servi par une maîtrise technique éblouissante au service de l’expression. Se déplaçant au bras de Klaus Mäkelä, s’appliquant à  saluer le public de tous les côtés de la salle, Nobuyuki Tsujii a donné deux bis, restant tout d’abord dans le répertoire de Grieg, La Marche des trolls extraite du cinquième livre des Pièces lyriques op. 54,  et une œuvre française, En vacances I "valse romantique" de Déodat de Séverac.

Klaus Mäkelä, Orchestre de Paris
Photo : (c) Bruno Serrou

En seconde partie, une flamboyante Symphonie « Titan » de Gustav Mahler, dynamique, brillamment contrastée, d’une expressivité à fleur de peau, juste et d’une grande humanité, servie par un orchestre chatoyant et virtuossissime. Rappelons ici que cette Symphonie n° 1 en ré majeur de Gustav Mahli, dans les années 1960, aurait valu un refus des organisateurs de concert français à Herbert von Karajan et son Orchestre Philharmonique de Berlin tant ils auraient craint une salle vide, mais qui, aujourd’hui, est archi-rabâchée, au point de ne plus même créer l’événement Néanmoins, dans cette œuvre d’une extrême virtuosité. La phalange parisienne et son chef finlandais son particulièrement à l’aise dans cette musique complexe à mettre en place tant les structures sont alambiquées, faisant à la fois ressortir les lignes de force, l’architecture, l’unité à travers la multiplicité, les plans apparaissant dans leur évidence, tout en soulignant la diversité de l’inspiration, à la fois populaire, foraine, militaire, noble et grave, lvoire douloureuse, es brutalités, les saillies, la nostalgie. Unité et altérité dans la conduite de l’œuvre, la rythmique, le phrasé, tout en évitant a le pathos et les effets trop appuyés. LOrchestre de Paris a répondu avec empressement, aux intentions  de son chef, avec une homogénéité de bon aloi. Les cordes somptueuses de velouté et de brillant (belles sonorités de la contrebasse solo, des, des altoss et des violoncelles), les bois sont colorés et nuancés (magnifique hautbois, mais aussi flûtes, bassons et clarinettes), les cors remarquables, une première trompette vaillante, trombones et tuba au diapason. La conception de Mäkelä a acquis en maturité et en naturel depuis sa première interprétation de l’œuvre avec l’Orchestre de Paris en 021, chaque plan-séquence s’enchaînant sans plus aucune rupture, le tout coulant avec une extrême fluidité, sans pour autant atténuer les contrastes et les virulences, comme si le contact avec son nouvel orchestre, celui du Royal Concertgebouw d’Amsterdam, formation symphonique mahlérienne par excellence, avait déjà une influence sur le chef finlandais, son nouveau directeur musical.

Bruno Serrou

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