Paris. Philharmonie. Studio et Grande Salle Pierre Boulez. Lundi 5 et mercredi 7 mai 2026
Le pianiste japonais Nobuyuki Tsujii, vainqueur du célèbre Concours Van-Cliburn en 2009, était cette semaine l’hôte de l’Orchestre de Paris, à l’invitation de son
directeur musical Klaus Mäkelä dans deux œuvres parmi les plus populaires de
leurs répertoires respectifs. Ce dernier, participant avec son invité à un
concert de musique de chambre et le dirigeant trois soirées de suite dans un
concerto brillantissime
C’est avec trois des membres du quintette d’archets de l’Orchestre de Paris que Nobuyuki Tsujii et Klaus Mäkelä ont donné lundi le seul Quintette en la majeur pour piano et cordes D. 667 « La Truite ». Cette œuvre emblématique de Schubert a été composée en 1819 a pris son titre du lied Die Florelle (La Truite) que le compositeur utilise dans le quatrième des cinq mouvements comme thème de ses variations… Une Truite éblouissante de grâce, de fluidité, d’humanité, gracieuse, ardente et légère à souhait offerte ce soir Studio de la Philharmonie de Paris archi-complet par des membres de l’Orchestre de Paris avec un violoncelle d’une beauté pure tenu par le directeur musical de la phalange parisienne, Klaus Mäkelä, partageant le sourire aux lèvres et les yeux pétillants de bonheur le chant grave avec la contrebasse toute en rondeur de Vincent Pasquier et l’alto chaleureux quoiqu’un peu discret d’Estelle Villotte, mais les héros de la soirée ont été deux Japonais, le premier violon Eiichi Chijiiwa, aux sonorités solaires, et surtout le pianiste Nobuyuki Tsujii, qui, malgré sa cécité, a conduit l’ensemble du quintette à des sommets de lyrisme pour un festin de couleurs et de grâce.
Tandis que les programmes de l’Orchestre de Paris sont
généralement dédoublés, celui de cette semaine était donné trois soirs de
suite, chacun étant aussi rempli à chaque fois. Il faut reconnaître sans
attendre que le résultat aura été impressionnant, sous la direction du
directeur musical de la phalange, Klaus Mäkelä, avec en soliste Nobuyuki
Tsujii, les deux hommes s’étant déjà produits dans La Truite. Mercredi soir, c’était dans une autre œuvre célèbre, le Concerto pour piano en la mineur op. 16 d’Edvard Grieg. Conçu en 1868, soit un
quart de siècle après celui de Robert Schumann auquel il est souvent associé en
raison d’une durée, d’une tonalité similaires et d’une introduction fondée de
virtuoses accords descendant, le concerto du compositeur norvégien compte parmi
les œuvres concertantes les plus populaires. Cette partition foisonnante où l’amour est roi a été admirablement
servi par le chef finlandais et le pianiste japonais qui se sont avérés
parfaitement en phase, le premier ne semblant jamais attendre son soliste,
malgré la cécité de ce dernier, qui a suscité une impression d’accomplissement,
n’engendrant à aucun moment le moindre sentiment de compassion dû à son
handicap, mais au contraire en provoquant l’admiration par la cohésion
d’ensemble qu’il a maintenue d’un bout à l’autre servi par une maîtrise
technique éblouissante au service de l’expression. Se déplaçant au bras de Klaus
Mäkelä, s’appliquant à saluer le public
de tous les côtés de la salle, Nobuyuki Tsujii a donné deux bis, restant tout d’abord
dans le répertoire de Grieg, La Marche des trolls extraite du cinquième livre des Pièces lyriques op. 54, et une œuvre française, En vacances I "valse romantique" de Déodat de Séverac.
En seconde partie, une flamboyante Symphonie « Titan »
de Gustav Mahler, dynamique, brillamment contrastée, d’une expressivité à fleur
de peau, juste et d’une grande humanité, servie par un orchestre chatoyant et virtuossissime. Rappelons ici
que cette Symphonie n° 1 en ré majeur de Gustav Mahli, dans les
années 1960, aurait valu un refus des organisateurs de concert français à
Herbert von Karajan et son Orchestre Philharmonique de Berlin tant ils auraient
craint une salle vide, mais qui, aujourd’hui, est archi-rabâchée, au point de
ne plus même créer l’événement Néanmoins, dans cette œuvre d’une extrême
virtuosité. La phalange parisienne et son chef finlandais son particulièrement à
l’aise dans cette musique complexe à mettre en place tant les structures sont
alambiquées, faisant à la fois ressortir les lignes de force, l’architecture,
l’unité à travers la multiplicité, les plans apparaissant dans leur évidence, tout
en soulignant la diversité de l’inspiration, à la fois populaire, foraine,
militaire, noble et grave, lvoire douloureuse, es brutalités, les saillies, la
nostalgie. Unité et altérité dans la conduite de l’œuvre, la rythmique, le
phrasé, tout en évitant a le pathos et les effets trop appuyés. LOrchestre de
Paris a répondu avec empressement, aux intentions de son chef, avec une homogénéité de bon aloi.
Les cordes somptueuses de velouté et de brillant (belles sonorités de la
contrebasse solo, des, des altoss et des violoncelles), les bois sont colorés
et nuancés (magnifique hautbois, mais aussi flûtes, bassons et clarinettes), les
cors remarquables, une première trompette vaillante, trombones et tuba au
diapason. La conception de Mäkelä a acquis en maturité et en naturel depuis sa
première interprétation de l’œuvre avec l’Orchestre de Paris en 021, chaque
plan-séquence s’enchaînant sans plus aucune rupture, le tout coulant avec une
extrême fluidité, sans pour autant atténuer les contrastes et les virulences,
comme si le contact avec son nouvel orchestre, celui du Royal Concertgebouw
d’Amsterdam, formation symphonique mahlérienne par excellence, avait déjà une
influence sur le chef finlandais, son nouveau directeur musical.
Bruno Serrou
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