Paris. Piano4étoiles. Philharmonie. Grande Salle Pierre Boulez. Mardi 12 mai 2026
Récital entre ciel et terre mardi 12 mai à la Philharmonie de Paris dans le cadre de Piano***, par le magicien russe Arcadi Volodos jouant comme en apesanteur, tel un rêve éveillé que l’on eût aimé écouter à l’infini
Maître de l’intime confession et du
chuchotement Arcadi Volodos a d’entrée de récital proposé une partition d’envergure
qui aurait pu constituer le point culminant e son programme entier, la Sonate « Fantaisie » en sol majeur
D. 894 op. 78 de Franz Schubert, composée en octobre 826 dans la continuité
du Quatuor à cordes n° 15 lui aussi
dans la tonalité de sol majeur, et publiée du vivant de son auteur. De cette œuvre
intimiste d’environ trois-quarts d’heure dont le mouvement initial, Molto moderato e cantabile, occupe à lui
seul près de la moitié du temps, qui se dilate par le nombre conséquent de
reprises, le pianiste russe vivant en Espagne donne une lecture aux tempi retenus magnifiée par son toucher
d’une telle délicatesse suscitant des pianissimi
célestes quasi immatériels, donnant ainsi le contour de l’œuvre entière,
qui atteint de la sorte une profondeur idyllique, Arcadi Volodos « chantant »
et « dansant » (dans le Menuetto
et dans le finale) en poète de l’amour et de la destinée, avec une
tendresse solaire subtilement mâtinée d’angoisse d’une vibrante humanité.
La seconde partie de la soirée était entièrement consacrée à Frédéric Chopin. Volodos dans Chopin est pour le moins guère fréquenté. Entendre le pianiste russe dans ce répertoire était même ( in)attendu, du moins pour ma part A-t-il joué le compositeur polonais en public avant cette mémorable soirée de mardi ? S’il s’est agi d’un vrai Coup d’essai public, ce fut assurément un coup de maître… Les cinq pièces qu’il a sélectionnées se sont présentées tel un véritable roman, se succédant les unes les autres, sans pause. Les premiers chapitres étaient constitués du « livre » étaient constitués de trois admirables Mazurkas dans le mode mineur, opp. 33/4 en si mineur, 41/2 en mi mineur et 63/2 en fa mineur, plus idylliques que dynamiques, comme susurrées, le pianiste prenant son temps pour en magnifier les sonorités et les beautés mélodiques et harmoniques de ppp enivrants, tout comme il le fera dans le Prélude en ut dièse mineur op. 45 d’une lenteur hypnotique, comme si l’interprète prenait l’auditeur par la main pour le conduire à l’extase d’une extraordinaire Sonate n° 2 en si bémol mineur « Funèbre »op. 35 aux contrastes saisissants, riches d’un nuancier infini, des ppp à la marge de l’intime confession au fff les plus dantesques, tandis qu’il fait émerger le thème initial du premier mouvement des profondeurs du clavier avant de reprendre la formule dans le finale, le tout exprimé avec une étincelante intensité et, grâce à une technique si fabuleuse qu’elle se fait oublier, une simplicité de poète-peintre au toucher délectable, véritable sorcier du son à la palette d’une variété éblouissante. Quatre bis pour conclure, dont de vertigineuses Carmen variations de Georges Bizet réalisées par Vladimir Horowitz ajouté d’une touche d’Arcadi Volodos…
Bruno Serrou
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