Paris. Philharmonie. Grande Salle Pierre Boulez. Mercredi 2 septembre 2026
C’est un fabuleux début de saison que j’ai pu partager avec un public venu en nombre à la Philharmonie de Paris qui présage de soirées d’exception durant les neuf prochains mois avant peut-être l’apocalypse ! J’ai en effet assisté ce premier mercredi de septembre 2026 à un concert comme il en est peu : un Everest !…
En seconde partie, l’œuvre la plus optimiste de Mahler, aux côté du finale de la Troisième Symphonie, la partition qui la suit, la Symphonie n* 4 en sol majeur que Gustav Mahler composa entre 1892 et 1901 ; Yannick Nézet-Séguin et le Met Opera en ont donné une interprétation onirique, fine, merveilleusement structurée, miraculeusement contrastée, au nuancer infini, d’une constellation de couleurs chatoyantes, aux sonorités moelleuses et fruitées, d’une saisissante unité et d’une polychromie de traits et de tons impressionnante, magnifiant des textures tout à tour limpides, lumineuses et voluptueuses ; le caractère, la profondeur, la dynamique, l’humanité toute e intériorité ont été exaltés par le chef et les musiciens de son orchestre. La gestique du chef canadien est toute en souplesse et en rectitude souriante, impulsant des tempi respirant large , des couleurs et des timbres à la palette infinie, un sens de la dramaturgie captivante caractéristique de musiciens aguerris au théâtre lyrique, le tout suscitant un état de grâce permanent chez l’auditeur, le public resté debout, stoïque, au parterre, au pied du plateau, n’a jamais été tenté de quitter la position debout, ne manifestant à aucun moment l’impression de fatigue qui aurait pu conduire certains à s’asseoir à même le sol.
La beauté plastique stupéfiante sous la conduite particulièrement inspirée de Yannick nézet-Séguin a saisi la salle entière, qui a écouté comme ensorcelé, silencieux et jamais tenté d’applaudir entre les mouvements. Deux grands moments dans cette interprétation, le deuxième mouvement, In gemächlicher Bewegung, ohne hast, diabolique à souhait, avec un fantasque violon solo aux sonorités grimaçantes, lunaires avec son second instrument, Benjamin Bowman s’avérant magistral avec ses deux instruments, et un Ruhevoll (Pacifique) comme on aimerait en entendre plus souvent, d’une variété de ton extraordinaire, tour à tour rêveur, lyrique, dramatique, mélancolique, ardent, lumineux, tendre et brûlant, évitant judicieusement toute tendance au pathos. Enfin, un finale plus humain que paradisiaque, tant la voix Joyce DiDonato, placée au fond de l’orchestre entre la harpe et les cors, est d’une carnation merveilleusement féminine, maternelle, consolatrice plutôt qu’angélique, tandis que l’orchestre atteignait l’éther dans sa beauté solaire. Pour conclure, après un message d’un bel humanisme solidaire exprimé par Nézet-Séguin en français de son accent canadien particulièrement chaleureux, Joyce DiDonato et le Met Orchestra ont donné un dernier lied, Urlicht extrait du Cor merveilleux de l’enfant que Mahler a intégré à sa Symphonie « Résurrection » comme ante pénultième mouvement, sous la voix aux amples harmoniques de Joyce DiDonato s’exprimant au sein de l’orchestre, s’unissant aux instrumentistes pour une lecture d’une tendresse douloureuse, évoquant une solitude d’une affliction intense et profonde, solitaire, l’orchestre s’éteignant dans un silence à faire pleurer les pierres.
En ouverture de programme, une fois n’est pas coutume de la part d’un orchestre
états-unien, tous ayant pour habitude d’imposer des pièces contemporaines de
leurs compositeurs-maisons affligeantes, les musiciens new-yorkais ont offert une
œuvre d’une beauté et d’une humanité déchirante de la compositrice
franco-finlandaise Kaija Saariaho (1952-2023) trop tôt disparue, Lumière et Pesanteur pour grand
orchestre a composée en 2009. Cette partition créée le 22 août 2009 à Helsinki
par le Philharmonia Orchestra dirigé par Esa-Pekka Salonen est placée sous la
conduite délicate d’un solo de trompette vaillamment tenu ce mercredi soir par
David Krauss évoquant dans ses sonorités interrogatives celle de Charles Ives
dans The Unanswered Question,
tandis que l’orchestre jouait avec délice de la fluidité chatoyante et de la
transparence des textures instrumentales alternant souplesse et profondeur,
légèreté et gravité.
Bruno Serrou
.jpg)
.jpg)
.jpg)


Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire