vendredi 23 novembre 2012

CD : Deux enregistrements de compositeurs chefs d’orchestre, Péter Eötvös et Thierry Pécou




Compositeur vivant parmi les plus universellement célébrés, dirigeant partout dans le monde et ayant vécu dans plusieurs pays d’Europe avant de se réinstaller à Budapest dans les années 2000, Péter Eötvös (né en 1944) reste profondément enraciné dans sa terre natale, la Hongrie, et plus particulièrement la Transylvanie, son berceau, à l’instar de ses deux aînés, Béla Bartók et György Ligeti. Ce qui se manifeste en toute évidence dans le disque proposé par Naïve qui réunit sous la direction d’Eötvös les trois compositeurs autour de la forme concertante pour violon et orchestre. En soliste, la Moldave Patricia Kopatchinskaja, qui magnifie tout ce qui se trouve de mystère et d’éclat au cœur de cette musique venue du tréfonds de l’âme. A la tête des deux grandes formations instrumentales de Francfort, l’Ensemble Modern dans le rageur et énigmatique concerto de Ligeti, ensemble qui l’a créé en 1992 sous la direction déjà d’Eötvös mais avec Saschko Gawriloff en soliste, et l’Orchestre Symphonique de la Radio dans les deux autres concertos, Péter Eötvös façonne un écrin à la mesure des sonorités charnelles de la violoniste. Plus particulièrement dans son propre Seven, bouleversant « monologue très personnel » d’Eötvös pour des êtres qui ont donné leur vie en 2003 pour la concrétisation d’un rêve humain qui s’est tragiquement conclu sur une catastrophe, celle de la navette spatiale Columbia et de son équipage. Un très grand disque de violon concertant qui puise aux sources de la Hongrie éternelle dont la musique est profondément marquée par le peuple tzigane et ses merveilleux musiciens, particulièrement les violonistes, hélas si mal traités aujourd’hui dans la Hongrie contemporaine.


Le second CD est consacré à un compositeur français dirigeant ici ses propres œuvres. Pour son troisième disque Harmonia Mundi monographique, Thierry Pécou (né en 1965) a sélectionné six de ses œuvres qui reflètent l’enracinement profond de ce musicien d’origine guadeloupéenne en Amérique latine. Le « Concerto-carnaval » Tremendum composé en 2005 et retravaillé en 2010 pour les Percussions Claviers de Lyon qui l’interprètent ici associés aux musiciens de l’Ensemble Variances dirigé par le compositeur qui l’a fondé en 2009, rend un vibrant hommage au Brésil. Un Brésil onirique gorgé de rythmes syncopés et frétillants qui associent neuf instruments dans un rituel réjouissant. Associant la flûte et la clarinette basses au violoncelle, Manoa (2005) chante l’Amazonie et ses magies. Suivent trois pièces d’inspiration mexicaine. LArbre aux Fleurs (2010) pour quintette de percussion, qui célèbre le temps du carnaval par son énergie inflexible et son fantasque turbulent. Plus tendu, Soleil-Tigre pour violoncelle et piano (2009), avec des ostinatos typiques de la musique de Pécou qui galvanisent un puissant geste mélodique. Enfin, Paseo de la reforma (1995/2011) pour guitare reflète la mixité de la culture mexicaine. C’est sur l’humoristique Danzon pour flûte qui plonge de nouveau en Amazonie que se conclut ce cd enluminé. 

Bruno Serrou
1) 2 CD Naïve V 5285

2) 1 CD Harmonia Mundi HMC 905269

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