mardi 16 octobre 2012

Natalie Dessay et Juan Diego Florez embrasent l’Opéra-Bastille dans une luxuriante mise en scène de Laurent Pelly créée en 2007 de "la Fille du régiment" de Donizetti



Paris, Opéra national de Paris Bastille, Lundi 15 octobre 2012


Natalie Dessay (Marie)


Depuis sa création en 1840, la Fille du régiment de Gaetano Donizetti (1797-1848) a été l’apanage de l’Opéra Comique, où l’ouvrage a été régulièrement représenté jusqu’en 1914, notamment le 14 juillet, avant de disparaître jusque dans les années 1970 pour être reprise en 1979 avec Mady Mesplé. Mais on se souvient surtout de la production présentée en 1986 en ce même théâtre réunissant June Anderson, Alfredo Kraus et Michel Trempon… Il était donc à craindre que le passage de Favart au vaisseau Bastille desserve cette œuvre stéréotypée, où le compositeur italien n’a pu retrouver ni la verve ni l’inspiration de Don Pasquale et de l’Elixir d’amour

 Natalie Dessay (Marie)

C’était sans compter sur la mise en scène luxuriante de Laurent Pelly qui se déploie dans des décors parfaitement adaptés aux vastes dimensions du plateau de Bastille et qui renvoie fort bien les voix des protagonistes vers la salle. Créée en 2007 au Royal Opera House Covent Garden de Londres, cette production aura fait le tour du monde avant d’arriver à Paris. Nicolas Joël a eu raison de l’inviter, d’autant que Natalie Dessay est particulièrement à l’aise dans le cocon que lui érige Pelly, avec qui elle aime à travailler et sous la direction de qui elle a réalisé quelques-unes de ses prestations les plus réussies. Transposant l’action des guerres napoléoniennes au temps du premier conflit mondial, traitant fort à propos l’œuvre au second degré, voire au-delà, le directeur du Théâtre national de Toulouse Midi-Pyrénées se moque de l’armée française bleue horizon (il fait même appel à un char Renault FT-17), et de la bourgeoisie qui, fait étonnant le soir de la première, est la même que celle que l’on côtoie habituellement au Théâtre de Champs-Elysées et au Palais Garnier, et qui reste immuable depuis Louis Philippe... Tant et si bien que le public hilare se riait en fait de lui-même, plus ou moins conscient de se regarder dans un miroir. 


Natalie Dessay (Marie), Juan Diego Florez (Tonio), Alessandro Corbelli (Sulpice)


Les chanteurs se régalent de cette farce énorme, et se meuvent avec un naturel bon enfant dans l’espace et dans la direction d’acteur de Pelly, pour se donner avec une liberté telle que le chant se déploie avec un naturel incroyable. Ainsi, Juan Diego Florez peut-il enchaîner les contre-uts avec une aisance si extraordinaire que l’on ne ressent aucun effort ni excès de virtuosité, tandis que Natalie Dessay brûle les planches, jouant de sa souplesse physique et de sa féline physionomie avec une justesse et une générosité souveraines qui irradient la salle entière, suscitant l’enthousiasme du public à qui elle fait oublier une voix qui n’a plus l’assurance et l’ampleur d’antan, mais qui s’avère plus solide que dans ses dernières prestations à l’Opéra de Paris. 


Natalie Dessay (Marie)


Aux côtés de ce couple exceptionnel, l’excellent sergent Sulpice d’Alessandro Corbelli, qui en fait des tonnes sans pour autant forcer le trait, et l’on se plaît à retrouver Dame Felicity Lott qui campe une extravagante Duchesse de Crackentorp, tandis que Doris Lamprecht est une fantasque Marquise de Berkenfield. Le reste de la distribution (Francis Dudziak, Robert Catania, Daejin Bang, Olivier Girard) brosse d’attachants caractères. Homogène et coloré, se prenant au jeu de Pelly, le chœur de l’opéra de Paris participe à l’action avec un plaisir évident, à l’instar de l’orchestre dirigé avec allant par Marco Armiliato. Au total, une vraie partie de plaisir, ce qui est trop rare à l’Opéra de Paris pour s’en priver, menée avec entrain et esprit par une équipe de haut rang pour une œuvre de second rayon. Mais l’occasion ne nous est-elle pas trop souvent donnée de voir et d’écouter des partitions majeures confiées à des distributions de troisième ordre ?...
Bruno Serrou

Samedi 27 octobre 2012, Juan Diego Florez a bissé l'air "Ah mes amis!" devant une salle en délire. Il s'agit du premier bis de l'histoire de l'Opéra Bastille tiré d'un des airs les plus virtuoses dy répertoire (avec 9 contre ut)

Photos : (c) DR - Opéra national de Paris

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