Festival Berlioz, La Côte-Saint-André, église Saint-André, Saint-Antoine-l’Abbaye,
église, samedi 22 août 2015
Abbatiale de Saint-Antoine-l'Abbaye. Photo : (c) Bruno Serrou
Pour les trois premiers jours de
son édition 2015, le Festival Berlioz de la Côte-Saint-André a opté pour l’itinérance.
Après Corps, Laffrey, Grenoble et Vienne, c’est à Saint-Antoine-l’Abbaye, village
classé parmi les plus beaux de France, que la manifestation s’est arrêtée le
temps d’une belle soirée d’été pour un concert titré « Rois et Reine »
donné dans l’église monumentale qui abrite les reliques de saint Antoine l’Egyptien
ramenées des croisades en 1070 par le seigneur dauphinois Guigues Disdier.
Eglise de La Côte-Saint-André. Edgar Moreau (violoncelle) et Pierre-Yves Hodique (piano). Photo : (c) Bruno Serrou
Edgar Moreau et Pierre-Yves Hodique sur les routes de l’Allemagne romantique
En guise de prologue à cette
soirée de musique d’inspiration religieuse, l’église Saint-André de La Côte-Saint-André
a servi d’écrin au duo constitué par le violoncelliste Edgar Moreau et le
pianiste Pierre-Yves Hodique dans un programme intitulé « Sur les routes
de l’Allemagne romantique ». Après huit Romances sans paroles de Félix Mendelssohn-Bartholdy, séquence un
tantinet longuette mais jouée tout en joviale délicatesse, les deux jeunes
musiciens ont interprété avec allant deux œuvres de Robert Schumann, la Fantasiestücke op. 73 et l’Adagio et Allegro op. 70. La Sonate n° 1 pour violoncelle et piano en mi
mineur op. 38 de Johannes Brahms qui a suivi a été un moment de pure plénitude,
le duo en offrant une interprétation poétique et sensible. Pierre-Yves Hodique
jouant un piano léger et lumineux, a répondu avec délicatesse et souligné les
sonorités fruitées et gorgées de soleil d’Edgar Moreau, qui, installé à la limite du procenium pupitre loin de lui au pied de ce dernier, maîtrise désormais
un vibrato qui me paraissait voilà peu encore trop large et appuyé.
Abbatiale de Saint-Antoine-l'Abbaye. Photo : (c) Bruno Serrou
Saint-Antoine-l’Abbaye
Au cœur du charmant village de
Saint-Antoine-l’Abbaye, la gigantesque église abbatiale pourvue d’un orgue
monumental semble disproportionnée en regard du millier d’âmes dont elle est la
paroisse. C’est oublier que, située sur l’un des chemins de Compostelle, elle reçoit
les nombreux pèlerins qui se rendent au sanctuaire espagnol, et que les moines
bénédictins accueillaient dans l’hôpital qu’ils ont érigés sur ses flancs les
malades atteints du Mal des Ardents ou ergotisme. D’où la présence de nombreux
artisanats, commerces, restaurants et hôtels. Ce majestueux édifice a été le
cadre d’une soirée d’essence sépulcrale qui aurait eu toute sa place le jour de
la Fête des Morts, le 2 novembre.
Abbatiale de Saint-Antoine-l'Abbaye. Photo : (c) Bruno Serrou
Veillée funèbre animée par Hervé Niquet et son Concert Spirituel
Confiée à Hervé Niquet et à son
Concert Spirituel en coproduction avec le Palazzetto Bru Zane, cette soirée a
en effet aligné une série de quatre œuvres funéraires écrites par des
contemporains d’Hector Berlioz, dont la seule page jouée, la Méditation religieuse du trop rare triptyque
Tristia op. 18 H 119B qui associe à
ladite méditation la Mort d’Ophélie
et la Marche funèbre pour la dernière
scène d’Hamlet. La brièveté de cette page a semblé comme un alibi à ce concert
titré « Rois et Reine » présenté dans le cadre du Festival Berlioz. Deux
œuvres quasi-inconnues ont précédé cette pièce de Berlioz, la Marche funèbre pour les funérailles de l’Empereur
Napoléon pour orchestre que Daniel-François-Esprit Auber (1782-1871), l’auteur
de Fra Diavolo, a composée pour le dépôt
des cendres de Napoléon Ier au Invalides en 1840. A son écoute,
cette partition semble venir de quelque ouverture de Verdi et pourrait avoir
servi de modèle à une musique de film de Nino Rota, curieusement tronquée par Hervé
Niquet, au point que le public, surpris, ne remarqua que trop tard le passage
de cette première œuvre à la suivante, un requiem de Charles-Henri Plantade
(1764-1839), la Messe des morts, à la
mémoire de Marie-Antoinette dont il avait été le « compagnon musical ».
Cette promiscuité royale lui a valu la commande de cette partition pour chœur mixte
et orchestre par Louis XVIII pour les commémorations du trentenaire de la mort
de Marie-Antoinette en la basilique Saint-Denis. Il avait pourtant été un temps
le professeur de musique d’Hortense de Beauharnais, belle-fille de Bonaparte,
mais son retour en grâce à la seconde Restauration lui aura permis d’intégrer
le poste de Chef de la Chapelle Royale, qui l’a conduit à écrire des œuvres religieuses,
dont plusieurs messes mortuaires pour les cérémonies officielles organisées à
Saint-Denis, ainsi qu’un Te Deum et
un Salve Regina pour le sacre de
Charles X en la cathédrale de Reims en mai 1825. Dans son requiem célébrant la
mémoire de Marie-Antoinette, Plantade ne fait guère preuve de personnalité,
respectant par exemple la formule-type du Dies
Irae, chanté a capella, mais il réussit à susciter la surprise dans un Dona es requiem ponctué par trois
lugubres appels de cors solos en micro-intervalles, le premier étant
malencontreusement ripé par le cor solo du Concert Spirituel.
Saint-Antoine-l'Abbaye. Photo : (c) Bruno Serrou
La seconde partie du concert était
entièrement occupée par les cinquante minutes du Requiem en ut mineur que Luigi Cherubini composa en 1815 « à la mémoire de Louis XVI »
pour chœur mixte sans solistes et orchestre sans flûtes mais avec l’introduction
d’un tamtam utilisé en force dans le Kyrie.
Créée le 21 janvier 1816 en commémoration du transfert des dépouilles de Louis
XVI et de Marie-Antoinette à la nécropole royale de Saint-Denis, cette œuvre monumentale
est l’une des plus significatives de son auteur et suscitera plus tard l’admiration
de Berlioz.
Abbatiale de Saint-Antoine-l'Abbaye. Hervé Niquet, le choeur et l'orchestre Le Concert Spirituel. Photo : (c) Bruno Serrou
Instruments, articulations et locution latine à l'ancienne
Pour l’ensemble du concert, Hervé
Niquet, qui avait revêtu sa tenue de circonstance - costume noir à haut col
cintré de près, chaussures rouges, le tout lui donnant une silhouette digne de
Nosferatu -, a placé le chœur à l’avant-scène, douze hommes à cour, douze
femmes à jardin, le tiers de chaque groupe chantant assis, tandis que l’orchestre
était placé à l’arrière-plan, les voix apparaissant de ce fait plus présentes
que l’orchestre, souvent réduit au rôle d’assise sonore. Dans cette œuvre fréquemment
interprétée par Riccardo Muti à la tête d’orchestres d’instruments modernes,
les textures des cordes du Concert Spirituel sont apparues plus fines mais
aussi moins rondes parce que plus acides et rêches, tandis que les instruments
à vent, plus discrets mais aussi plus judicieusement fondus les uns dans les
autres qu’à l’ordinaire, ont fait un quasi sans faute, si l’on excepte l’erreur
d’attaque du cor solo dans le passage déjà cité dans le requiem de Plantade. Le
Chœur, qui s’exprimait dans la prononciation latine du XIXe siècle, à l’instar
de celui réuni la veille à Vienne sous la direction de François-Xavier Roth, s’est
avéré remarquable d’un bout à l’autre de la soirée.
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Après cette soirée lugubre mais
riche d’enseignements, le Festival Berlioz intègre ce dimanche soir la cour du
Château Louis XI de La Côte-Saint-André pour un concert réunissant à 21h les deux
volets de l’opus 14 d’Hector Berlioz, la Symphonie
fantastique et Lélio ou le Retour à
la vie, dirigés par John Eliot Gardiner à la tête de l’Orchestre Révolutionnaire
et Romantique et du National Youth Choir of Scotland. Auparavant, à 17h, en l’église
Saint-André, le Trio Pascal propose un concert Chopin/Wieniawski/Lipinski,
tandis qu’à 23h, la Taverne Corse ouvre ses portes avec l’Ensemble Tàlcini.
Bruno Serrou
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