Le compositeur Éric Montalbetti et ses interprètes offrent ici un remarquable CD de musique contemporaine, d’une sensualité éminente avivée par des résonances d’une variété singulière, une jouissance sonore communicative, une poésie qui attisent de véritables délices pour les oreilles, d’autant plus que les trois œuvres réunies sont servies par des interprètes de tout premier plan.
Directeur artistique de 1996 à
2014, de l’Orchestre Philharmonique de Radio dont Pierre Boulez célébrait les brillantes
capacités, Éric Montalbetti (né en 1968 à Boulogne-Billancourt) connait
intimement les caractéristiques, la richesse sonores et les aptitudes
techniques des formations symphoniques. Pendant les dix-huit années passées à
la tête du « Philhar » aux côtés de deux directeurs musicaux
successifs, l’Allemand Marek Janowski et le Sud-Coréen Myung-Whun Chung, tout
en travaillant avec les plus grands solistes et chefs d’orchestre
internationaux, il a mis de côté sa carrière de compositeur commencée dès l’âge
de onze ans parallèlement à des études de piano et d’orgue, pour la reprendre
en 2015, année de ses premières publications, signant depuis lors une trentaine
de partitions nouvelles, du solo - il remporta en 1990 le Prix de la Fondation Yehudi
Menuhin pour une Sonate pour violon seul
qui sera créée vingt-sept ans plus tard par David Grimal -, au concerto et à
l’orchestre symphonique.
Un soliste, trois chefs de renom et
autant d’orchestres d’excellence, voilà qui atteste de la qualité du carnet
d’adresse d’Eric Montalbetti élaboré en vingt ans de direction artistique et de
la qualité intrinsèque de sa création, qui met remarquablement en exergue les
capacités virtuoses, sonores et de musicalité des orchestres et des solistes, a
contrario des trop nombreux compositeurs qui cherchent à en flatter avant tout le
savoir-faire routinier en évitant la quête d’inouï. Éric Montalbetti se situe
au point de convergence des héritages qu’il revendique ouvertement, Claude
Debussy et Olivier Messiaen, ses « premiers héros », Pierre Boulez
dont il a suivi les cours au Collège de France, et de Tristan Murail. Une
synthèse qui lui permet de fondre modalité, sérialisme et spectre pour faire œuvre
personnelle et singulièrement expressive.
Le programme du présent disque s’ouvre
sur un Concerto pour flûte et orchestre intitulé
« Momente vivere » (Souviens-toi que tu es vivant) composé
en 2018 à la suite d’une commande de l’Orchestre de la Suisse Romande pour Emmanuel
Pahud, son dédicataire, qui en ont donné la création en mai 2019 au Victoria
Hall de Genève sous la direction de Jonathan Nott. Les trois entités musicales réunies
ici qui en sont les créateurs, donnent des six sections de l’œuvre qui sonnent
comme une prière célébrant les étapes de l’existence, une interprétation radieuse
et luxuriante, dans l’esprit de l’instrument à vent qu’est la flûte, d’une
volubilité infinie, qui symbolise ici le souffle de la vie, dont le compositeur
exploite la diversité technique, slap, sons doubles et triples, piqués, roulés,
vibrés, glissés, Flatterzunge…
A l’essence spirituelle du
concerto fait écho l’Ouverture
philharmonique pour grand orchestre d’une mobilité organique élancée.
Commande de l’Orchestre Philharmonique de Radio France, qui l’a créé le 1er
octobre 2021 à la Philharmonie de Paris dirigé par Mikko Franck, l’œuvre, qui concilie
harmonie modale et sérialisme, tient du concerto pour orchestre, avec, outre la
mise en évidence des premiers pupitres et des tutti des différentes sections, réserve une partie singulièrement
virtuose au premier violon solo. C’est la version révisée en 2021 qui est
publiée ici, avec la phalange qui en a donné la première exécution le 23 juin
2024 à Cologne, le Gürzenich Orchester Köln dirigé par Duncan Ward qui en
souligne à satiété la vivacité rythmique et la diversité des coloris.
C’est sur la partition la plus
développée - plus de trente minutes - que se conclut ce disque, une « fantaisie
symphonique après Paul Klee », l’un des peintres favoris de l’un des
référents d’Eric Montalbetti, Pierre Boulez, intitulée Eclair physionomique. Il s’agit d’une commande du Printemps des
Arts de Monte-Carlo - la partition est dédiée à son directeur artistique d’alors,
le compositeur Marc Monnet -, qui en a donné la première audition mondiale. Il
y est question d’amour, de contemplation, de désir et de plénitude qui
suscitent un onirisme captivant mêlé de déflagrations telluriques, ce qu’offrent
admirablement à entendre les interprètes, qui donnent à l’œuvre ses couleurs
scintillantes, ses jaillissements aux éclats hérités de Messiaen et de
Dutilleux, comme je l’écrivais au moment de la création de l’œuvre le 24 mars
2018 en l’Auditorium Rainier III de Monaco (voir http://brunoserrou.blogspot.com/2018/04/printemps-des-arts-de-monaco-decouvertes.html)
par l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo dirigé par Kazuki Yamada, envoûtant de virtuosité et
d'endurance, tenant l’auditeur en haleine jusqu'à l'orage final dont le
grondement s’éteint dans le lointain à la grosse caisse.
Bruno Serrou
1 CD
Alpha-Classics / Outhere Music 1113. Enr. : 2018, 2019, 2024. Durée :
1h09’21’’. DDD
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire