lundi 2 avril 2018

Le ténor français Michel Sénéchal est mort dimanche de Pâques, 1er avril


Michel Sénéchal (1927-2018). Photo : (c) Pedro Ruiz/Académie internationale de musique française

Michel Sénéchal, grande figure de l’art lyrique français, est mort dans la nuit de samedi à dimanche dans un hôpital de la région parisienne, à Eaubonne (Val d’Oise), à l’âge de 91 ans. Ce ténor dit « de caractère » tant sa voix était haut-perchée et reconnaissable entre toutes, et dont la carrière internationale a porté l’art du chant français dans le monde entier, était doué d’un humour contagieux. Mourir un 1er avril est donc loin d’être anecdotique…

Photo : (c) Opéra de Marseille

Né à Paris le 11 février 1927, vivant à Taverny depuis son enfance, il s’est autant illustré dans l’opéra que dans l’opéra-comique, de Rameau à Ravel, d’Offenbach à Dvorak. Mais ses personnages les plus représentatifs sont ceux du rôle-titre de Platée de Rameau, qu’il aborde pour la première fois au Festival d’Aix-en-Provence sous la direction de Hans Rosbaud (EMI, 1956), et de la Théière, la Rainette et Arithmétique dans l’Enfant et les sortilèges ainsi que l’Heure espagnole de Ravel qu’il enregistre tous deux avec Lorin Maazel (DG), se produisant dans les grands théâtres lyriques de la planète, notamment au Metropolitan Opera de New York, où il a débuté en 1982 dans le rôle de Frantz des Contes d’Hoffmann, et dans les festivals les plus réputés, particulièrement celui d’Aix-en-Provence, où il s’est illustré pendant un quart de siècle, ainsi qu’au Festival de Salzbourg. Pédagogue, il militait pour la réhabilitation du chant français, et fondant avec Georges Prêtre l’association L’Art du chant français pour la défense et la promotion du patrimoine musical et lyrique. Jusqu’en 1994, il dirige l’Ecole d’art lyrique de l’Opéra de Paris, puis en mai 2008, il lance avec Gabriel Bacquier en faveur des chanteurs français qui ne trouvent plus d’engagements sur les scènes lyriques de leur propre pays, avant de participer en 2014 à l’Académie internationale de musique française lancée par Michel Plasson.

Michel Sénéchal dans le rôle de Platée de Rameau. Photo : DR

Michel Plasson avec qui il a enregistré nombre de disques, entre autres Orphée aux Enfers, La Vie parisienne et La Périchole d’Offenbach (EMI). Ce sont les rôles de « caractère » qui lui avaient ouvert les portes des lieux les plus prestigieux, dont celles de Salzbourg, où l’avait appelé Herbert von Karajan pour qui il sera Basilio des Noces de Figaro, le Dancaïre de Carmen, Goro dans Madama Butterfly, Alcidoro et Benoît dans La Bohème, Roderigo dans Otello, aux côtés de Mirella Freni et de Jon Vickers… A l’Opéra de Paris, il est l’Innocent dans Boris Godounov, Frantz des Contes d’Hoffmann, Basilio dans les Noces de Figaro. Puis il se fait une spécialité de personnages comme Triquet dans Eugène Onéguine, Guillot dans Manon, Spoletta dans Tosca, Altoum dans Turandot, Valzacchi dans le Chevalier à la rose, l’Aumônier dans Dialogues des Carmélites, rôle dans lequel il fait ses adieux à l’Opéra de Paris en novembre 2004. Il participe à la création de Saint François d’Assise de Messiaen en 1983 à l’Opéra de Paris où il est Frère Elie, de Montségur de Marcel Landowski en Fabien au Capitole de Toulouse en 1985, Doktor Faustus (pape Léon X) de Konrad Boehmer à l’Opéra de Paris en 1985. Il participe également à la première française de plusieurs ouvrages de Benjamin Britten.

Michel Sénéchal dans le rôle de Frère Elie de Saint François d'Assise d'Olivier Messiaen. Photo : (c) Jean-Pierre Muller

Après ses études au Conservatoire de Paris où il est l’élève de Gabriel Paulet, Michel Sénéchal fait ses débuts en 1950 sur la scène du Théâtre de la Monnaie de Bruxelles, où il réside pendant trois ans. Après un Premier Prix au Concours de Genève en 1952, il est engagé par Gabriel Dussurget au Festival d’Aix-en-Provence, où il interprète les grands rôles mozartiens (l’Enlèvement au sérail, les Noces de Figaro, Cosi fan tutte, la Flûte enchantée) et rossiniens (le Barbier de Séville, le Comte Ory), ainsi que Mireille de Gounod. A la fin de sa carrière, c’est le Théâtre du Châtelet qui l’invite à se produire dans les Mamelles de Tirésias, l’Enfant et les sortilèges, la Belle Hélène.

Bruno Serrou

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