vendredi 30 octobre 2015

CD : Witold Lutoslawski par Krystian Zimerman, Simon Rattle et l’Orchestre Philharmonique de Berlin


Witold Lutoslawski (1913-1994) est assurément le plus grand des compositeurs polonais - si l’on considère Frédéric Chopin comme autant Polonais que Français et qu’il se consacra quasi exclusivement au piano -, et l’un des plus inventifs et originaux de tous ceux de sa génération, d’autant que sa création ne compte aucune faiblesse.  

Le Concerto pour piano et orchestre est une œuvre tardive de Witold Lutoslawski, puisqu’elle date de la seconde moitié des années 1980. D’aucuns se souviennent qu’il était venu le diriger à Salle Pleyel à la tête de l’Orchestre de Paris avec en soliste son compatriote Krystian Zimerman, dédicataire du concerto avec qui il l’a enregistré en 1989 en compagnie de l’Orchestre Symphonique de la BBC, déjà pour le label DG. Composé en 1988, ce Concerto est une œuvre nuancée, parfois aux limites du silence, avec ses intensités qui frisent le murmure, sa luminosité assez française - l’on sait combien Lutoslawski était épris de poésie française – son onirisme original. Lutoslawski use d’éclats dissonants tout en se tournant vers le grand concerto romantique dans la mouvance du Deuxième de Brahms avec ses quatre mouvements, qui s’enchaînent quant à eux. On y trouve aussi des traces de Bartók dans le mouvement lent au climat nocturne. Somptueusement soutenu par Simon Rattle et un Orchestre Philharmonique de Berlin liquide et velouté, Krystian Zimerman donne à « son » concerto toute sa magnificence, son éclat, grâce à son toucher cristallin et à sa virtuosité éblouissante qui se joue en toute simplicité des redoutables difficultés de cette partition.

Witold Lutoslawski et Krystian Zimerman. Photo : DR

Composée en 1966-1967, soit un quart de siècle après la Première et onze ans avant la Troisième, la Symphonie n° 2 - dont le second mouvement a été créé dès 1966 à Hambourg sous la direction de Pierre Boulez à la tête de l’Orchestre de la Norddeutscher Rundfunk, son commanditaire, huit mois avant la première exécution de l’œuvre entière par l’Orchestre de la Radio Polonaise dirigé par le compositeur -, compte deux mouvements joués dans leur continuité et mêlant une part d’aléatoire - les parties instrumentales sont précisément notées, tandis que leur coordination est organisée avec des éléments soumis au hasard -, et ponctués d’accords rugueux et éruptifs. Le premier se présente sous la forme d’une suite de séquences réunissant chacune divers petits groupes instrumentaux et s’achevant par un court refrain joué par trois instrumentistes qui n’ont précédemment jamais été intégrés à un groupe. Le finale se subdivise en cinq parties toujours plus rapides et sonores. La direction lumineuse de Simon Rattle stimule l’Orchestre Philharmonique de Berlin, dont les timbres luxuriants exaltent une œuvre d’une beauté saisissante.

Bruno Serrou

1 CD DG 479 4518 (Universal Classics) (62mn 17s)

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