samedi 25 avril 2015

Le Festival de Pâques de Deauville a révélé un nouvel orchestre de jeunes professionnels, le Secession Orchestra, et son chef de 33 ans, Clément Mao-Takacs

Deauville (Calvados), Festival de Pâques de Deauville, Salle Elie de Brignac, samedi 18 et dimanche 19 avril 2015

Photo : (c) Bruno Serrou

Le Festival de Pâques de Deauville (1), qui, dans la perspective de sa vingtième édition l’an prochain, lance une collection de disques publiés par un nouveau label émanation de l’ensemble Le Balcon (d’où le « B ») (2), a révélé en dix-huit ans grand nombre de jeunes musiciens, dont plusieurs chefs et orchestres, ces derniers dans le cadre de l’Atelier de musique, qu’ils soient baroques, classiques ou modernes. Après le Cercle de l’Harmonie de Jérémie Rohrer, Le Balcon de Maxime Pascal, les Ensembles Orfeo55, Pygmalion, Initium, les Cris de Paris, Vocal Aedes, les Quatuors Eben, Ardeo, Hermès, Zaïde, les Trios Karénine, Dali, etc., la manifestation accueille cette fois une formation vouée au répertoire des XXe et XXIe siècles, le Secession Orchestra.

Irina de Baghy (mezzo-soprano), Clément Mao-Takacs et le Secession Orchestra. Photo : (c) Bruno Serrou

Cet orchestre jouant sur instruments modernes a ouvert le week-end dernier l’édition 2015 de la manifestation. Secession Orchestra, qui renvoie à la Sécession viennoise (1892-1906), mouvement artistique qui compte parmi ses figures de proue le peintre Gustav Klimt et l’architecte Otto Wagner, tandis que, côté musique, Gustav Mahler et le représentant emblématique, son nom trahit ses objectifs. Cette formation d’une quarantaine de musiciens est placée sous la direction musicale et artistique de Clément Mao-Takacs, qui l’a fondé voilà quatre ans. Né à Paris en 1980, ce jeune chef français aux origines bretonnes et Mittle-Europa est lauréat du festival de Bayreuth et du prix Jeune Talent de la fondation Del Duca de l’Institut de France. « Tandis que mon contrat de chef assistant à l’Opéra de Rome touchait à sa fin, j’ai eu l’idée de recruter sur audition des musiciens qui sortaient du Conservatoire National de Musique et de Danse de Paris, se souvient Mao-Takacs. La cohésion s’est faite à force de travail, et les liens d’amitié se sont forgés peu à peu. Nous organisons autant de répétitions que nécessaire, sans autre limites que l’accomplissement d’un ensemble de musique de chambre. » Basé à Paris, donnant soixante concerts par an à travers l’Europe, le Secession Orchestra est une formation à géométrie variable fondée sur un noyau de trente-cinq musiciens.

Clément Mao-Takacs et le Secession Orchestra. Photo : (c) Claude Doaré

A Deauville, dans une salle peu garnie mais à l’écoute, ce sont des arrangements pour ensembles d’œuvres à gros effectifs qui ont été retenus. Ainsi, la Passacaille Op. 1 d’Anton Webern superbement arrangée par Henri Pousseur, et la Symphonie n° 1 « Titan » de Gustav Mahler transcrite par Klaus Simon (remplaçant les timbales par un piano et des timbres manquant par un accordéon) à la demande d’Universal Edition de Vienne se sont imposées par leur transparence mettant en avant la diversité des voix instrumentales tout en préservant la richesse des timbres et des dynamiques, tandis que les musiciens, à découvert, ont vaillamment relevé les défis suscités par des textures plus aérées. La mezzo-soprano canadienne Irina de Baghi a donné une vibrante interprétation des Wesendonck Lieder.

Ensemble Messiaen. Photo : (c) Claude Daoré

Autre concert, celui de l’Ensemble Messiaen. Cette formation qui réunit le clarinettiste Raphaël Sévère, le violoniste David Petrlick, le violoncelliste Volodia Van Keulen et le pianiste Théo Fouchenneret, a donné du Quatuor pour la fin du temps (1940-1941) du compositeur dont il porte le nom une interprétation encore un peu timorée mais porteuse de promesses. En ouverture de ce concert, le clarinettiste, le violoniste et le violoncelliste, associés à Verena Chen (violon), Adrien Boisseau (alto) et Guillaume Vincent (piano), ont mis en exergue le classicisme de l’écriture et de l’inspiration d’Im Fremden Land pour clarinette, quatuor à cordes et piano (2002) de Philippe Hersant dont la genèse paraît être de trente ans antérieure à celle du quatuor de Messiaen.

Bruno Serrou

1) Jusqu’au 2 mai. Rés. : (+33) 02.31.14.14.74. www.musiqueadeauville.com

2) B Records (distribution Naïve) : 1 CD Leoš Janáček (Quatuor à cordes n° 2 « Lettres intimes », Pohadka pour violoncelle et piano, Concertino pour piano, deux violons, alto, clarinette, cor et basson) LBM 001, et 1 CD Félix Mendelssohn-Bartholdy (Quatuor à cordes n° 3 op. 3, Sextuor op. 110) LBM 003. 

Article en partie paru dans le quotidien La Croix le 25 avril 2015

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