vendredi 3 janvier 2014

L’Orchestre de l’Opéra de Paris et son directeur musical Philippe Jordan ont donné la Symphonie “Résurrection” de Gustav Mahler en prologue à l’année 2014

Paris, Opéra de Paris-Bastille, lundi 30 décembre 2013

Philippe Jordan. Photo : DR

Tandis que toutes les formations parisiennes se pliaient à la traditionnelle trêve des confiseurs pour prendre quelque repos, à l’instar des footballeurs et autres sportifs, l’Orchestre de l’Opéra national de Paris, déjà fort occupé dans ses deux salles par les représentations lyriques et chorégraphiques maison, a proposé l’avant-veille du 1er janvier 2014 un concert avec son Chœur. La salle était archi-comble, démontrant ainsi combien Paris n’est pas si désert qu'on le dit en période de fêtes de fin d’année, et le public présent a pu côtoyer le directeur désigné de l’Opéra de Paris, Stéphane Lissner, qui doit prendre ses fonctions dans le courant ce nouveau millésime.

Au programme, une œuvre dont le titre résonnait à l’esprit du public comme une lueur d’espérance, arrivé au terme d’une année 2013 dominée par la sinistrose et l’angoisse du lendemain. La Symphonie n° 2 en ut mineur (1893-1894) de Gustav Mahler commence en effet sur une monumentale marche funèbre tendue comme un arc titubant en cinq sections intitulée Totenfeier (Cérémonie funèbre) que Mahler composa parallèlement à sa Symphonie n° 1, en 1888, et se concluant en apothéose sur un lumineux finale composé sur un poème de Friedrich Gottlieb Klopstock (1724-1803), Auferstehung (Résurrection) que Mahler entendit lors des funérailles de Hans von Bülow, en février 1894, les deux volets extrêmes étant réunis par trois mouvements ouvrant peu à peu sur la lumière. Le centre de la partition est le bref mais sublime Urlicht (Lumière originelle) pour mezzo-soprano et orchestre, « Ô rose rouge : / l’homme est dans la misère la plus grande, / l’homme est dans la plus grande souffrance / ah, combien je préfèrerais être au ciel !… »

 
Philippe Jordan et l'Orchestre de l'Opéra national de Paris, à l'Opéra-Bastille. Photo : DR

A la tête d’un Orchestre de l’Opéra national de Paris aux sonorités de braise, dont l’homogénéité s’est imposée peu à peu, après un Allegro maestoso initial un peu trop haché, Philippe Jordan a donné de la Résurrection une lecture au cordeau, serrant les tempi tout en maintenant une souplesse qui lui aura permis d’éviter pathos et emphase, pour instiller à l’œuvre l’élan de la jeunesse, mais aussi virulence, ampleur, onirisme et éclat. Dans l’Urlicht, l’excellente mezzo-soprano bavaroise Michaela Schuster entendue en 2012 à l’Opéra de Paris-Garnier dans Capriccio de Richard Strauss (Clairon) a magnifié sa prestation de son timbre moelleux et son nuancier extraordinairement expressif. La soprano allemande Julia Kleiter lui a donné une réplique chaleureuse dans le finale, où le Chœur a su se montrer à la hauteur de la vision du chef, cohérent et engagé à souhait. 

Bruno Serrou

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