mardi 20 décembre 2016

Eine Nacht in Venedig de Johann Strauss fils au rythme jaillissant

Lyon. Opéra national de Lyon. Dimanche 18 décembre 2016

Johann Strauss fils (1825-1899), Eine Nacht in Venedig. Photo : © Stofleth

Johann Strauss fils fait danser l’Opéra de Lyon pour les fêtes de fin d’année avec Une nuit à Venise, opéra comique en trois actes carnavalesque aux dialogues opportunément adaptés par Peter Langdal.

Composé en 1883, quelques mois après le décès de Richard Wagner le 13 février à Venise, Une nuit à Venise (Eine Nacht in Venedig) a pour cadre le fameux carnaval organisé par la Cité des Doges la décade précédant le Mercredi des Cendres. L’œuvre suscita à sa création l’hilarité du public pour son livret à l’humour pesant voire consternant de Franz Zell et Richard Genée adapté de le Château trompette d’Eugène Cormon donnant souvent dans le ridicule, un « bric-à-brac confus », comme le reconnaissait Johann Strauss : un duc volage, un vieux sénateur jaloux, une épouse trop jeune et trop jolie pour rester auprès de son barbon de mari, un séduisant neveu, un jeune cuisinier intrépide, quelques jeunes filles à marier et un barbier plein de ressources pour mener la danse… Tous ces personnages ont une nuit pour dénouer l’embrouillamini né de la jalousie du vieux sénateur et de son désir de soustraire sa femme aux visées du duc.

Johann Strauss fils (1825-1899), Eine Nacht in Venedig. Photo : © Stofleth

A l’époque de la genèse de l’œuvre, Venise, longtemps possession autrichienne, et son carnaval étaient fort courus par les nostalgiques Viennois. Mais, à l’exception du cadre, Strauss n’introduit aucun élément italien dans sa musique, qui enchâsse valses et airs tous plus séduisants et enchanteurs les uns que les autres.

Après une première annulée et une deuxième devant un rideau de scène fermé pour cause de revendications d’un syndicat de techniciens, le spectacle de fin d’année de l’Opéra de Lyon a pu être enfin donné dans son intégrité dimanche dernier devant un parterre fourni où l'on dénombrait autant de cheveux blancs que de familles nombreuses, certains assistant pour la première fois à un spectacle lyrique et s’enthousiasmant de sa magie. 

Johann Strauss fils (1825-1899), Eine Nacht in Venedig. Photo : © Stofleth

Dans cette nouvelle production, collaboration des Opéras de Lyon et de Graz en Autriche, Une nuit à Venise est donnée dans sa langue originale mais non sans actualisations et améliorations bienvenues façon vaudeville, et dans l'orchestration d’Erich Wolfgang Korngold, l’auteur entre autres de la Ville morte et qui fixa les canons de la musique des films hollywoodiens, jusqu’aux pâles copies de John Williams.

Le chef italien Daniele Rustioni, nouveau directeur musical de l’Opéra de Lyon, met subtilement en exergue les rutilances de l’orchestration de Korngold, en soulignant timbres, luminescences, enchaînant les valses avec une joie jaillissante, et donnant à l'ensemble une pulsion fébrile. 

Johann Strauss fils (1825-1899), Eine Nacht in Venedig. Photo : © Bruno Serrou

Dans de naïfs costumes de Karin Betz et décors stylisés et plus naïfs encore d’Ashley Martin-Halle où un lit s’impose entouré d’un pont vénitien épuré, de fauteuils et de canapés, le metteur en scène danois Peter Langdal n’en rajoute pas dans la gaudriole, et l’on ne s’ennuie pas dans ces imbroglios continuels. La distribution est dominée par l’infatigable Lothar Odinius, duc renvoyant à Casanova, et tous les protagonistes s’en donnent à cœur joie avec un bonheur contagieux, particulièrement Caroline MacPhie (Barbara), Evelin Novak (Annina), Jasmina Sakr (Ciboletta), Piotr Micinski (Delacqua), Matthias Klink (Caramello). Le Chœur de l’Opéra de Lyon n’est pas en reste.

Bruno Serrou

Article paru dans le quotidien La Croix mardi 20 décembre 2016

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