samedi 24 décembre 2016

CD et DVD : Daniel Barenboïm chez Warner Classics et EuroArts


Citoyen du monde - né à Buenos Aires d’une famille d’origine juive et russe, installé à Berlin, il possède quatre citoyennetés, argentine, israélienne, palestinienne et  espagnole -, pianiste et chef d’orchestre engagé dans la vie publique -, Daniel Barenboïm est un militant intrépide en faveur de la paix et de la politique musicale. Il a commencé le piano à l’âge de quatre ans, élève de ses parents, disciple d’Igor Markevitch et de Wilhelm Furtwängler en direction, il a également étudié l’harmonie et la composition à Paris auprès de Nadia Boulanger. Directeur musical et artistique de l’Opéra de Berlin Unter den Linden et de son orchestre, la Staatskapelle de Berlin, directeur et co-fondateur du West-Eastern Divan Orchestra qui réunit jeunes musiciens israéliens et palestiniens, ex-directeur musical de l’Orchestre de Paris, du Chicago Symphony Orchestra et de la Scala de Milan, Daniel Barenboïm est l’une des grandes figures musicales de notre temps. Le monde de la musique s’apprête à célébrer le 15 novembre 2017 ses soixante-quinze ans.

C’est dans cette perspective que l’un de ses principaux éditeurs discographiques de Daniel Barenboïm, Warner Classics, publie une intégrale de ses enregistrements consacrés à Beethoven tandis qu’EuroArts propose une série de documents et de concerts filmés. Au total, plus de deux jours et demi d’écoute sans interruption. Daniel Barenboïm est réputé hyperactif. Outre ses nombreuses activités et fonctions, il est un boulimique du disque. Rien que pour Beethoven, trois intégrales des sonates pour piano, une autre pour le DVD, trois intégrales des concertos, deux versions des Diabelli et des symphonies, trois Fidelio (un en CD, deux en DVD), une Missa solemnis, le Triple concerto, le Concerto pour violon, une intégrale des sonates pour violon et piano, une autre pour violoncelle et piano, une autre encore des Trios avec piano, le Quintette pour piano et instruments à vent… Se trouve-t-un autre musicien qui puisse revendiquer pareille somme ?...


35 CD Barenboïm joue et dirige Beethoven chez Warner

Chez Warner, un coffret de trente-cinq CD, avec les reproductions des pochettes d’origine, vient de paraître pour en faire la démonstration et convaincre combien Barenboïm a d’affinité avec Beethoven. Ce ne sont pas les premières gravures des concertos pour piano de Beethoven réalisées dans les années 1960 dirigées par Otto Klemperer qui ont été retenues, mais celles que Barenboïm a enregistrées en dirigeant du piano. Ce coffret présente le legs du seul interprète à avoir enregistré un aussi vaste pan de la création beethovénienne, tant comme pianiste que comme chef d’orchestre. En effet, presque tout ce qu’il est possible chez Beethoven d’interpréter du piano et du podium de chef d’orchestre est joué et enregistré par Barenboïm, des trente-deux sonates pour piano à l’opéra Fidelio, en passant par les Variations Diabelli, les Sonates pour violon et piano, les Sonates, Variations et Allegrettos pour violoncelle et piano, les Trios et les Variations pour violon, violoncelle et piano, ainsi que le Trio pour clarinette, violoncelle et piano, le Quintette pour piano et instruments à vent, les sept Concertos (cinq pour piano, le triple et celui pour violon), la Fantaisie chorale, les neuf Symphonies, les Ouvertures et la Missa solemnis. Enregistrements réalisés entre 1966 et 1999, soit trente-trois années de vie artistique résumées en trente-cinq CD monographiques. La musique de chambre permet de retrouver Barenboïm dans la plénitude de ses vingt-cinq ans, en compagnie de sa première épouse, Jacqueline Du Pré, dans les Trios et les Sonates pour violoncelle, ainsi que l’ami du couple Pinchas Zukerman dans les Trios et les Sonates pour violon, le Concerto pour violon est réalisé avec Itzhak Perlman qui se retrouve dans le Triple concerto en compagnie de Yo-Yo Ma au violoncelle.

Pour les Sonates pour piano, il s’agit de la première intégrale de Barenboïm réalisée dans les années 1960 (EMI), de la deuxième intégrale des Concertos pour piano, Barenboïm dirigeant du piano l’Orchestre Philharmonique de Berlin en 1986-1987 ainsi que la Fantaisie chorale et les ouvertures (EMI), la première intégrale des Symphonies captée en 1999 avec la Staatskapelle de Berlin, ainsi que Fidelio avec les forces de l’Opéra d’Etat de Berlin (Teldec), les Diabelli en 1991, le Quintette en 1993 et la Missa solemnis avec le Symphonique de Chicago en 1993 pour Erato.

Tout n’est certes pas irréprochable, dans cette somme. La Missa solemnis est trop emphatique, Fidelio subit des modifications incompréhensibles (Leonore II sert d’ouverture, des numéros sont inversés, absence des dialogues), les Sonates pour piano sont encore influencées par les maîtres de Barenboïm que sont Otto Klemperer et Claudio Arrau, tandis que concertos et symphonies sont marqués du sceau de Furtwängler par leur ampleur et leurs larges respirations au détriment du rythme et de la souplesse. Mais la musique de chambre irradie de joie de vivre et d’exaltation, tandis que la musicalité et la sincérité de l’interprète Barenboïm sont constantes, tout au long des trente-cinq disques.


14 DVD Barenboïm chez EuroArts

Côté DVD, présentés dans un boîtier format CD, l’hommage est centré sur le pianiste Daniel Barenboïm à travers un florilège de concertos, de sonates et de récitals, le tout complété par un remarquable documentaire. Il s’agit de la totalité des DVD que le label EuroArts a consacrés au musicien. Ils sont déjà tous disponibles séparément, y compris le documentaire paru en 2011. Les Variations Goldberg de Bach bénéficient d’une interprétation sensible et d’un classicisme de bon aloi, enrichi d’une subtilité de toucher impossible à atteindre sur un clavecin. Cet enregistrement est précédé d’une introduction de dix minutes de l’œuvre par le pianiste. Les deux récitals Liszt de 1985 sont de grande qualité. Ils comprennent les deux premières Années de pèlerinage (Suisse et Italie) ainsi que les transcriptions d’opéras de Verdi et de Wagner, et de la première des Légendes, Saint François d’Assise. La prédication aux oiseaux. L’enregistrement réalisé en 2007 à La Scala de Milan est plus représentatif de l’art de Barenboïm que celui capté à Bayreuth en 1985, plus contraint. L’intégrale des Sonates pour piano de Mozart est très séduisante et n’a pas de concurrence audiovisuelle pour le moment.

Le récital de Buenos Aires en 2000, avec la Sonate KV. 330 de Mozart, l’Appassionata de Beethoven et les deux livres d’Iberia d’Albéniz ainsi que les nombreux bis, le documentaire de 2001, et l’intégrale des Concertos pour piano de Beethoven de 2007 sont excellents et fort bien filmés par l’équipe de Paul Smaczny. Il convient également d’ajouter les huit derniers Concertos pour piano de Mozart avec le Philharmonique de Berlin, que Barenboïm dirige du piano, et les deux Concertos pour piano de Brahms avec l’Orchestre Philharmonique de Munich dirigé pesamment par Sergiu Celibidache en 1991.

Au total, une somme en deux volumineux coffrets de haute tenue et de grande valeur consacrée à l’un des artistes les plus captivants de sa génération.

Bruno Serrou

35 CD Warner Classics 01900295 922580. Enregistrements : 1966-1995. Durée : 36h 15mn 17s. 14 DVD EuroArts 2063090. Enregistrements : 1985-2007. Durée : 24h 00mn.

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