mercredi 27 août 2014

Jour de fête pour les jeunes musiciens de l’Annecy Classic Festival et de l’Annecy Campus Orchestra

Annecy (Haute-Savoie), Ve Annecy Classic Festival, Musée-Château et Eglise Sainte-Bernadette, mardi 26 août 2014

Annecy, le Château-Musée. Photo : (c) Bruno Serrou

Les jeunes musiciens étaient à la fête, hier, à l’Annecy Classic Festival. Tout d’abord en duo de sonate, avec un récital flûte et piano dans la salle mythique du festival annécien du Musée-Château, où Eliane Richepin dispensait ses cours publics réunissant deux jeunes musiciens français : le flûtiste Clément Dufourt, élève de Philippe Bernold, et le pianiste Tristan Pfaff, élève de Michel Béroff et d’Aldo Ciccolini, deux Révélations classiques de l’ADAMI en 2006 et du programme « Déclic » de CulturesFrance en 2007 qui entretiennent une commune passion musicale et aiment à se produire ensemble. Malgré la pluie, le public est venu en nombre découvrir ces deux musiciens au seuil d’une carrière prometteuse...

Annecy Classic Festival. Annecy, Château-Musée : Tristan Pfaff (piano) et Clément Dufourt (piano). Photo : (c) Yannick Perrin

Duo Clément Dufourt (flûte) / Tristan Pfaff (piano)

Plus connue dans sa transcription pour violon et piano réalisée pour David Oïstrakh et Lev Oborine par son auteur en 1943, la Sonate pour flûte et piano en ré majeur op. 94 de Serge Prokofiev aux contours classiques est dans sa forme initiale créée en septembre 1943 par Nikolaï Charkovski et Sviatoslav Richter ludique et pétillante, avec un épisode central au caractère idyllique. Clément Dufourt et Tristan Pfaff en ont donné une lecture élégante et lyrique, le flûtiste attestant d’une virtuosité naturelle de bon aloi. Composée dans l’urgence en 1898 pour un concours de flûte du Conservatoire de Paris remporté par Gaston Blanquart qui l’obligea à confier à Charles Kœchlin l’orchestration de sa musique de scène pour le Pelléas et Mélisande de Maeterlinck, la Fantaisie pour flûte et piano en mi mineur op. 79 de Gabriel Fauré a suscité des plaintes de son auteur auprès de Kœchlin : « Je suis plongé jusqu’au cou dans gammes, arpèges et staccati ! J’ai déjà commis cent-quatre mesures de cette pénible torture… » Il est clair à l’écoute que cette pièce, qui a ennuyé son auteur, ne passionne pas davantage l’auditeur, même sous les doigts de Dufourt et Pfaff, qui en ont offert une interprétation aussi scintillante que possible. Les deux jeunes musiciens français ont en revanche tiré tout le bonheur de jouer possible de la belle Sonate pour flûte et piano de Francis Poulenc, qui la créa à Strasbourg en juin 1957 avec Jean-Pierre Rampal, l’une des pages les plus accomplies du répertoire pour ce duo d’instrument à vent et clavier. Les deux interprètes ont brillé par leur virtuosité commune qui a mis en exergue l’impression de liberté improvisée de l’écriture et de l’inspiration de Poulenc, le pianiste sachant s’effacer devant le chant tout en délicatesse de la flûte autant que dialoguer de concert avec brio avec cette dernière dans les passages les plus lyriques et étincelants.

Annecy Classic Festival. Annecy Campus Orchestra répète avec Fayçal Karoui. Photo : (c) Yannick Perrin

Annecy Campus Orchestra

Contrairement à la session 2013 où ils étaient associés à de jeunes étudiants et professionnels de 9 à 20 ans venus d’Irkoutsk (voir http://brunoserrou.blogspot.fr/2013_08_01_archive.html), le Campus d’orchestre d’Annecy Classic Festival 2014 a réuni à partir du 15 août les seuls stagiaires directement inscrits au cursus annécien, ouvert il est vrai aux étrangers comme aux Français. Cent-quatre participants venus des quatre coins du monde ont travaillé sous la direction de Fayçal Karoui, directeur musical de l’Orchestre de Pau Pays de Béarn qu’il a construit de toutes pièces voilà une dizaine d’années, et encadrés de musiciens de l’Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg un programme de caractère festif fait d’œuvres des Etats-Uniens George Gershwin et Leonard Bernstein, et du Mexicain Arturo Márquez.

Car, a contrario d’Académies comme celle du Festival Berlioz, qui s’adresse à de futurs musiciens d’orchestre professionnels, ou comme l’Orchestre Français des Jeunes, qui travaille des programmes ambitieux comprenant des partitions concertantes et symphoniques d’envergure dans lesquelles ils sont appelés à se produire en plusieurs lieux - ce qui pourrait néanmoins être envisagé à Annecy, considérant le fait que cette académie a la chance de se tenir à proximité de son équivalent vocal, ce qui pourrait permettre la programmation d’œuvres pour chœur et orchestre -, l’Annecy Campus Orchestra entend rassembler des jeunes instrumentistes étudiants des conservatoires pour les former au métier de l’orchestre dans un esprit bon enfant et dans des œuvres au caractère à la fois ludique et pédagogique et dans le but de se produire en public dans une œuvre concertante avec le pianiste Denis Matsuev à l’issue du stage. Ainsi, au lieu de Beethoven, Schubert, Berlioz, Brahms, Bruckner, Franck, Saint-Saëns, Dvorak, Debussy, Mahler, R. Strauss, Sibelius ou Ravel, Fayçal Karoui a choisi pour cette session 2014 de travailler des pages festives, Rhapsody in Blue pour piano et orchestre de George Gershwin, une succession de pages parmi les plus fameuses de West Side Story de Leonard Bernstein et le deuxième Danzón  d’Arturo Márquez.

Le Concert de clôture du stage Annecy Campus Orchestra 2014

Annecy Classic Festival. Denis Matsuev (piano), Fayçal Karoui (direction), Annecy Campus Orchestra. Photo : (c) Yannick Perrin

Durant leur concert public de clôture de stage donné hier après-midi en l’église Sainte-Bernadette, les jeunes musiciens de l’Annecy Campus Orchestra s’en sont donné à cœur joie dans le répertoire retenu cette année, ne faisant guère dans la dentelle, à l’instar de leur parrain Denis Matsuev, avec qui ils ont rivalisé de puissance dans l’œuvre concertante, le nuancier étant pour confiné dans un registre situé entre forte et fortississimo… Il n’en est pas moins sorti quelques traits d’orchestre des plus réussis, notamment du côté des bois (flûte, hautbois, clarinette, saxophone et basson) et cuivres (cor, trompette, trombone, tuba basse - ce dernier tenu par un tuteur) solistes, tandis que les cordes ont eu du mal à émerger du grondement quasi assourdissant du piano et des instruments à vent dans la Rhapsodie in Blue. Pour en rester à l’influence du jazz nord-américain, poussé par les ovations d’un public plus jeune que de coutume, Denis Matsuev s’est lancé dans deux très longs bis d’improvisations jazz façon Erroll Garner (1921-1977) mais en plus terrien dans lesquels le pianiste russe a joué de plus en plus fort avant de conclure dans deux brefs piani.

Annecy Classic Festival. Denis Matsuev (piano), Fayçal Karoui (direction), Annecy Campus Orchestra. Photo : (c) Yannick Perrin

La suite d’orchestre de West Side Story de Bernstein qui a suivi a été bienvenue pour sortir le public du long tunnel d’improvisation pianistique, réveillant la salle entière. Celle-ci s’est mise au diapason des jeunes assemblés sur le plateau qui se sont lancés dans un swing communicatif sur les rythmes haletants des morceaux les plus enlevés de la suite tirée par Bernstein de son musical, mais en négligeant plus ou moins le lyrisme des scènes d’amour et de désarroi. Pour clore le programme, une pièce tout aussi entraînante que celle de Bernstein mais en beaucoup moins raffiné, la Danzón n° 2 pour grand orchestre (1994) de Márquez qui assimile des musiques mexicaines de l’Etat de Veracruz et cubaines. Les jeunes musiciens se sont donnés sans restriction dans ces pages bondissantes et sans difficultés majeures autres que rythmiques, les instrumentistes à vent jouant leurs enchaînements en se levant chacun à la façon de lames de fond, avant de conclure sous les salves d’applaudissements d’un auditoire en liesse. L’étonnant est que, dans la perspective attendue de ce succès, Fayçal Karoui, qui s’est montré infiniment plus engagé, concentré et proche de ses stagiaires que l’an dernier tout en en faisant encore un peu trop dans sa gestique, n’ait pas préparé de bis, ce qui lui aurait évité de reprendre des passages de West Side Story et de la Danzón interprétés de façon plus relâchée, la concentration initiale ayant disparu…

Ces deux concerts ont été retransmis en direct sur Medici.tv, qui en propose le streaming pendant les trois mois qui viennent (www.medici.tv/#!/annecy-classic-festival).

Bruno Serrou

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