mercredi 25 juin 2014

La Gazzetta ou les petites annonces façon Rossini malmenées par l’Opéra de Liège

Liège (Belgique), Opéra Royal de Liège Wallonie, samedi 21 juin 2014*

Gioacchino Rossini (1792-1868), La Gazzetta ossia Il matrimonio per concorso. Laurent Kubla (Filippo), Lilo Farrauto (Tommasino), Enrico Marabelli (Don Pompino), Edgardo Rocha (Alberto). Photo : (c) Opéra Royal de Liège Wallonie

Malgré les deux siècles qui nous en séparent, Gioacchino Rossini garde toute son actualité. Pourtant, l’Opéra de Liège est passé à côté de sa Gazette ou le Mariage aux enchères. Dix-huitième des quarante opéras de Rossini conçu dans la foulée du Barbier de Séville et créé quelques semaines après Otello, la Gazzetta, ossia Il matrimonio per concorso est un opéra bouffe en deux actes écrit sur un livret de Giuseppe Palomba révisé par Andrea Leone Tottola d’après une pièce de Carlo Goldoni. Créée à Naples le 26 septembre 1816, la partition, où l’on retrouve nombre d’ouvrages de Rossini, n’a été éditée qu’en 2002. L’on y retrouve aussi quiproquos, amours croisées et pères voulant marier leurs filles, cette fois par petites annonces, chers à la comédie du XVIIIe siècle. L'action a pour cadre une auberge parisienne où Don Pomponio et Don Anselmo s’installent avec leur fille respective, Lisetta et Doralice. Pomponio passe une petite annonce dans une gazette locale dans le but de marier Lisetta, mais cette dernière aime l’aubergiste Filippo. De son côté, Doralice est courtisée par Traversen, mais préfère convoler avec Alberto qui parcourt le monde en quête de son archétype d'épouse. Après maintes péripéties, tout est bien qui finit bien, les pères entérinant naturellement le choix de leurs progénitures.

Gioacchino Rossini (1792-1868), La Gazzetta ossia Il matrimonio per concorso. Laurent Kubla (Filippo), Cinzia Forte (Lisetta). Photo : (c) Opéra royal de Liège Wallonie

Joyau de vitalité et de bonne humeur exigeant de la part de ses interprètes un naturel comique et virtuose, la Gazetta a nombre d’atouts pour emporter l'adhésion d'un vaste public. Pourtant, je suis pour ma part sorti perplexe du spectacle proposé à l’Opéra de Liège par le directeur du lieu, Stefano Mazzolis di Pralafera, qui en signe la mise en scène dont la seule audace, actualisation oblige, est de passer du support papier à l'Internet. Il apparaît dès l’abord regrettable que le traitement de cette œuvre soit fait sans une once de mise en perspective, la production ne parvenant pas à décider du temps de l'action, flottant entre XIXe et XXIe siècles. 

Gioacchino Rossini (1792-1868), La Gazzetta ossia Il matrimonio per concorsoPhoto : (c) Opéra royal de Liège Wallonie

Des costumes entre Grand Hôtel de George Cukor et Cenerentola pour lequel Rossini reprendra l’ouverture de la Gazzetta, des accessoires geek dans un décor unique de façade et de hall d’hôtel trois étoiles, une direction d’acteur et un humour pesants, des décalages quasi canoniques des chœurs, une direction de Jan Schultz sans nuances conduisant souvent à la faute un orchestre qui tend à l'asphyxie, une distribution sans relief, faible côté femmes avec une Cinzia Forte (Lisetta) criarde, une Julie Bailly (Doralice) au timbre grossier, telle est la consistance de cette Gazetta liégeoise. Côté hommes c’est beaucoup mieux, avec le tenore di gracia Edgardo Rocha séduisant mais à l’aigu un peu court, le Don Pomponio solide d’Enrico Marabelli engoncé dans un jeu guère raffiné, le Filippo dégingandé de Laurent Kubla...

Bruno Serrou

* D'après mon compte-rendu paru dans le quotidien La Croix daté mardi 24 juin 2014 

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