Paris. Philharmonie. Grande Salle Pierre Boulez. Mercredi 7 octobre 2026
Présent à Paris deux semaines de suite en ce mois d’octobre pour deux programmes à la tête de l’Orchestre de Paris, dont il est Chef principal désigné à partir de la saison prochaine, Esa-Pekka Salonen a dirigé un programme viennois de la fin du XVIIIe siècle et du début du XXe
D’abord le Concerto pour violon et orchestre n° 4 en ré majeur KV 218, œuvre écrite en 1775 qui est la plus populaire du genre née de la plume de Wolfgang Amadeus Mozart. La partie soliste était confiée à une jeune violoniste française fort talentueuse, Iris Scialom, élève de Stéphanie-Marie Degand et lauréate des Violin Masters de Monte-Carlo, qui a fait chanter son Guadagnini de 1773 avec allant et expressivité dans l’Andante central, et essayant vaillamment de tirer le maximum d’intensité l’Allegro initial et le Rondo final, mais ses tentatives étaient aténuées par la direction sans élan du chef finlandais, qui est resté étonnamment distant. Tant et si bien que, malgré les évidentes tentatives de la soliste, le public n’a pas insisté à l’applaudimètre pour obtenir un bis.
Mais le moment attendu était l’une des partitions les plus intimes et prenantes de Gustav Mahler, la symphonie en six mouvements qui aurait dû porter le numéro neuf mais finalement dotée d’un titre, Das Lied von der Erde (Le Chant de la Terre) dans sa version mezzo-soprano et ténor. Inspirée de six poèmes extraits de La Flûte chinoise (Die chinsesische Flöte) du poète traducteur allemand Hans Bethge (1876-1946), conçue 1908-1909, cette œuvre de plus d’une heure est une symphonie en six mouvements pour contralto ou baryton, ténor et un vaste orchestre traité avec un extrême raffinement chambriste. L’impact de cette partition dans l’histoire de la musique du XXe siècle, plus particulièrement viennoise, est considérable lorsque l’on songe notamment à la Symphonie lyrique op. 18 (1922) d’Alexandre Zemlinsky et au quatuor à cordes La Suite lyrique (1926) d’Alban Berg. Esa-Pekka Salonen a donné du chef-d’œuvre mahlérien une lecture analytique, prenant son temps pour exprimer l’extraordinaire magie sonore à la polychromie infinie engendrée par l’écriture orchestrale jubilatoire du compositeur qui donne à la partie instrumentale le tour d’un extraordinaire concerto pour orchestre de plus d’une heure avec voix obligées. Le chef finlandais a donné aux musiciens de l’Orchestre de Paris la part belle, en leur offrant à satiété la possibilité d’exprimer pleinement leurs qualités techniques, leur précision et surtout leur perfection sonore, suscitant une véritable extase de couleurs et de timbres. La difficile partie de ténor, dont le chant se situe dans les hautes sphères du registre aigu, a été tenue avec vaillance par le Britannique Andrew Staples, qui a ouvert vaillamment le premier lied, Das Trinklied vom Jammer der Erde (Chanson à boire de la douleur de la Terre) se mesurant héroïquement à l’immense tutti introductif de l’orchestre, augurant ainsi d’une interprétation au cordeau du Chant de la Terre, tandis que la sublime partie d’alto était confiée à la mezzo-soprano écossaise Karen Cargill à l’articulation limpide, dont l’Abschied (Adieu), qui fait à lui seul la moitié de la durée d’exécution, n’a pas réussi à bouleverser intensément au profit de l’oreille, qui a pu se délecter des joutes des solistes de l’orchestre, tandis que la voix, au timbre séduisant mais que l’on eut apprécié plus sombre, a manqué de carnation et aura montré mercredi soir un vibrato un peu trop large.
Bruno Serrou



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