dimanche 17 mai 2026

Eblouissant récital Piano4etoiles d’une pianiste de 18 printemps, Alexandra Dovgan

Paris. Piano****. Théâtre des Champs-Elysées. Mercredi 13 mai 2026 

Alexandra Dovgan
Photo : (c) Bruno Serrou

Quel bonheur d’être témoin de l’éclosion de jeunes talents ! Et encore, à dix-huit ans, la pianiste russe Alexandra Dovgan a de toute évidence l’étoffe d’une grande, au point d’être déjà une musicienne accomplie. J’avoue ici l’avoir découverte ce mercredi e soir et je me demande comment j’ai pu passer à côté d’une telle artiste. Il d’agissait, il est vrai, de sa première prestation dans le cadre de Piano4etoiles au Théâtre des Champs-Elysées, où elle d’était déjà produite voilà deux ans 

Alexandra Dovgan
Photo : (c) Bruno Serrou

Née à Moscou le 7 juillet 2007, disciple de Grigory Sokolov, Alexandra Dovgan est de ces jeunes artistes généralement présentés comme l « jeunes prodiges ». En effet, commençant le piano à l’âge de quatre ans, elle a été admise quelques mois plus tard à la prestigieuse Ecole centrale de musique de Moscou, et, parallèlement, au Conservatoire de Malaga en Espagne. Entre 2016 et 2018, elle remporte cinq concours internationaux, et, à 11 ans, la Grand  Piano Competition de Moscou pour jeunes pianistes. Son maître, Grigory Sokolov, dit d’elle qu’elle « ne peut guère être qualifiée d’enfant prodige, car bien qu’elle soit un prodige, elle n’a pas un jeu d’enfant. […] Son talent est exceptionnellement harmonieux, son jeu sincère et concentré. »

Alexandra Dovgan
Photo : (c) Bruno Serrou

Jouant sans fioriture, concentrée et entièrement dans la musique qu’elle joue avec sensibilité et humilité, Alexandra Dovgan a donné  un programme dans la continuité de celui que son illustre aîné Arcadi Volodos a donné la veille à la Philharmonie de Paris dans le même cadre de Piano4etoiles (voir http://brunoserrou.blogspot.com/2026/05/virtuose-de-lintime-magicien-du-son.html), avec en supplément une brillante Toccata en mi mineur BWV 914 due Johann Sebastian Bach composa en quatre parties (prélude-fugue I-récitatif-fugue II )à Weimar en 1710, qui s’avère sous le doigts de la jeune russe supérieurement équilibrée, de sens, sans affectation ni tendances dramatiques, comme de sons, toujours clair et équilibré, , la musicienne soulignant le style rapsodique du récitatif adagio et concluant brillamment le canon final à trois voix, exposant souplement les variations de tempi et la différentiation limpide des lignes.  Cette délectable page du cantor a préludé à la Sonate en ut mineur D. 58 première des quatre pages du genre que Franz Schubert composa en septembre 1828, deux mois avant sa mort. Dramatique et sombre, parfois violente, cette partition a été brillamment interprétée par Alexandra Dovgan, qui a su remarquablement restituer orages et passions au caractère beethovénien, interprétant cette partition contrastée avec une sincérité saine et sensible, objective mais aussi emplie d’émotion, propulsée par une technique flamboyante, un toucher impalpable, furtif, le legato raffiné, l’intonation onirique et brûlante, où l’on décèle néanmoins quelque réminiscence du Voyage d’Hiver dans l’Adagio, tout comme elle saura mettre en relief les brusques ruptures de rythmes et les abrupts  contrastes dynamiques du Menuetto.

Alexandra Dovgan
Photo : (c) Bruno Serrou

Frédéric Chopin a entièrement occupé la seconde partie du récital d’Alexandra Dovgan, D’abord une lumineuse Barcarolle en fa dièse majeur op. 60 de 1845/1846, souple, délicate et fluide, grondant à la main gauche d’une solidité stupéfiante, les doigts à la fois solides et délicats de la pianiste exaltant des sonorités de bronze, évitant toute tentation dramatique pour conclure sur une coda toute en virtuosité maîtrisée, triples roches, longs traits ornementaux et la conclusion sur quatre octaves exposés fortissimo étant exposés avec une évidence confondante. Cette partition parmi les plus célèbres de Chopin était suivie pour conclure par une exaltante Sonate n° 3 en si mineur op. 58 de l’été 1844 introduite avec panache pour mieux en exalter les mélodies envoûtantes immergeant les auditeurs dans un brasier de couleurs et de timbres crépitants, une virtuosité étincelante comme de la lave en fusion, plongeant l’auditeur dans un océan d’harmonies, alternant magistralement exubérance, puissance, grandeur, tendre rêverie nostalgique, pour conclure dans un embrasement d’ardeur et d’émotion, conduisant l’auditeur au summum de l’exaltation. Après une si éblouissante exécution du chef-d’œuvre de Chopin, Le public enthousiaste a obtenu quatre généreux bis.

Bruno Serrou

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