Paris. Cité de la Musique. Salle des Concerts. Jeudi 8 janvier 2026
Premier concert de l’année pour moi. Il s’est tenu à la Cité de la Musique / Philharmonie de Paris, un concert de musique contemporaine de l’Ensemble intercontemporain dirigé par Yalda Zamani. Le thème, « Grand soir numérique », se voulait-il porteur d’avenir où simplement une proposition de constat de la situation du numérique dans la création musicale ? Quoi qu’il en soit, le meilleur (rare) aura côtoyé le pire (hélas le plus partagé), du DJ basique à la quête d’originalité en devenir…
Ouvert et fermé par deux pièces interminables à rendre sourd le quidam non pourvu de boules Quies (je plains ceux qui n’en ont pas reçu), dont je ne saisis pas du tout l’intérêt. Il y en a d’ailleurs si peu que chacune est accompagnée d’une vidéo pas même apte à combler les vides sidéraux d’une créativité réduite aux acquêts, la première signée d’un duo Annabella Playe pour la « composition » où les sonorités graves sont si puissante qu’elle traversent le corps et font vibrer les bas-ventres et les fessiers, et Hugo Arcier pour la vidéo qui malgré les progrès de la technologie numérique, est à une distance stratosphérique de l’inventivité clairvoyante d’un Stanley Kubrick dans 2001: A Space Odyssey sorti en 1968, morceau heureusement présenté dans sa version courte de vingt-deux minutes et non pas celle d’une cinquantaine de minutes bizarrement intitulé Ars Natura - légende du futur ou archéologie sonore du monde, qui, créé à l’Opéra de Montpellier le 30 janvier 2025, annonce un triste devenir à la musique tant les sons sont basiques, type Jean-Michel Jarre constamment dans la nuance fffff, sans le groove de Jarre, tandis que la vidéo est un continuel défilé en plan de fuite de lignes et de volumes fuyant dans le cosmos en une course folle, tandis que l’auteur de la réalisation sonore était au clavier.
Rebelote en phase finale de la soirée, un solo de clavier électronique déclenchant des sons saturés nécessitant des bouches-oreilles, si bruyante et attendue que, j’ose l’avouer, je n’ai pu tenir que dix minutes sur les quarante annoncées, une « performance audiovisuelle » intitulée F E M I N A de Riccardo Giovinetto, qui se présente comme un « artiste visuel et multimédia italien, physicien et professeur universitaire », créée le 30 septembre 2023. Entre ces deux « tue l’oreille », tandis que les yeux essayent de décrypter la « déconstruction » de visages féminins tirés de tableaux de la Renaissance.
Plus musicales, les trois œuvres qu’encadraient ces « performances », ont heureusement permis aux musiciens de l’Ensemble Intercontemporain de s’illustrer. A commencer par le violoncelliste Renaud Déjardin, dans une pièce suscitant la surprise (heureuse) d’un solo pour violoncelle (joué à l’horizontale avant de finir à la verticale), geste, vidéo et avec électronique « live » de la Chinoise Mongole Yang Song (née en 1985), Phœnix Eye, Dragon Eye, œuvre composée en 2020 et créée le 12 juin 2021 au CentQuatre-Paris dans le cadre du Festival ManiFeste de l’IRCAM qui traite l’instrument à archet tel un guqin (cithare chinoise équivalent du koto nippon) dont l’exécution a été pénalisée impromptu par un bug informatique qui a conduit l’interprète à interrompre momentanément son exécution. La vidéo « live » projette en gris plan le jeu de l’exécutant tandis que l’électronique « agit en parallèle ou en contrepoint des actions de l’interprète » (Yang Song).
Après l’entracte, réunis en ensemble sous la direction de la cheffe d’origine
iranienne Yalda Zamani, les musiciens de l’Intercontrmporain ont donné deux
créations d’autant de compositeurs français. La première, Au banquet des visages, a été conçue par Clara Olivares (née en
1993) pour grand ensemble et électronique en 2025 et réalisée à l’IRCAM et
exploite en partie l’intelligence artificielle (IA). Cette pièce de plus d’une
quinzaine de minutes écrite pour quinze instrumentistes (1) appelée à être
développée sur plus d’un tour d’horloge commence comme un coup de poing et qui
se révèle être une page des plus inspirée de son auteur, nerveuse et dynamique,
avec des inserts de voix humaines plus ou moins détimbrées chuchotant, criant,
dialoguant sur des messages rendus plus ou moins compréhensible exprimant peurs
et désirs, mais avec hélas un tunnel en son centre, comme un long moment de
respiration. Plus intense encore, l’œuvre suivante, Valets pour ensemble et électronique (2) d’Augustin Braud (né en
1994) qui s’inspire de Valet Noir. Vers
une écologie du récit de Jean-Christophe Cavallin, utilise dans leurs
registres aigus des instruments parmi les plus graves de l’orchestre et qui
réussit ainsi la gageure de fusionner les sources qu’il rend inidentifiables au
point que l’oreille confond, sonorités des instruments naturels et sons électroniques.
Œuvre pointilliste, d’une densité et d’une grande variété sonores, elle aura
été la partition la plus aboutie de la soirée, malgré la plage un rien trop
longue en son centre, riche en surprises, avec un piano occupant la place
centrale, remarquablement tenu par Dimitri Vassilakis, placé côté jardin, ainsi
que les cuivres qui exposent dans la phase finale de la pièce un thème aux
contours nostalgiques, tandis que les seuls instruments à archet utilisés sont
les plus aigus, violon et alto.
Bruno Serrou
1) flûte, hautbois, clarinette (aussi clarinette basse), basson, cor,
trompette, trombone, deux percussionnistes, piano (Disklavier, interface entre la partie instrumentale et l’électronique),
deux violons, alto, violoncelle, contrebasse, électronique
2) Hautbois, clarinette (aussi cor de basset et clarinette basse),
clarinette contrebasse, basson, saxophone ténor (aussi saxophone soprano et
baryton), cor, tuben, trombone, trompette basse, deux percussionnistes, piano,
deux violons, alto, électronique diffusant notamment une guitare électrique
enregistrée par les soins du compositeur puis retravaillée et multipliée à l’IRCAM
diffusés à travers quatre volumineux amplificateurs placés sur le devant de la
scène





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