dimanche 14 juillet 2019

Le Festival de Grenade dans la cour des rendez-vous musicaux majeurs de l’été

Grenade (Espagne). 68e Festival de Granada. Alhambra, Palacio de Carlos V. Vendredi 12 juillet 2019

Grenade, l'Alhambra. L'une des portes d'accès à l'Alhambra. Photo : (c) Bruno Serrou

Façonnée par de multiples cultures, la cité andalouse de Grenade possède depuis 1952 un festival musical d’été dirigé depuis deux éditions par le chef d’orchestre Pablo Heras-Casado

Grenade, l'Alhambra. Palacio Calos V. Photo : (c) Bruno Serrou

Chef d’orchestre polymorphe de renommée internationale né à Grenade en 1977, aussi brillant quels que soient les répertoires, de la Renaissance à la musique d'aujourd'hui en passant par le baroque, le romantisme et le XXe siècle, de la polyphonie vocale à l'opéra, Pablo Heras-Casado s’est vu nommé voilà deux ans la direction du Festival de Grenade (1) fondé en 1952 sur un concept né en 1883 dans l'enceinte du Palais Carlos V au beau milieu des jardins de l’Alhambra. « La mission qui m’a été confiée en 2017 par la Ville de Grenade, dit Heras-Casado, est de porter cette manifestation plus que centenaire à un niveau international des grands festivals européens. » Ce qu’il est d’ailleurs déjà plus ou moins depuis 1955, année où il a été le premier festival espagnol de l’Association européenne des festivals. Le programme se fonde sur la musique classique, le ballet et le flamenco, couvrant du moyen-âge à la création contemporaine.

Grenade, l'Alhambra. Palacio Calos V. Photo : (c) Bruno Serrou



Ainsi, les deux derniers rendez-vous des vingt-deux soirées de  l’édition 2019 entre le 21 juin et le 12 juillet ont vu le ballet du Capitole de Toulouse dans Giselle et la création mondiale du troisième concerto pour violon et orchestre de Péter Eötvös. « Il ne peut y avoir de pérennité de la musique sans création, convient Heras-Casado. C’est pourquoi chaque année j’entends passer une commande, cette année le Hongrois Péter Eötvös dont j’ai été l’élève. »

Grenade, l'Alhambra. Palacio Carlos V, le théâtre. Photo : (c) Festival de Grenade

Comme tous les grands festivals, celui de Grenade possède son « off », 16 fex (Festival Extansion), et son académie d’été, 50 Cours Manuel de Falla, où enseignent de grands noms de la musique, cette année Péter Eötvös, non pas comme compositeur mais comme chef d’orchestre. « Je pense que la composition ne s’enseigne pas, estime Eötvös. En revanche, la direction oui, car il s’agit pour l’essentiel de questions pragmatiques. » Mais c’est surtout pour la création de son Concerto n° 3 pour violon et orchestre « Alhambra » que Péter Eötvös est venu à Grenade. « J’ai donné le titre Alhambra parce que l’œuvre allait y être créée. Or, je viens tout juste de prendre la mesure de la magnificence de ce lieu magique, que je ne connaissais que depuis peu pour m’en inspirer par le biais d’Internet. »

Péter Eötvös, Concerto pour violon n° 3 "Alhambra". Isabelle Faust, Pablo Heras-Casado et le Mahler Chamber Orchestra. Photo : (c) Festival de Grenade

Chacun des trois concertos pour violon d’Eötvös est dédié à autant de femmes violonistes, Akiko Suwanai, Midori et, cette fois, Isabelle Faust, que le compositeur a dirigée pour la première fois en Hollande dans les années 1990. « Lorsque je l’ai retrouvée à l’occasion d’un dîner chez Heras-Casado, et que celui-ci m’a demandé une œuvre pour son festival, j’ai accepté, à la condition que ce soit avec Isabelle Faust. » Et c’est ainsi qu’est né en moins de trois semaines ce Concerto n° 3. Eötvös l’a conçu comme une promenade dans l’Alhambra parcourue tel un huit. Une mélodie présentée par le violon seul au début autour de la note sol, symbole du festival de Grenade, puis Eötvös utilise la technique du cryptogramme, le matériau thématique étant fondé sur les notations allemande et italienne, Sabelle, HR (Heras-Casado), Alhambra et un ré joué en trémolo, le tout engendrant de courtes mélodies. L’œuvre s’achève comme elle a débuté, sur un solo de violon retournant dans le silence, bouclant ainsi la boucle… 

Péter Eötvös entouré d'Isabelle Faust, de Pablo Heras-Casado et du Mahler Chamber Orchestra. Photo : (c) Festival de Grenade

Joué par le Mahler Chamber Orchestra dirigé par Heras-Casado, l’inspiratrice en soliste, ce concerto de trente minutes, dont le premier quart d’heure a été repris deux fois à cause de la pluie, est d’une densité remarquable, avec des élans mozarabes et andalous, mais à la façon toujours très personnelle d’Eötvös, mêlés d’accents hongrois et de sonorités mystérieuses magnifiées par une écriture mélodique et rythmique au cordeau, Eötvös maîtrisant comme personne la totalité des instruments de l’orchestre qu’il traite en virtuoses, profitant de la dextérité des musiciens du Mahler Chamber Orchestra, tandis qu’Isabelle Faust joue avec une extrême précision de l’archet et d’un nuancier qui confine l’œuvre dans une modernité toute classique.

Manuel de Falla, le Tricorne. Pablo Heras-Casado et le Mahler Chamber Orchestra. Scénographie de Frederic Amat. Photo : (c) Festival de Grenade

La création du concerto avait pour cadre le centenaire de la création du Tricorne de Falla, qui vécut et mourut à Grenade, dans une maison au pied de l’Alhambra. Mais la pluie, pourtant rare l’été sous ces latitudes, en aura décidé autrement, car, après moins de dix minutes, l’œuvre fut interrompue peu après la première intervention de la mezzo-soprano, une excellente Carmen Romeu qui est apparue sur les hauteurs du Palacio de Carlos V, dont la coupole, pour des raisons de coût, n’a jamais été montée, ce qui, en temps ordinaire, ne prête pas à conséquence faisant au contraire de cette salle ovale une sorte de théâtre shakespearien, mais qui pour ce seul jour de pluie de l’été andalou, a réduit cet anniversaire à néant…

Bruno Serrou

1)  Prochaine édition du festival en juin/juillet 2020. 2) Concert diffusé ultérieurement sur Culturebox et Mezzo 3) Le concerto d’Eötvös fera l’objet d’un CD chez Harmonia Mundi, tandis que le Tricorne et l’Amour sorcier de Falla par le Mahler Chamber Orchestra et Pablo Heras-Casado paraît en septembre chez le même éditeur. Le concerto sera donné à Paris le 11 septembre par Isabelle Faust, l’Orchestre de Paris et Péter Eötvös

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