jeudi 1 juin 2017

Jiři Bělohlávek, héritier de la belle lignée des grands chefs tchèques, est mort jeudi 1er juin 2017. Il avait 71 ans

Jiří Bělohlávek (1946-2017). Photo : DR

Directeur musical de la Philharmonie Tchèque, l’un des orchestres les plus fameux du monde que le compositeur Antonín Dvořák porta sur les fonds-baptismaux en dirigeant le premier concert de la phalange en 1896, Jiří Bělohlávek est de la trempe des grands chefs tchèques qui l’ont précédé à ce poste, Václav Talich, Rafael Kubelík, Karel Ančerl et Václav Neumann.

Jiří Bělohlávek dirige la Philharmonie Tchèque à Prague : Photo : (c) BBC

Avec plus de cinq mille concerts et de cinq cents disques à son actif, violoncelliste de formation, Jiří Bělohlávek restera dans l’histoire comme l’un des chefs tchèques les plus prolifiques. Né à Prague le 24 février 1946, étudiant au conservatoire le violoncelle puis la direction d’orchestre, disciple de Sergiu Celibidache, dont il a été l’assistant, il est à la tête de l’Orchestre Puellarum Pragensis en 1966, avant d’être nommé chef assistant à la Philharmonie Tchèque pendant deux ans. Après avoir remporté le Concours de direction d’orchestre de Prague en 1970, il prend la direction de la Philharmonie de Brno de 1972 à 1978, il a été pendant douze ans Premier chef de l’Orchestre Symphonique de Prague « FOK », de 1977 à 1989, il est nommé en 1990 Chef principal de la Philharmonie Tchèque. Mais il est remplacé moins d’un an plus tard par Gerd Albrecht, qu’il remplace à son tour en 1992. Il en est directeur musical et avait vu son contrat renouvelé jusqu’en 2022. En 1991, il fonde le Prague Philharmonia, en 1994, la Philharmonie de Chambre de Prague dont il était encore jusqu’à ce jour le directeur musical. Président du Printemps de Prague jusqu’à son décès, directeur musical de l’Orchestre du Théâtre National de Prague, il a été Principal chef invité du Rotterdam Philharmonic, Premier chef invité de la Deutsche Kammerphilharmonie de Brême et du Royal Philharmonic Orchestra, et a dirigé pendant dix-sept ans l’Orchestre Symphonique de la BBC, d’abord comme Chef principal invité (1995-2000) puis comme Directeur musical à partir de 2006 jusqu’en 2012. 

Photo : (c) Télévision Tchèque

Spécialiste éminent du répertoire tchèque, il s’est régulièrement produit en France en dirigeant les œuvres de ses compatriotes. Je l’ai personnellement découvert lorsque je travaillais Théâtre du Châtelet alors que nous avions lancé la biennale « Festival International d’orchestres ». Il était venu en 1984 avec l’Orchestre symphonique de Prague « FOK » dans le Requiem de Dvořák. Dvořák dont il dirigera l’opéra Russalka en 2005 à l’Opéra Bastille, chantant dans son jardin, Jiří Bělohlávek, fait la différence avec James Conlon qui l’avait précédé dans cette production. Alors que l’Américain soulignait à l’excès l’empire de Wagner sur la partition de Dvořák, le Tchèque faisait chanter l’orchestre de l’Opéra de Paris avec la sensualité tendrement nostalgique caractéristique de Dvořák, se fondant dans la partition pour en exalter les couleurs, jouissant à plein de la flexibilité de l’Orchestre de l’Opéra de Paris, à qui la musique tchèque va décidément fort bien. Bělohlávek revient à Bastille dans Juliette ou la clef des songes de Martinů, à l’Opéra Garnier dans la Fiancée vendue du même Smetana en 2006 et Ma Patrie de Smetana en 2006. En 2004, il faisait ses débuts au Metropolitan Opera de New York.

Jiří Bělohlávek dirigeant la Philharmonie Tchèque aux Proms de Londres 2014. Photo : DR

En 2009, Jiří Bělohlávek présidait le Concours international des jeunes chefs d’orchestre de Besançon. Parmi les œuvres dont il a dirigé la création, la Symphonie n° 3 de Viktor Kalabis en 1972, Der Weg nach Eisenstadt de Günter Bialas en 1980, et Stufen de Sofia Gubaïdulina en 1989. Au sein de sa très riche discographie, citons Les excursions de Mr Broucek (CD DG) et Katja Kabanova mis en scène par Robert Carsen (DVD FRAMusica) de Janáček, l’intégrale des Symphonies de Martinů (Onyx), l’œuvre pour orchestre de Suk (Chandos), l’intégrale des Symphonies, Concertos (voir http://brunoserrou.blogspot.fr/2014/08/cd-antonin-Dvořák-integrale-des.html), Poèmes et Danses symphoniques, et le Stabat Mater de Dvořák (CD Decca), Tristan und Isolde de Wagner capté au Festival de Glyndebourne dans la mise en scène de Nikolaus Lenhoff (DVD Opus Arte).

Jiří Bělohlávek dirigeant l'un de ses tous derniers concert le 1er janvier 2017 à Prague. Photo : DR

Jiří Bělohlávek est mort à Prague jeudi 1er juin 2017 des suites d’une longue maladie.

Bruno Serrou

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