lundi 11 mai 2020

L’ONDIF (Orchestre National d’Ile-de-France) après la tempête Covid-19


Orchestre National d'Ile-de-France. Photo : DR

Pour un orchestre de quatre vingt quinze musiciens, la « distanciation sociale » est une gageure quasi insurmontable. D’autant plus lorsque sa mission est la propagation de la musique dans la région la plus peuplée de France, le bassin parisien. « Orchestre nomade », l’Orchestre National d’Ile-de-France ne manque pas d’idées pour reprendre son activité…

Case Scaglione et l'Orchestre National d'Ile-de-France. Photo : (c) ONDIF

Le dernier concert de l’ONDIF, orchestre dont le budget est assuré à soixante-dix pour cent par la région Ile-de-France (quinze pour cent d’apports par le ministère, le reste en recettes propres notamment les ventes de concerts aux villes de la région parisienne) remonte au 12 mars, à Rungis. Au milieu de sa deuxième saison de directeur musical, le chef texan Case Scaglione a dû interrompre subitement ses prestations à la tête de son orchestre dès le 31 janvier à l’issue d’un programme Sibelius. « Depuis lors, l’orchestre et moi essayons de garder le contact ensemble avec notre public, qui est le plus grand d’Europe, s’enthousiasme-t-il. Et nous sommes prêts à le retrouver dès que les pouvoirs publics nous donneront le feu vert. » Dans un premier temps, il faudra se limiter à un répertoire prévu pour vingt à cinquante musiciens, sans instruments à vent. « Il s’agit d’un ‘’plan B’’, sourit Case Scaglione, et il y a heureusement un riche répertoire pour cordes, avec ou sans claviers et percussion. Nous allons jusqu’à envisager de diffuser des concerts en direct et en streaming depuis notre salle de répétitions à Alfortville. »

Le siège social, studio et salle de répétition de l'ONDIF à Alfortville. Photo : DR

L’interruption soudaine de l’activité des salles de concert et de la totalité du spectacle vivant a marqué un coup brutal qui pourrait s’avérer fatal s’il devait perdurer et si les responsables d’orchestres ne trouvaient pas de mode de diffusion de substitution, même si rien ne saura jamais remplacer le concert public. Cette formation donne en effet cent-dix concerts par an dans soixante salles différentes, dont une saison complète à la Philharmonie de Paris. « Pour la reprise de notre activité, nous envisageons trois scénarios, énonce Fabienne Voisin, directrice générale de l’ONDIF. Le scénario béat que serait le retour à la normalité. Le deuxième tient compte de la distanciation qui nous oblige à revoir la proximité à la fois des musiciens sur le plateau et du public dans la salle, une révision de tous les programmes dans des théâtres ayant les reins assez solides pour supporter un taux de remplissage de moins de trente-cinq pour cents de leur jauge et, de ce fait, pour doubler les concerts. Enfin, troisième alternative, plus de concerts publics du tout jusqu’à une date indéterminée. Il nous faudra alors faire des propositions depuis la maison de l’orchestre. »

Le studio de l'ONDIF à Alfortville. Photo : (c) ONDIF

Ce dernier cas de figure est tout à fait envisageable, l’orchestre s’étant doté voilà trois ans de moyens audiovisuels et d’un studio d’enregistrement numérisés. « Nous espérons reprendre le 2 juin, confie Case Scaglione, avec quatre ou cinq rendez-vous depuis notre maison jusque fin juillet. Mais nous souhaitons une diffusion plus large que depuis notre site Internet et que YouTube. » « Pour ce faire, renchérit Fabienne Voisin, nous souhaitons mettre en place des partenariats avec des télévisions prêtes à participer à l’aventure, non seulement pour la diffusion mais aussi pour la logistique, car il nous avons besoin de réalisateurs, de cadreurs et de techniciens du son. Nous travaillons aussi depuis trois semaines sur les conditions sanitaires pour que chaque salarié soit protégé. Les musiciens, leurs représentants et les syndicats sont prêts à tout mettre en œuvre pour que l’activité reprenne dans les meilleures conditions. »

Tout cela aura un impact sur la saison 2020-2021, les scènes reportant leur programmation de cette longue période d’arrêt sur les mois suivants. « Nous attendons la mi-juin et les premiers résultats du déconfinement pour adapter notre stratégie et redonner confiance au public », convient Fabienne Voisin. En outre, l’ONDIF, à l’instar de tous les professionnels de la Culture, attend du gouvernement une parole forte, un « Plan Macron de la Culture » plutôt qu’un « Plan Marshall », car il manque dans les annonces faites par le pouvoir exécutif une vision forte et porteuse, parce que ce qui est pour le moment demandé aux acteurs culturels, innovation, inventivité, proximité, est ce qui constitue précisément son ADN. « Quand je pense que le premier concert après-confinement du Philharmonique de Berlin a été introduit par le ministre allemand de la Culture, cela fait rêver », relève Case Scaglione.

Le projet participatif Zerballodu, conte musical sur le thème de l'écologie interprété le 8 juin 2019 à la Philharmonie de Paris par 270 collégiens de toute l'Ile-de-France. Photo : (c) ONDIF

Pour l’ONDIF, le point le plus sensible est l’aspect pédagogique de son activité. Ce qui est une véritable mission pour l’orchestre, qui a été contraint d’annuler quatre-vingt pour cents de son action annuelle auprès de trente mille enfants. « Le problème est que le confinement est intervenu en pleine période de restitution des projets, regrette Fabienne Voisin. Afin de ne pas anéantir ce travail, nous allons interviewer les enfants filmés par leurs professeurs, interviews diffusées sur le site de l’orchestre. »

Hélène Giraud, flûte solo de l'ONDIF. Photo : (c) ONDIF

Les musiciens de l’ONDIF sont au chômage partiel. Comme tous les artistes professionnels, ils continuent de travailler chez eux, d’où ils participent aussi à des capsules musicales qu’ils enregistrent eux-mêmes avant diffusion sur le site de l’orchestre. Flûte solo de la phalange francilienne depuis seize ans, Hélène Giraud n’est pas hésité une seconde à entrer dans l’action. Elle a même mis ses deux enfants à contribution, sa fille à la harpe et son fils au trombone. « J’ai adoré participer à l’ouverture Les Noces de Figaro de Mozart avec mes collègues confinés chez eux, chacun jouant sa partie sous la direction de Case Scaglione, lui-même confiné, l’ensemble étant monté et mixé par les techniciens son et image de l’orchestre depuis son siège d’Alfortville. »

Bruno Serrou
Directs et streaming : www.orchestre-ile.com et YouTube

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