lundi 19 août 2019

Le Festival Menuhin de Gstaad, l'un des trois grands festivals d'été helvétiques

Gstaad (Suisse). Gstaad Menuhin Festival & Academy. Eglise de Zweisimmen, Festival-Zelt Gstaad, Chapelle de Gstaad. Jeudi 15, vendredi 16 et samedi 17 août 2019

Photo : (c) Bruno Serrou

Créé en 1957 dans une station huppée des Alpes bernoises par le violoniste Yehudi Menuhin, le Festival de Gstaad est après celui de Lucerne la plus ancienne manifestation estivale helvétique

Gstaad vu du téléphérique. Photo : (c) Bruno Serrou

Avec plus de soixante-cinq concerts en sept semaines, le Festival de Gstaad couvre à lui seul la durée de ses deux grandes émules suisses, les festivals de Verbier et de Lucerne. Créé dix-neuf ans après Lucerne (1938) et trente-sept ans avant Verbier (1994), le Festival de Gstaad porte le nom de son fondateur, le violoniste Yehudi Menuhin qui l’a dirigé pendant quarante ans.

Eglise de Zweisimmen, L'Arpeggiata et Giuseppina Bridelli (mezzo-soprano). Photo : (c) Bruno Serrou

Les deux premiers concerts ont été donnés les 4 et 6 août 1957 par Yehudi Menuhin en l’église de Saanen. Les premières années, récitals et concerts de musique de chambre sont programmés, avant que les concerts symphoniques s’y ajoutent. En 1976, la préoccupation pédagogique du fondateur s’impose à Gstaad, avec la venue de jeunes musiciens de l’Académie Menuhin de Londres. En 1998, Menuhin passe le témoin à son condisciple Gidon Kremer, qui ne reste que deux ans, puis ce sont trois années d’intérim.

Festival-Zelt Gstaad. Finale du Concours Neeme Järvi. Photo : (c) Bruno Serrou

Depuis 2002 Christoph Müller, ex-violoncelliste et manager de l’Orchestre de chambre de Bâle, prend la direction du festival. Sa programmation pérennise les trois piliers du festival, la musique de chambre, les répertoires symphonique et lyrique concertant. Passionné de création, animant une biennale de composition à Bâle, il ouvre Gstaad à la musique contemporaine, commandant des œuvres nouvelles à des compositeurs, cette année à Tristan Murail, avec la création par l’Orchestre National de Lyon de Reflections/Reflets IV dont le compositeur français a eu l’idée directrice alors qu’il survolait les Alpes en avion… « J’ai voulu définir une conception originale pour ce festival aujourd’hui âgé de soixante-deux ans, dit Müller. Avec Verbier et Lucerne au même moment, il fallait trouver de nouvelles clefs. J’ai commencé en 2008 par une académie de jeunes musiciens dans l’esprit de Yehudi Menuhin, puis j’ai fondé l’orchestre du festival en 2010, l’académie de chefs d’orchestre en 2014... Quant aux cycles de musique de chambre et d’orchestre symphonique, il était nécessaire d’obtenir une haute qualité d’offre. Ainsi, la mise en résidence d’Alfred Brendel et du Symphonique de Londres avec Colin Davis, nous a permis d’engager de grands orchestres internationaux par la suite. »

Eglise de Zweisimmen, Christina Pluhar et son Arpeggiata. Photo : (c) Bruno Serrou 

Autre nouveauté, le Festival Menuhin propose depuis deux étés des thématiques qui donnent une unité aux sept semaines de programmation. Pour Christoph Müller, « Paris » ouvre la perspective d’une approche de la culture française. « Ici, dit-il, nous ne sommes pas habitués à la musique française, la langue française est un peu bizarre, elle est chic mais étrange. J’ai voulu rapprocher les cultures francophones et germanophones qui en fait se côtoient peu. Les programmes de musique de chambre marchent bien mais moins les concerts symphoniques, y compris le Stravinski de Petrouchka. Le pianiste Bertrand Chamayou a présenté cinq programmes de musique française qui ont fait le plein. » Tout cela avec un budget de 7,2 millions de francs suisses dont 1,2 million pour l’Académie, Les ressources proviennent à trente pour cent de la billetterie (trente mille spectateurs environ), à douze pour cent de la commune et du canton de Berne, le reste provenant du mécénat de fondations et du privé. « Il nous faut donc obtenir l’adhésion de notre public », conclut Christoph Müller.

Manfred Honeck dirigeant une répétition de l'Orchestre du Festival Menuhin. Photo : (c) Bruno Serrou

Dirigée tout d’abord par Neeme Järvi, qui a donné son nom au concours qui est organisé en fin de session, l’Académie de direction d’orchestre réunit trois semaines durant une douzaine de jeunes professionnels qui participent en fin de stage audit Concours Neeme Järvi. Depuis cet été, c’est le chef autrichien Manfred Honeck, directeur musical de l’Orchestre Symphonique de Pittsburgh, qui en est l’animateur. « J’ai toujours refusé d’enseigner la direction. C’est trop de responsabilité ! Mais j’ai acquis une expérience que je peux maintenant partager avec des jeunes. Je suis un fan de Carlos Kleiber. J’ai souvent joué sous sa direction, à l’Opéra et en concerts alors que j’étais violoniste au sein des Wiener Philharmoniker. J’ai analysé en détail sa technique, et je veux la transmettre pour qu’elle ne soit pas oubliée. Il travaillait chaque détail avec l’orchestre. C'est ce que je cherche à inculquer aux étudiants, qui ont la chance de travailler ici avec un orchestre de musiciens professionnels. » Cette année, ce sont le Coréen Hankyeol Yoon et l'Austro-Espagnole Teresa Riveiro Böhm qui ont remporté le concours ex-aequo.

Festival-Zelt Gstaad. Khatia Buniatishvili. Photo : (c) Bruno Serrou

Les concerts sont donnés en divers lieux, investissant les églises des villages environnants. Le point central d’activité du festival est néanmoins un chapiteau de mille deux cents places installé à la lisière de Gstaad et visible depuis les cimes. Le concert de L’Arpeggiata de la luthiste Christina Pluhar a été donné dans le cadre champêtre de l’église de Zweisimmen. La mezzo-soprano Giuseppina Bridelli a imposé sa voix de velours dans un programme monographique consacré à la musique étincelante de Luigi Rossi (1597-1653) devant un public de connaisseurs. Sous le grand chapiteau, en revanche, devant un public acquis d’avance, la pianiste géorgienne Khatia Buniatishvili s’est montrée sous son pire aspect, cognant comme une sauvage les Trois Mouvements de Petrouchka de Stravinski, vidant de tout sens les Impromptus Op. 90 de Schubert, noyant sous un flot de pédales les pages de Liszt qu’elle avait sélectionnées, confondant en outre vitesse et précipitation... 

Chapelle de Gstaad. Timothy Chooi (violon) et Akane Marsumura (piano). Photo : (c) Bruno Serrou

Consolation le lendemain matin, en la chapelle de Gstaad où le jeune violoniste canadien Timothy Chooi accompagné au piano par Akane Marsumura a brillé dans des œuvres de Saint-Saëns, Prokofiev, Dvorak et Wieniawski…

Bruno Serrou

Jusqu’au 6 septembre. Rés. : (+41) 33 748 81 82. www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr

Aucun commentaire:

Publier un commentaire