mercredi 22 août 2018

La Chaise-Dieu : un festival parmi les grands


Festival de La Chaise Dieu. Abbatiale Saint-Robert pendant le concert du Cercle de l'Harmonie. Photo : (c) Bertrand Pichene FLCD

Dans ce lieu improbable de moins de sept-cents âmes, l’un des festivals les plus courus de France de la seconde moitié du mois d’août a ouvert samedi devant une foule de fidèles mâtinés de néophytes dans la splendide abbatiale Saint-Robert à 1082 mètres d’altitude

Le parvis de l'abbatiale Saint-Robert lors de la fanfare d'ouverture du Festival de La Chaise-Dieu 2018. Photo : (c) Bruno Serrou

Sous l’impulsion de son jeune directeur, Julien Caron, qui, depuis sa nomination, a créé une académie pour quatuors à cordes, clavecinistes et chefs de chœur, et qui développe une action pédagogique tout au long de l’année en milieu rural, le festival de La Chaise Dieu prend de plus en plus d’opulence. C’est avec un grand oratorio de Haendel « romantisé » par Mendelssohn, Israël en Egypte, qu’a été lancée la cinquante-deuxième édition du Festival de La Chaise Dieu. Une interprétation de tout premier plan, car, comme c’est le cas depuis 1967, la manifestation de la Haute-Loire invite les plus grands noms de la musique baroque. 

Festival de La Chaise Dieu. Abbatiale Saint-Robert. Robert King et le King's Consort. Photo : (c) Bertrand Pichene FLCD

Cette fois, ce sont le remarquable ensemble britannique The King’s Consort et son directeur musical fondateur Robert King qui ont lancé les festivités. Robert King, chef d’orchestre claveciniste, musicologue, éditeur, a choisi de donner l’oratorio que Haendel écrivit à Londres sur un texte anglais en 1739 dans sa version revisitée en 1833 par un Mendelssohn de 24 ans qui réorchestra (les bois remplaçant l’orgue, entre autres), et traduisit en allemand ce qu’il restait alors de l’œuvre dont il sera retrouvé plus tard plusieurs parties, notamment l’ouverture, qui est ici du pur Mendelssohn. Ce choix peut paraître extravagant de la part du spécialiste de l’authenticité du XVIIIe siècle qu’est Robert King. Œuvre d’un Allemand exilé en Angleterre remise à jour par un autre Allemand séjournant régulièrement à Londres, cette version de l’oratorio a été retrouvée par Robert King dans divers sites universitaires britanniques où les manuscrits avaient été dispersés. Outre l’orchestration, ce qui prime et impressionne le plus dans cette partition est la prédominance du chœur, qui, souvent divisé en huit parties, fait avancer l’action et relève du tour de force. 

Jérémy Rohrer et le Cercle de l'Harmonie. Festival de La Chaise Dieu, Abbatiale Saint-Robert. Photo : (c) Bertrand Pichene FLCD

Dans cette même abbatiale, Jérémy Rohrer et son Cercle de l’Harmonie renforcé par la Vokalakademie Berlin ont donné avec une grande profondeur spirituelle deux œuvres méconnues de deux immenses compositeurs, le Stabat Mater de Schubert et Christ au mont des Oliviers de Beethoven, avec un Jean-Sébastien Bou en très grande forme.

Le Quatuor Takacs. Festival de La Chaise Dieu, Auditorium György Cziffra. Photo : (c) Bertrand Pichene FLCD

Outre l’abbatiale, le Festival de La Chaise Dieu se déploie en divers lieux. Ainsi, depuis 2010, un auditorium en bois flambant neuf est dédié à la musique de chambre portant le nom du fondateur de la manifestation, le pianiste hongrois György Cziffra. D’autres Hongrois, ceux du Quatuor Takacs, y ont donné un concert d’une densité et d’une force saisissante, avec notamment le Quatuor à cordes n° 2 du Hongrois Ernö Dohnanyi don l’inspiration se situe entre Brahms et Bartók.

Festival de La Chaise Dieu. La cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay pendant le concert du King's Consort Choir. Photo : (c) Bruno Serrou

Autre lieu investi cette fois par le King’s Consort Choir, la cathédrale Sainte-Marie du Puy-en-Velay, point de départ de l’un des chemins de Compostelle les plus fréquentés, avec plus de trois cents pèlerins par jour de mai à octobre. Une suite de pièces chorales spirituelles anglaises des XIXe et XXe siècles de compositeurs inconnus en France, à l’exception de William Walton, mais d’un onirisme et d’une spiritualité troublante.

Festival de La Chaise Dieu. La cathédrale du Puy-en-Velay. Photo : (c) Bruno Serrou

Il conviendra aux amateurs d’œuvres d’art de se rendre au prochain festival de La Chaise-Dieu, qui verra le retour des tapisseries médiévales absentes depuis plusieurs années pour cause de restauration et au milieu desquelles des concerts seront proposés au public.

Bruno Serrou

Jusqu’au 28/08. Rés. : 04.71.00.01.16. www.chaise-dieu.com

Article paru pour l’essentiel dans le quotidien La Croix mardi 21 août 2018

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