Paris. Philharmonie. Grande Salle Pierre Boulez. Vendredi 22 mai 2026
Diffusée en direct sur France Musique, cette soirée du 22 mai 2026, à deux jours de la Pentecôte et deux jours après la Symphonie fantastique par l'Orchestre de Paris et son ex-directeur musical Daniel Harding elle aussi à la Philharmonie de Paris (voir http://brunoserrou.blogspot.com/2026/05/programme-grand-public-dexcellente.html), cette soirée donnait à Philippe Jordan l’occasion de retrouver l’Orchestre de l’Opéra national de Paris dont il fut le patron pendant douze ans (2009-2021), ainsi que le Chœur du premier théâtre lyrique de France, dans une brillantissime Grande Messe des Morts op. 5 d’Hector Berlioz. Une œuvre dont on ne se lasse jamais et dont on (re)découvre les merveilles à chaque audition, tant elle ne cesse de ménager les effets et les surprise, œuvre ingénieuse, inventive, colorée, majestueuse, sonnant à la perfection comme il en est peu, jusqu’à la conclusion saisissante des six Amen modulés par le chœur e martelés par les dix timbaliers
Jamais autant qu’Hector Berlioz compositeur athée n’aura signé d’œuvres d’inspiration religieuse aussi marquantes. Son catalogue compte en effet Messe solennelle (1824-1827), Te Deum (1849-1855), L’enfance du Christ (1854), pour ne citer que les plus développées, autant de chefs-d’œuvre dont le plus important est la Grande Messe des Morts H 75, plus connue sous le titre générique « Requiem », qui porte le numéro d’opus 5 bien que conçue sept ans après la Symphonie fantastique op. 14a, est la partition du genre la plus connue du maître de La Côte-Saint-André. Il faut dire que, écrite en hommage aux insurgés de la Révoltution de juillet 1830, elle est la plus impressionnante de toutes les œuvres conçues avant elle du côté des effectifs, jusqu’à la Scréation de la ymphonie n° 8 dite « des Mille » (1906) de Gustav Mahler. Dans cette partition subdivisée en dix mouvements, le compositeur suit le déroulé de l’office funèbre latin, Berlioz entend réunir une formation de vingt bois, dix cors, quatre trompettes et tubas dans l’orchestre et quatre fanfares disposées aux quatre pôles entre huit q et douze cuivres, qui interviennent plusieurs fois, la première étant la plus impressionnante et développée dans la séquence du Dies irae évoquant le Jugement dernier, dix timbaliers, deux grosses caisses, quatre tam-tams, dix paires de cymbales, et cent-huit cordes (25, 25, 20, 20, 18), et, côté vocal, un chœur omniprésent de eux cents dix choristes, omniprésents et un ténor solo dans le seul Sanctus.
Des quotas que n’aura pas atteints l’Orchestre de l’Opéra national de Paris, qui n’a réuni pour cette soirée à la Philharmonie de Paris qu’un peu moins de soixante-dix archets (18, 16, 13, 12, 10), mais plutôt respectueux côté bois, cuivres (bien que les quatre fanfares ne soient pas exactement installées aux pôles de la salle) et percussion, un chœur d’une centaine de membres, donc loin des effectifs minimaux fixés par le compositeur, mais vaillant et sonnant brillamment dans une acoustique parfaitement réverbérée, l’espace n’étant jamais saturé. Attisés par le geste contenu et élégant, la battue claire, précise et stimulante, le corps plongé avec énergie dans le son du chef suisse, directeur désigné de l’Orchestre National de France, ménageant avec un humanité profonde onirisme consolateur, effroi, douleur intime, appels désespérés à la bienveillance céleste, la solennité majestueuse, les musiciens de l’Orchestre de l’Opéra ont répondu au cordeau à ses intentions avec une musicalité conquérante. La spatialisation des fanfares dans les hauteurs de la Salle Pierre Boulez (deux au-dessus du plateau, deux sur les côtés du balcon) était plutôt flatteuse, bien que non conforme aux spécifications du compositeur, mais plus contestable s’est avérée la position du ténor, pourtant prometteur puisqu’il s’est agi de rien moins que de l’excellent ténor samoan Pene Pati, placé côté jardin au sommet du premier balcon, ce qui l’a rendu difficilement audible, donnant l’impression de susurrer le Sanctus avant d’être obligé de forcer sa voix à la limite de la rupture au point culminant de son intervention. Malgré ses effectifs réduits, le Chœur de l’Opéra de Paris s’est imposé par ses équilibres exemplaires, sa grande maîtrise vocale, sa cohésion, ses intonations et son expressivité, s’avérant ainsi admirablement préparé par sa chef de chœur coréenne titulaire, Ching-Lien Chu.
Bruno Serrou
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