Paris. Philharmonie. Grande Salle Pierre Boulez. Vendredi 29 et samedi 30 mai 2026
Premier des deux concerts vendredi soir à la Philharmonie e Paris de l’un des deux plus vieux orchestres du monde encore en activité qui demeure une référence absolue parmi les formations symphoniques de la planète, la Staatskapelle Dresden ou Orchestre de la Chapelle d’Etat de Dresde, dans le cadre d’une tournée européenne sous la conduite de son directeur musical depuis 2024 Danele Gatti, ex-directeur musical de l’Orchestre National de France (2008-2016), dans un programme franco-allemand, Richard Wagner étant le référent, Camille Saint-Saëns et Claude Debussy étant à la fois ses héritiers et ses détracteurs, l’aigle impérial face au coq gaulois… La phalange saxonne a donné une magistrale leçon de « wagnérie » avec des extraits des deux opéras que le maître saxon a composés entre les 2e et 3e actes de Siegfried, ouvrant la soirée avec le Prélude des Meistersinger von Nürnberg ample et aux sonorités sombres et charnues, et concluant avec un Prélude et Mort d’Isolde dramatique et onirique à souhait, au point que l’on se serait volontiers laissés emporter par une intégrale de Tristan und Isolde…
Moins égale a été la part française de la soirée, avec le Concerto n° 1 pour violoncelle et orchestre en la mineur op. 33 de Camille Saint-Saëns avec en soliste un Gauthier Capuçon en faisant des tonnes avec son instrument mais sans âme ni couleurs, demeurant à l’extérieur de l’œuvre, les candidats du Concours Reine Elisabeth de Belgique dont les finales se déroulaient cette même semaine qui ont choisi cette partition dans leur programme en disant davantage. En bis, le violoncelliste de renom s’est joint aux huit violoncellistes de la Staatskapelle requis pour le Saint-Saëns pour un arrangement guère convainquant de Lakmé de Léo Delibes par le pianiste néo Jérôme Ducros. De Claude Debussy, La Mer, triptyque qui a toujours convenu à Daniele Gatti, qui en a plusieurs fois dirigé ces esquisses symphoniques à la tête de l’Orchestre National de France, au point de graver l’œuvre au disque pour la postérité (1), mais avec l’orchestre saxon, aux sonorités sensuelles et profondes sachant se faire tempétueuses, les embruns se sont avérés plus expressionnistes qu’impressionnistes, sonnant cependant de façon pénétrante richement agrémenté de coloris à la fois chatoyants, amples et grondants. La disposition de l’orchestre à l’allemande (premiers et seconds violons se faisant face, séparés par les violoncelles et les altos, les contrebasses derrière les premiers violons), a magnifié les reliefs des diverses orchestrations, mais l’on eut apprécié que les trompettistes changent d’instruments pour les œuvres françaises, pour troquer leurs palettes par des pistons, plus clairs et incisifs.
Second concert, second programme en quarante-huit heures de la Staatskapelle Dresden samedi soir. Cette fois, la phalange saxonne a chanté dans le jardin de son directeur musical, le chef italien Daniele Gatti, sous la direction de qui elle a offert une Messa da requiem de Giuseppe Verdi à couper le souffle. Moins de deux mois après la remarquable prestation dans ce même chef-d’œuvre du genre de la Tonhalle et du Chœur de l’Opéra de Zürich dirigés par Paavo Järvi (voir http://brunoserrou.blogspot.com/2026/03/haletante-messa-da-requiem-de-verdi-par.html), les musiciens de Orchestre dresdois auquel s’est adjoint le Chœur de l’Orchestre de Paris impressionnant de cohésion ont donné une interprétation passionnément dramatique, magnifiant le propos du compositeur, emportant l’œuvre avec énergie et une tension d’un tragique éperdu, lui donnant ainsi avec force les contours d’un véritable drame lyrique. Il faut dire que le cast de solistes réuni pour l’occasion a été exceptionnelle, avec une soprano solide et possédant toutes les notes, l’Italienne Eleonora Buratto, rayonnante de timbre et déchirante d’intonation dans le Libera me, une extraordinaire mezzo-soprano de chair et de sang, la stupéfiante Lettone Elina Garanča, un ténor héroïque d’assurance vocale et de timbre, le Parisien Benjamin Bernheim. Une déception néanmoins, la basse vénète Riccardo Zanellato à la voix apparemment fatiguée.
Magnifique prestation du Chœur de l’Orchestre de Paris raccord avec les splendeurs de lOrchestre de la Staatskapelle de Dresde, dont la disposition a été modifiée par rapport à celle de la veille, violons I face aux altos et à côté des violons II, violoncelles à leur gauche et contrebasses derrière altos et violoncelles, timbales associées à l’une des deux grosses caisses sur le côté derrière les violons I, tandis que le chœur était scindé en deux groupes, celui des femmes directement derrière l’orchestre, celui des hommes au-dessus, à l’étage, tandis que les solistes étaient agglutinés aux pieds du chef, au plus près des cordes, fusionnant ainsi avec l’orchestre en parfaite osmose.
Bruno Serrou
1) CD Sony Classical
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