Vainqueur controversé du XIXe Concours International Chopin en octobre dernier, sept ans après avoir remporté le Concours de Leeds et dix ans après avoir été classé quatrième du célèbre concours de Varsovie remporté cette année-là par Seong-Jin Cho, Eric Lu a suscité la controverse, à 28 ans, certains le qualifiant d’usurpateur alors même que sa carrière internationale éait dcéjà amplement développée, allant même jusqu’à remettre en question ses qualités de musicien. Pourtant, à l’écoute de ces Impromptus de Schubert
Dans la continuité de ses enregistrements des Sonates D. 784 et D. 959 de Schubert parus en 2022, Eric
Lu retrouve pour son deuxième disque Warner Classics le compositeur viennois
pour une intégrale de ses huit Impromptus
de 1827 qui atteste d’une maturité et d’une déférence remarquables de ces deux
recueils d’œuvres parmi les plus profondes et intimes. Mais aussi une maîtrise
éblouissante du son, des nuances et des couleurs, son jeu particulièrement sensible
et d’une intuition émotionnelle exceptionnelle, ce qui jette définitivement le
discrédit dont le pianiste a été victime, lui reprochant un style impersonnel,
lisse et trop parfait, qui se serait imposée au détriment de la musicalité, d’empreintes
personnelles, d’authenticité.
Gravés à Berlin l'année précédant le Concours
Chopin 2025, ses Impromptus de Schubert démontrent
combien son prix n’a rien de galvaudé. En effet, le pianiste étatsunien possède bel et
bien une sensibilité à fleur de peau magnifiée par une sonorité d’une richesse
inouïe suscitée par une intelligence du son prodigieuse, un sens aiguisé du
récit, ses phrasés délectables qui le classent indubitablement parmi les très
grands pianistes. Ses Impromptus sont
dans le ton de l’intime confidence, toujours subtiles, évitant le mielleux,
chantant la douleur de Schubert avec une émotion d’une singulière humanité,
caractéristique de la douloureuse nostalgie de Schubert sans pour autant
toucher à la affectation. Lu est particulièrement sensible à la façon dont
Schubert élabore de grandioses structures, créant une envoûtante impression de
suspension du discours grâce à sa conception d’une richesse de détails
fascinante au point que le temps semble s’arrêter dans un certain nombre de
pages. Dès l’Impromptu n° 1 allegro molto
moderato en ut mineur du premier volume, D. 899 op. 90/1, il captive par l’ampleur de son phrasé, les lignes
respirant particulièrement large comme se déployant à l’infini, et les
transitions s’avérant d’une fluidité remarquable, tandis que les passages
dramatiques s’intègrent de façon incroyables de naturel et de fluidité dans la
continuité du discours, l’ensemble atteignant une beauté carrément céleste, même
si les tempi s’avèrent parfois un
rien trop distendus, comme dans le deuxième du second cahier, Allegretto en la bémol D. 935 op. 142, les
dernières mesures de l’Impromptu en fa mineur
D. 935 op. 142/4 est vertigineux, avec cet envol des mains courant sur le
clavier du plus aigu au plus grave.
Bien que je reste pour ma part
particulièrement sensible à la conception noble, fluide et d’un lumineux
onirisme enrichie d’un toucher unique suscitant des sonorités si riches et si profondes
le tout dans des tempi d’une justesse
incomparable d’Alfred Brendel (CD Decca), l’intégrale d’Eric Lu touche par son
authenticité et par la poésie qui émane de son jeu et de sa conception globale.
Bruno Serrou
1 CD Warner Classics 5021732869319. Durée : 1h 12m 38s. Enr. :
août, septembre 2024. DDD


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