jeudi 15 décembre 2011

Gil Shaham transcende l'Orchestre de Paris

 Salle Pleyel, mercredi 14 décembre 2011
Concert en-deçà du niveau d'exigence et de conviction auquel l'Orchestre de Paris a habitué ses fidèles. Cette méforme passagère pourrait avoir été le corolaire de la fatigue de la tournée en Asie que la phalange parisienne vient d'effectuer avec grand succès ... En tout cas, le cœur ne semblait pas être de la partie, mercredi soir, au point de laisser le public indifférent sinon désorienté. Trompettes, cors, trombones se sont montrés moins sûrs et chatoyants que de coutumes, les bois plus ternes (à l'exception du formidable cor anglais Gildas Prado), les tutti pesants et gras... Cette soirée a été heureusement enluminée par Gil Shaham, qui, comme de coutume, a brillé par son aisance, l'évidence toute simple de son jeu, l'éclat de ses sonorités, la précision et l'agilité de son archet, réussissant à transcender un Concerto pour violon op. 14 (1939/1943/1948) de Samuel Barber (1910-1981) qui, sous ses doigts de magicien a presque atteint l'ampleur et le souffle des grandes pièces du genre... Le bis qu'il a donné ensuite, le rondeau de la troisième Partita de Bach, a été pure enchantement. En introduction  de la soirée, son compatriote James Conlon à dirigé une version tonitruante de l'ouverture pour The School for Scandal op. 5 (1931-1933) du même Samuel Barber. En seconde partie, le triptyque symphonique complet  des Nocturnes de Claude Debussy a été dirigé sans nuances, lourdement et dans des tempi excessivement resserrés, voire asphyxiants, par Conlon, Nuages étant en outre trop compact et matériel, Fêtes plus dans le ton, Sirènes sans grâce, d'autant moins que les choristes étaient trop nombreuses (72 au total !). Pour conclure, Conlon a dirigé le Gloria pour soprano, chœur mixte et orchestre (1959) de Francis Poulenc (1899-1963) de façon convaincante, parvenant même à faire oublier les approximations des vents et la pesanteur des archets. Le chœur de l'Orchestre de Paris s'est avéré homogène, mais Patricia Petibon n'a pas semblé à l'aise avec la tessiture de la partie de soprano, le timbre épais, poussant sa voix dans l'aigu...
Bruno Serrou

mercredi 14 décembre 2011

La soprano Anne-Catherine Gillet signe pour Aeon l'un des plus beaux disques de mélodies de l'année 2011




Il est des disques coup de foudre. Celui que le label Aeon a confié à Anne-Catherine Gillet est de ceux-là. Merveilleusement soutenue par ses compatriotes de l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège dirigé par le chef britannique Paul Daniel, la soprano belge touche par l’extraordinaire luminosité de son timbre, l'extrême malléabilité de sa voix, la fraîcheur de son intonation, la limpidité de son articulation. Interprété avec une ineffable simplicité, chaque volet du programme est une confession, la cantatrice s’adressant à ses auditeurs sur le ton de la confidence amicale. Elle restitue à chacun des trois cycles de mélodies ses couleurs propres. Ainsi, donne-t-elle sa spontanéité juvénile à la scène dramatique aux climats changeant brossée par un enfant de six ans que Samuel Barber (1910-1981) se souvient avoir été, Knoxville: Summer of 1915 op. 24 (1948) composé sur un poème de James Agee (1909-1955), scénariste entre autres de la Nuit du chasseur de Charles Laughton, qu’Anne-Catherine Gillet chante dans un anglais parfait. Quoiqu’écrites à l’origine pour plusieurs voix alternant, les Nuits d’Eté op. 7 (1838-1841) d’Hector Berlioz (1803-1869) restent marquée par l’extraordinaire interprétation de Régine Crespin, soprano dramatique aux graves abyssaux, mais Anne-Catherine Gillet investit elle aussi si bien les vers de Théophile Gautier (1811-1872) qu'elle réussit le miracle de toucher avec la même force que son aînée, avec ses moyens de soprano léger d’une élasticité il est vrai étonnante. L’orchestre liégeois dirigé par Paul Daniel est ici plus chatoyant encore que celui de la Suisse romande dirigé par Ernest Ansermet, la dynamique et les couleurs corroborant la plastique exceptionnelle de la voix de la soliste et l'impressionnante fluidité de sa diction, les pupitres solistes rivalisant de virtuosité naturelle. Tout aussi captivante est l’interprétation du cycle les Illuminations, chef-d’œuvre de Benjamin Britten (1913-1976) composé en 1939, en français, pour voix aiguë et orchestre à cordes sur des extraits de poèmes en prose éponymes d’Arthur Rimbaud (1854-1891) articulés autour de la dernière phrase de l'énigmatique Parade, « J’ai seul la clef de cette parade sauvage ». La voix claire et délicate d’Anne-Catherine Gillet fusionne à la perfection avec la polyphonie d’une vivacité extrême des cordes. Un disque à se procurer d’urgence, pour l'écouter et le réécouter à satiété.
Bruno Serrou

mardi 13 décembre 2011

Festival d'Automne, quand John Cage se rit des snobs

Théâtre de la Ville, lundi 12 décembre 2011
Le concert John Cage (1912-1992) du Festival d'Automne à Paris donné lundi au Théâtre de la Ville aura attiré un vaste public constitué pour l'essentiel de snobs, qui se seront ennuyé ferme, au point  qu'une multitude de tubards s'est distinguée bruyamment et à contretemps d'une musique rare, pointilliste. Cantonné entre les nuances p et ppp, Cage se joue de cette engeance trop courante dans ce festival  pourtant passionnant de son grand rire farceur, signant une musique qui aurait dû inciter ces gens-là à consommer avant de se rendre place du Châtelet une palanquée de champignons hallucinogènes. Il faut dire que Cage-l'Espiègle s'est particulièrement moqué de ce type de spectateurs dans la pièce pour shô (orgue à bouche japonais) One, n° 8 (1991) jouée avec le plus grand sérieux par Matumi Miyata, créatrice en 1992 de Two pour shô et percussion du compositeur new-yorkais né en Californie, et Freeman Etudes (du nom de la mécène et amie de John Cage, Betty Freeman) n° 2 et 3 (1977), excessivement dépouillées, et 16 (1980) et 27 (1990), plus consistantes (mais toutes de deux pages chacune, pour éviter la "tourne") par la remarquable violoniste bavaroise Carolin Widman. Mais le moment le plus remarquable quoique un peu long et répétitif, les Hymns and Variations pour douze voix amplifiées sur deux hymnes du premier compositeur étasunien de musique chorale, William Billings (1746-1800), Old North et Heath. Cage varie dix fois ces hymnes, opérant par soustractions et réduisant les mots aux seules voyelles. Ces pages délicates et particulièrement attachantes ne sont pas sans évoquer Carlo Gesualdo, bien que Cage y suspende les tensions harmoniques. Ces pièces de deux pages chacune ont été brillamment interprétées par l'Ensemble Vocal Exaudi, dont les deux ténors avaient introduit en écho la soirée avec Ear for EAR (Antiphonies), œuvre succincte de 1983 au nuancier si confidentiel que même les auditeurs les plus attentifs ont eu du mal à distinguer les voix au milieu des quintes... de toux et des raclements de gorge des tonitruants poitrinaires qui n'avaient que faire de la musique, des artistes et de leurs voisins. Il en a été de même durant l'exécution des Four Solos (1988) pour soprano, mezzo-soprano, ténor et basse, et de Four (1990) pour quatre voix, deux œuvres intercalées entre les deux pages pour violon. 
Bruno Serrou

lundi 12 décembre 2011

Aldo Ciccolini, récital émotion Salle Pleyel

Samedi 10 décembre 2011
 
Récital émouvant samedi soir Salle Pleyel d'Aldo Ciccolini. A près de 87 ans, l'immense pianiste d'origine italienne est apparu en grande forme, alors qu'il avait annulé ce récital prévu à l'origine le 5 octobre dernier. Après avoir modifié son programme initial, qui devait être entièrement consacré à Liszt, Ciccolini a finalement fait un mixe, avec une première partie vouée à Wolfgang Amadeus Mozart et Muzio Clementi, et la seconde à Franz Liszt, mais, cette fois, avec des œuvres moins athlétiques
Les Mozart de Ciccolini sont apparus simples, lumineux, alternant grâce et profondeur, spiritualité et sensualité. Aussi bien dans la Fantaisie en ut mineur n° 14a Kv. 475 enchaînée avec sa jumelle, la Sonate n° 14b Kv. 457 de la même tonalité, deux œuvres publiées en 1785 sous le numéro d'opus 11.Dans la seconde, aux élans tragiques, Ciccolini a imposé son extraordinaire rondeur de son, à l'instar de la somptueuse et dramatique Sonate en sol mineur op. 34 n° 2 de Clementi, d'une intériorité exceptionnelle. Ce que le pianiste a pérennisé dans les transcriptions de Liszt, autant celles de pages de ses contemporains, une voluptueuse Danza sacra e duetto finale d'Aida de Giuseppe Verdi, d'une incroyable évidence, enchaînée avec l'Isoldens Liebestod aus Tristan und Isolde d'après Wagner d'une grandeur ineffable, tandis que les mains de Ciccolini semblaient survoler le piano comme en apesanteur, que celles de Liszt même, concluant dans l'onirisme de trois extraits des Harmonies poétiques et religieuses (Hymne de l'enfant à son réveil, transcription d'une pièce chorale pour voix de femmes, Miserere, transcription d'un motet entendu Chapelle Sixtine, et Invocation, partition originale qui ouvre en fait le recueil des Harmonies). 
Devant un public énorme (pas une place de libre !), se déplaçant à petits pas, hésitant en quittant la scène pour entrer dans la coulisse à cause d'une mauvaise ombre sur le seuil, Ciccolini communiait avec la foule qui l'acclamait et à laquelle il a fait le présent de deux tendres bis. Était-ce un concert d'adieu ?... C'est en tout cas le sentiment que laisse ce récital où le temps a semblé comme suspendu, bouclant la boucle de la vie d'un artiste qui aura été l'un de mes premiers compagnons musiciens, l'ayant croisé enfant plus d'une fois dans les murs de l'Ecole Marguerite Long au tournant des années 1950-1960, avant d'en faire le "héros" du tout premier disque acheté avec des économies de pré-adolescent, un superbe disque à couverture grise "la Voix de son maitre", réunissant les Concertos pour piano et orchestre n° 1 de Tchaïkovski et n° 2 de Rachmaninov, avec l'Orchestre national de la Radiodiffusion française dirigé par Constantin Silvestri...  
Bruno Serrou

jeudi 8 décembre 2011

Lise de la Salle joue Liszt Auditorium du Louvre


Paris, Auditorium du Louvre, mercredi 7 décembre 2011 
Liszt par Lise de la Salle
Bicentenaire oblige, Franz Liszt (1811-1886) aura occupé l’avant scène musicale 2011. Moins omniprésent cependant que Frédéric Chopin voilà deux ans, le compositeur hongrois de dimension universelle – né en Hongrie, il vécut longuement en France, après que le Conservatoire lui eut refusé l’accès, avant de s’installer en Allemagne et de faire de l’Italie sa terre d’adoption – il aura néanmoins été programmé un peu partout en France, avec plus ou moins de bonheur et de diversité. En effet, malgré une prolifique et passionnante production pianistique – sans oublier les œuvres chorales, oratorios, lieder, symphonies, poèmes symphoniques dont il est l’inventeur et qui ont longtemps fait les délices des sociétés de concert et sont désormais outrageusement négligés par nos orchestres – les programmateurs ont guère modulé leurs choix, les pianistes jouant trop systématiquement les mêmes pages.
Huit jours après l’intégrale des Années de pèlerinage que Bertrand Chamayou a donnée Théâtre des Champs-Elysées sous l’égide de Jeanine Roze Productions auquel je n’ai pas pu assister, Lise de la Salle a proposé mardi sur le plateau d’un Auditorium du Louvre archicomble et devant les caméras de Medici.tv qui le diffusaient en direct sur la toile un programme bien élaboré, reprenant pour l’essentiel son beau CD paru chez Naïve(1) en juillet dernier, avec des œuvres grand public du compositeur, mettant son éclectisme en exergue. A 23 ans, Lise de La salle atteste d’une belle maturité dans les grandes pages de la première partie du concert, lancé par la Ballade en si mineur S. 171 de 1853, qui a ainsi mis le curseur très haut dès le début de sa prestation, sa technique parfaite lui permettant d’exalter une éblouissante musicalité. Tout comme les déchirantes Funérailles (septième des Harmonies poétiques et religieuses) composées en octobre 1849 en hommage à trois des victimes de la révolution hongroise que Lise de la Salle a jouées comme un authentique poème symphonique. Après Nuages gris, pièce de la dernière période de Liszt (1881) interprétée avec mélancolie mais sans affectation, Lise de la Salle a conclu cette première partie donnée sans pause sur la fantaisie quasi sonate Après une lecture du Dante (1839/1849) dernière pièce de la Deuxième Année de pèlerinage : Italie, grande sonate en un seul mouvement où Liszt dépeint l’Enfer de Dante et à laquelle la jeune pianiste a donné toute sa puissance, sa passion et sa dimension orchestrale. La seconde partie est apparue plus convenue, les arrangements et transcriptions choisies n’étant pas les plus évocatrices, à l’exception de la Mort d’Isolde (1867), à laquelle il a manqué un brin de passion, les mains aériennes et impérialement maîtrisées de la pianiste exaltant la diversité des voix de l’orchestre et du chant wagnériens entièrement restitués par les dix doigts de l’instrumentiste. Le Lacrimosa de Mozart (1865) est apparu long et anecdotique, tout comme les deux lieder de Schumann (Liebeslied et Frühlingsnacht – ce dernier étant le seul morceau ne figurant pas sur le CD Naïve, remplaçant Mazeppa de Liszt que l’on eut préféré écouter hier soir), et l’on eut apprécié que fut retenu un autre (voire plusieurs autres) lied(er) de Schubert que le célébrissime Ständchen… Dommage aussi que, après un premier bis consacré à Bach, les deux suivants aient détruit l’atmosphère générale du récital, les Pas sur la Neige de Debussy étant chaussés de lourds après-skis, et l’extrait de Roméo et Juliette de Prokofiev trop démonstratif.
Bruno Serrou
(1) CD Naïve V5267

mercredi 7 décembre 2011

Portrait de Darius Milhaud


DVD
Darius Milhaud et sa musique
C’est l’homme de Provence né à Marseille mais attaché à Aix qui n’a jamais vraiment été compris en France mais qui a su enrichir son écriture au Brésil où l’avait emmené Paul Claudel en 1917, fuyant l'occupation nazie en Californie pour y vivre une juste reconnaissance qui allait enfin lui être acquise en France qu’évoque ce superbe documentaire réalisé en 2010 par Cécile Clairval-Milhaud. Darius Milhaud (1892-1974) a traversé l'histoire européenne en voyageant toujours et cultivant les facettes polymorphes de son langage vagabond... Membre du Groupe des Six parrainé par Jean Cocteau, aux côtés de Georges Auric, Louis Duret, Arthur Honegger, Francis Poulenc et Germaine Tailleferre, Milhaud est l’un des compositeurs les plus féconds et influents du XXe siècle. Non seulement par le nombre de ses œuvres (443) opus et par l’originalité de son style mais aussi par la quantité d'élèves qui ont fréquenté ses cours au Conservatoire de Paris et au Mills College d’Oakland. Comme le rappelle ce film, Milhaud aura travaillé avec les grands écrivains de son temps, Claudel, Cocteau, Cendrars, Gide, Desnos, Lunel, Elie Wiesel, mis en musique de grands textes, de la Bible à l’encyclique Pacem in Terris de Jean XXIII en passant par le théâtre d’Eschyle, tandis que des artistes comme Fernand Léger, André Masson, Pablo Picasso et Georges Braque ont été les scénographes de ses ballets et opéras. De nombreux documents et illustrations relèvent le portrait du compositeur français, mort en 1974 en Suisse, qui évoque ses rencontres, son œuvre, ses voyages. En complément sont proposés le portrait du compositeur par son épouse, Madeleine Milhaud, et par son élève William Bolcom, tandis que sont proposés l’exécution de trois de ses partitions, la Cheminée du roi René, et les Premier et Dix-huitième Quatuors à cordes.
Bruno Serrou
Darius Milhaud et sa musique, de la Provence au monde. 2 DVD (60mn+150mn) Steinval (distribution Arcadès)

mardi 6 décembre 2011

Pascal Dusapin fait son Nietzsche


Pascal Dusapin fait son Nietzsche 

Paris, Théâtre des Bouffes du Nord, 16 novembre 2011

De la rencontre entre le compositeur français Pascal Dusapin et le baryton autrichien Georg Nigl est né O Mensch !. Depuis Richard Wagner, nombre de compositeurs se sont attachés à l’œuvre de Friedrich Nietzsche, lui-même compositeur à ses heures. Pascal Dusapin a choisi de mettre en musique vingt-quatre poèmes dans l’original allemand de l’auteur du Gai savoir pour réaliser un cycle de vingt-quatre lieder et quatre interludes composé à l’attention du baryton autrichien Nigl, qui participa à la création des deux derniers opéras de Dusapin (Faustus, The Last Night et Passion), et de la pianiste Vanessa Wagner, à qui le compositeur  a dédié deux de ses Etudes pour piano. Dusapin a également signé la mise en scène de ce spectacle, qui a pour sous-titre « Inventaire musical non raisonné de quelques passions nietzschéennes ». 

L’une des particularités de cette œuvre réside en sa genèse, qui a suscité une opération inédite dans le monde du spectacle vivant : une souscription individuelle de 3000 euros pour compléter le financement de l’œuvre par le Théâtre des Bouffes du Nord qui a réuni vingt-sept donateurs, un pour chacune des parties du monodrame. Soit vingt pour cent du budget du spectacle pour lesquels les commanditaires ont reçu en échange un certain nombre d’avantages dont un exemplaire personnalisé de la partition autographe enrichie de photos et de dessins réalisés par le compositeur… 

Véritable cycle de lieder pour voix et piano, O Mensch ! de Pascal Dusapin sur des poèmes de Friedrich Nietzsche se présente dans l'esprit d’un monodrame. Sur le plateau, un piano dans le noir côté jardin, un homme qui chante tout en se déplaçant côté cours et au centre de la scène, avant de s'appuyer sur le piano, qu’il se met à jouer dans les dernières minutes du spectacle, sur l’aigu du clavier. L’Homme est une sorte de « Janus » qui marche et qui cherche, entouré d’ombres, de contours et de quelque visage, pris dans des filets de lumière, d’eau et de feu.  Le cycle s’ouvrant sur le poème éponyme O Mensch, l'on ne peut s'empêcher de penser dans un premier temps au lied du même titre que Mahler intégra à sa Symphonie n° 3. Puis le monodrame se tourne vers une tristesse schubertienne, avant de glisser dans la désolation, les passages les plus enlevés étant en vérité les plus graves et douloureux. Cette solitude éprouvante de l’Homme est soulignée par l’apparition de l’accord de Tristan de Richard Wagner. L’environnement informatique et vidéo réalisé par Thierry Coduys campe des espaces acoustiques mouvants, la nature nocturne qui emporte l’âme du Wanderer et invite le spectateur au voyage. Mais l’alliage ne prend pas vraiment et laisse l’auditeur sur le bord de la route. Peut-être en raison d’un piano qui se cantonne dans le grave du clavier, le plus souvent dans un climat d’une lenteur écrasante, tandis que l’écriture vocale se situe dans la tradition du lied, sans surprise ni renouveau, cela soixante-quinze minutes durant. Le tout est interprété avec délicatesse et émotion par les dédicataires, Georg Nigl et Vanessa Wagner. 

Bruno Serrou 

Le spectacle sera présenté au Grand théâtre, Studio, de la Ville de Luxembourg le 11 janvier 2012, Salle Barrault de la scène national d'Orléans le 25 janvier 2012, à l'Opéra de Rouen en novembre 2012 et à l'Opéra de Reims durant la saison 2012-2013. 

Photo : © Marthe Lemelle