mercredi 13 août 2014

Mort de Frans Brüggen mercredi 13 août 2014 à l’âge de 79 ans. Il était l’un des maîtres du renouveau de la musique baroque

Frans Brüggen (1934-2014). Photo : (c) Annelies van der Vegt

Né le 30 octobre 1934 à Amsterdam, Frans Brüggen est le premier grand virtuose moderne de la flûte à bec et de la flûte traversière baroque, deux instruments qui n’existaient quasi plus avant lui. Il a ainsi démontré que le premier est un instrument de musique à part entière, contrairement à celui qui aura dégoûté à jamais de la musique quantité d’adolescents dans les collèges. Brüggen est aujourd’hui encore considéré par les flûtistes à bec comme le père du renouveau de l’école de leur instrument.
Frans Brüggen (1934-2014). Photo : DR
Frans Brüggen, qui avait étudié la flûte à bec avec Kees Otten et obtenu un premier prix de flûte au lycée musical d’Amsterdam ainsi que son diplôme de musicologie à l’Université de sa ville natale, était devenu un professeur fort couru. Il a fondé une grande école de flûte à bec où il formera les plus éminents de ses jeunes confrères. Dès 1955, il enseigne au Conservatoire de La Haye jusque dans les années 1970 et participe dans les années 1960-1980 à la renaissance de la flûte baroque. En 1972-1973, l’Université de Harvard l’invite à donner des conférences consacrées à la musique baroque, qu’il enseigne également au Conservatoire d’Amsterdam. Son style brillant, sa vélocité, ses sonorités transparentes et fluides le conduisent très vite à collaborer avec des musiciens comme Gustav Leonhardt et Anner Bylsma. Il renonce progressivement à la flûte moderne de Boehm au profit des originaux ou de leurs copies, du XVIe au XVIIIe siècle. Ce qui ne l’empêche pas de s’intéresser à la musique de notre temps, au point que Luciano Berio lui dédie en 1966 ses Gesti, qui associent jeu traditionnel et théâtralité, et d’être membre du groupe d’avant-garde Sourcream.
Frans Brüggen (1934-2014). Photo : DR
Après avoir créé un premier ensemble, le Brüggen-consort, Frans Brüggen se tourne de plus en plus vers la direction d’orchestre et fonde en 1981 l’Orchestre du XVIIIe Siècle où il réunit une cinquantaine d’instrumentistes en provenance de seize pays différents pour des sessions annuelles. Avec cette formation, il donne une impulsion nouvelle à l’interprétation du répertoire symphonique baroque et classique sur instruments d’époque, avec quelques incursions dans le premier romantisme. Cette quête de l’« authenticité » conduit les grands orchestres symphoniques à faire appel à ses services pour diriger et travailler Haydn, Mozart et Beethoven, particulièrement l’Orchestre Philharmonique de Vienne, l’Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam et l’Orchestre de Paris qui l’invitent tous pour des sessions annuelles. Il est également l’un des hôtes privilégiés de l’Orchestre de l’Âge des Lumières dont il est Chef émérite. De 1991 à 1994, il est le directeur musical du Het Radio Kamerkorkest dont il est ensuite chef associé aux côtés de Péter Eötvös de 2001 jusqu’à sa dissolution en 2005.
Frans Brüggen (1934-2014). Photo : DR
Frans Brüggen est mort dans la matinée de mercredi 13 août 2014. Il avait 79 ans. Epoux de l’historienne d’art Machtelt Israëls, il est le père de deux filles, Zephyr et Eos.

Frans Brüggen laisse à la postérité une impressionnante discographie, dans chacune de ses spécialités. En tant que flûtiste à bec, il convient de retenir entre autres une anthologie de douze CD qui couvre tout le répertoire de cet instrument (Teldec Classics), une autre consacrée à dix maîtres italiens de la flûte à bec (Telefunken das alte Werk) et les Concertos brandebourgeois de Jean-Sébastien Bach avec Gustav Leonhardt, Sigiswald et Barthold Kuijken et Paul Dombrecht (Seon/Sony). A la flûte traversière, notons les Sonates et Partita pour flûte de Jean-Sébastien Bach et les Sonates méthodiques de Telemann  (Seon/Sony). 

Comme chef, il a gravé les intégrales des symphonies de Beethoven et de Schubert, plusieurs symphonies (Sturm und Drang, Parisiennes, Londoniennes) et les Sept dernières Paroles du Christ sur la Croix de Haydn, des symphonies, la Gran Partita, la Messe du Couronnement et le Requiem de Mozart, les deux Passions et la Messe en si de Jean-Sébastien Bach, le tout chez Philips/Glossa. 

Bruno Serrou

mardi 12 août 2014

Le Quatuor Talich, en tournée en France pour ses 50 ans, a donné un concert en plein air au Festival Labeaume en Musiques

Labeaume (Ardèche), Festival Labeaume en Musiques, mercredi 30 et jeudi 31 juillet 2014

Labeaume (Ardèche). Photo : (c) Bruno Serrou

Quatuor d'archets parmi les plus brillants, le Quatuor Talich célèbre cette année son demi-siècle d’existence. Si la France l’a découvert en 1975, c’est en 1964 que Jan Talich Sr, neveu du grand chef d’orchestre Vaclav Talich qui éleva en vingt ans (1919-1939) la Philharmonie Tchèque au sommet de la hiérarchies des orchestres mondiaux, l’a porté sur les fonts baptismaux. Ayant échappé à la répression du Printemps de Prague et aux noires années qui suivirent, ce quatuor d’archets a su conserver la magie de sa sonorité tout en ne cessant d’évoluer. En cinquante ans, les Talich ont renouvelé leurs cadres, surtout depuis le départ du fondateur en 2000 remplacé par l’altiste Vladimir Bukač, entré comme second violon voilà vingt et un ans, tandis que Jan Talich Jr. succédait à Petr Messiereur, qui avait lui-même remplacé Jan Talich Sr. au poste de premier violon.

Quatuor Talich (Vladimir Bukač, Roman Patočka, Jan Talich Jr. et Petr Prause). Photo : (c) Quatuor Talich

Le Quatuor Talich et la tradition Mittle Europa

De tradition « Mittle Europa », à l’instar des Viennois, les Tchèques se sont tous attachés avec un succès qui ne s’est jamais démenti au quatuor à cordes. Avec Smetana, Dvořák, Suk, Janáček, Martinů côté création, du Quatuor Bohémien au Quatuor Talich en passant par le Quatuor Suk, le Quatuor de Prague ou le Quatuor Pražák, pour ne citer qu’eux côté ensembles, la plus riche et exigeante des formations chambristes n’a cessé d’attirer les musiciens tchèques. Les chaleureux élans du violon de Jan Talich Jr. auxquels répondent la dextérité de Roman Patočka, plus jeune des membres du Talich entré en 2012 comme second violon, le velouté de l’alto de Vladimir Bukač et la volupté du violoncelle de Petr Prause procèdent du jeu souple d’archets aériens qui instillent des sonorités épanouies et sensuelles au service d’une profonde expressivité, ce qui fait le prix des Talich qui renvoient au Quartetto Italiano (1945-1980) rayonnant dans Haydn, Mozart, Beethoven et Schubert, avec en plus cette nostalgique générosité qui s’exalte dans la musique tchèque et avec laquelle ils rehaussent Mendelssohn et Chostakovitch. « Pour assurer notre désir de continuer à jouer ensemble, nous avons besoin de vivre indépendamment les uns des autres une expérience artistique autonome, en jouant avec d’autres formations et en enseignant, convient Vladimir Bukač. Nous nous retrouvons ainsi avec plaisir, riches de nos pratiques diverses qui enrichissent celle du quatuor. Nous cherchons aussi à élargir notre répertoire en travaillant des œuvres nouvelles puisées dans le passé et en passant des commandes. »


Tournée et disques

La France, son premier pays d’adoption après la Tchéquie, a été le cadre d’une tournée estivale qui a conduit le Quatuor Talich dans dix festivals et se sera conclu à Labeaume, Prades et Pleguien, tandis que son éditeur de disques vient de publier à prix modique quelques-uns de ses plus beaux enregistrements choisis au sein d’une abondante discographie réalisée pour le label Calliope dans les années 1970-1990, mais heureusement acquis en totalité par La Dolce Volta, qui a réédité avec infiniment de soin les intégrales Mozart, Beethoven et Mendelssohn, avant de proposer cette série-anniversaire de dix CD (1), tout en réalisant de nouveaux enregistrements, puisqu’après un disque au couplage classique réunissant le quatuor de Debussy et celui de Ravel, les Talich viennent d’enregistrer deux quatuors de Dvořák.

Photo : (c) Bruno Serrou

Festival Labeaume en Musiques

C’est dans un endroit magique et majestueux planté au fin fond du département de l’Ardèche dans un village au bout d’une route en cul-de-sac sur les rives d’un affluent de l’Ardèche, la Beaume, à quelques encablures au nord de Vallon-Pont-D’arc que j’ai écouté le Quatuor Talich. Ce cadre géologique improbable fait de rivière, de grottes et d’à-pics de rochers monumentaux, constitue un ensemble de « salles » de concerts incroyable qui, selon la situation, peut recevoir de quatre-cents à trois mille spectateurs. 

Labeaume. Pont franchissant la rivière La Beaume. Photo : (c) Bruno Serrou

Aucun panneau routier ne signale pourtant cette bourgade à plus de deux kilomètres à la ronde. Il faut presque y être pour savoir que l’on touche au but. Un seul hôtel accueille le voyageur au centre du bourg à l’ombre de l’église. Un unique parking, obligatoire, déborde de véhicules d’estivants venus s’épandre sur les plages de sable et de galets d’un cirque de rochers. Le soir venu, des foules se bousculent à des soirées musicales ouvertes à tous les répertoires, du classique aux musiques du monde. 

Lieu mythique de concerts du Festival Labeaume en Musiques, à l'aplomb de la rivière La Beaume, affluent de l'Ardèche. Photo : (c) Bruno Serrou

« C’est le grand Alexandre Lagoya qui, en 1996, m’a fait découvrir ce lieu fabuleux ou les salles de concerts foisonnent à ciel ouvert, se souvient Philippe Piroud, directeur du festival Labeaume en Musiques. Ce site extraordinaire a immédiatement séduit le Bressan que je suis et j’ai tout fait pour y créer un festival, qui perdure depuis dix-sept ans. » Piroud a été littéralement ébloui par ce complexe fabuleux fait de rochers ruiniformes, de falaises vertigineuses et d’eau vive, le tout formant de véritables cathédrales de son somptueusement mises en valeur par des éclairages qui en exaltent les reliefs. Mais l’acoustique est soumise aux aléas du temps, et l’humidité l’assèche. Si bien que le concert de quatuor à cordes ne s’est pas avéré concluant, malgré la qualité de l’ensemble invité, le Quatuor Talich, qui venait à Labeaume pour la troisième fois. « Et ce ne sera pas la dernière, promet Jan Talich Jr., premier violon du groupe. Dès l’hiver prochain, nous revenons. Cette fois ce sera dans l’église Saint-Pierre-aux-liens, aux dimensions plus adaptées. »

Labeaume, église Saint-Pierre-aux-liens. Photo : (c) Bruno Serrou

Concert Les Timbres/Harmonia Lenis en l’église Saint-Pierre-aux-liens

C’est ce qu’ont démontré les ensembles baroques Les Timbres (Julien Wolfs, clavecin et orgue, Myriam Rignol, viole de gambe, et Yoko Kawakubo, violon) et Harmonia Lenis (Kenichi Mizuuchi, flûte à bec, et Akemi Murakami, clavecin) dans des madrigaux italiens. L’acoustique chaude mais un peu sèche de cette petite église s’avère en effet fort bien adapté à la musique de chambre, au point que l’on y distingue parfaitement qualités et défauts des instruments et assurément des voix. 

Répétition du concert Les Timbres/Harmonia Lenis en l'église Saint-Pierre-aux-liens. Photo : (c) Bruno Serrou

Pourtant, un concert entier d’une heure trente de flûte à bec, même enrichie d’un continuo (clavecins/orgue, viole de gambe) et d’un violon, s’est révélé pour le moins fastidieux et monochrome, le programme entier étant joué sur le même ton. Gabrieli comme Monteverdi, en passant par Castello, Cesare, Falconiero, Merula et Turini, semblant être né du même moule.

Concert du Quatuor Talich, Festival Labeaume en Musiques. Photo : (c) Bruno Serrou

Le Quatuor Talich au pied du mur

Contrairement aux musiciens de la veille, le Quatuor Talich, qui s’est produit en plein air au pied d’une impressionnante falaise dont les ombres évoquaient quelque Mount Rushmore taillé par la nature, a dû être amplifié pour se faire entendre d’un public profane mais étonnement concentré, si ce n’étaient quelques applaudissements subreptices entre deux mouvements, malgré la fraîcheur environnante et l’exigence des œuvres jouées au terme d’une longue attente. Attente suscitée par le violoncelliste, Petr Prause, arrivé avec plus d’une demi-heure de retard comblée par le second violon, Roman Patočka. Confortant sa réputation de soliste, ce dernier s’est illustré dans des pages de virtuosité qu’il a ouvertes par le Prélude de la Partita n° 3 en mi majeur BWV 1006 de Jean-Sébastien Bach auquel il a enchaîné la Ballade de la Sonate en ré mineur op. 27/3 d’Eugène Ysaÿe et une pièce de Fritz Kreisler, avant d’être rejoint par Jan Talich Jr. et Vladimir Bukač pour le Terzetto en ut majeur pour deux violons et alto op. 74 d’Antonín Dvořák, malheureusement interrompu par l’arrivée pourtant largement espérée de Petr Prause.

Roman Patočka. Photo : (c) Bruno Serrou

Difficile ensuite de juger du concert en tant que tel qui associait compositeurs russe, tchèque et français. Le froid et l’humidité se sont en effet mis dans la partie, tandis que le violoncelliste n’avait pas eu le temps de s’échauffer avant de se lancer avec ses partenaires bouillants d’impatience dans le Quatuor à cordes n° 8 en ut mineur op. 110 de Dimitri Chostakovitch. En outre, la sonorisation n’a rien arrangé, affectant les sonorités chaudes et moelleuses de l’ensemble et la flamboyante sensualité du premier violon. Ce qui s’est avéré plus sensible encore dans le lumineux et nostalgique Quatuor n° 12 en fa majeur « Américain » op. 96 d’Antonín Dvořák que dans l’âpre huitième quatuor de Chostakovitch. Le Quatuor à cordes en fa majeur de Maurice Ravel s’est fait moins voluptueux que dans l’interprétation du Fine Arts Quartet entendue le 24 juillet au Festival des Arcs (voir http://brunoserrou.blogspot.fr/2014/07/le-festival-des-arcs-ou-la-musique-de.html), les sonorités étant peu épanouies et charnelles, écrasées par l’amplification, aussi légère fut-elle, tandis que les interprètes laissaient percer quelques signes d’irritation et de fatigue. Ce qui ne les a pas empêchés de reprendre en bis le finale du Quatuor « Américain » de Dvořák devant un public ravi mais frigorifié.

Labeaume. Sculptures brutes. Photo : (c) Bruno Serrou

Le matin du concert Talich, un lieu plus intimiste, la chapelle de Chapias, a été le cadre d’un récital de clavicorde à quatre mains offert par Marie-Anne Dachy et Julien Wolfs. Mais Labeaume en Musiques ne se limite pas au festival d’été, qui se termine le 15 août. L’implantation locale est en effet l’un des principes fondateurs de la manifestation, qui propose des « quartiers d’hiver » pour les Ardéchois. C’est d’ailleurs dans ce cadre que le Quatuor Talich devrait se produire en mars 2015... 

Bruno Serrou

1) Dix coffrets La Dolce Volta (distribution Harmonia Mundi) : Beethoven (Quatuors à cordes op. 130 et 133), Brahms (Sextuors à cordes), Chostakovitch (Quatuor à cordes n° 8, Quintette avec piano op. 57), Dvořák  (Quatuor à cordes « Américain » op. 96, Quintette à cordes op. 97), Smetana / Fibich (trois quatuors à cordes), Janáček / Schulhoff (trois quatuors à cordes), Haydn (les Sept dernières Paroles du Christ sur la Croix), Kalliwoda (trois quatuors à cordes), Mendelssohn (intégrale des quatuors à cordes), Mozart (Quatuors à cordes KV. 136 à 138, 525 et 546)


Ce compte-rendu se fonde en partie sur deux de mes articles parus les 4 août 2014, pour le premier, et 12 août 2014, pour le second, dans le quotidien La Croix

vendredi 8 août 2014

Légende vivante du piano, Menahem Pressler, fidèle du Festival de Menton, n’entend pas se priver de jouer sur le plus beau parvis de Méditerranée

Menton (Alpes Maritimes), Festival de Musique de Menton, parvis de la basilique Saint-Michel et Musée Cocteau, mardi 5 et mercredi 6 août 2014

Menton, le parvis de la basilique Saint-Michel. Photo : (c) Bruno Serrou

« Voilà cinquante-quatre ans que j’ai le plaisir de me produire à Menton, et je ne m’en lasse pas, s’enthousiasme Menahem Pressler. Jouer sur ce parvis, dos à la mer devant la façade à la réverbération un peu sèche de la basilique Saint-Michel, est un vrai bonheur. J’ai joué ici pour la première fois en 1960, avec mon Beaux-Arts Trio avec lequel je suis venu jusqu’en 1998. Mais c’est la première année que j’y donne un récital, et je compte bien continuer. » Légende vivante de 90 printemps, silhouette menue disparaissant derrière le grand-queue Steinway sur lequel il interprète ce mardi soir Debussy, le pianiste d’origine allemande formé en Israël et vivant aux Etats-Unis où il enseigne depuis 1955 à l’Université d’Indiana, a commencé voilà peu une troisième carrière, celle de concertiste soliste. « J’ai eu la chance de vivre trois vies de musicien, se félicite Pressler, l’air enjoué. Et je suis heureux de l’initiative de Paul-Emmanuel Thomas, directeur du Festival de Menton, de m’avoir proposé de jouer à la fois en soliste et avec un jeune quatuor à cordes allemand, le Quatuor Schumann fondé en 2007, avec lequel j’ai eu plaisir à répéter longuement. Car mon plus grand bonheur est en fait de transmettre ma longue et fructueuse expérience de chambriste à des musiciens qui pourraient être mes arrière-petits-enfants. »

Menahem Pressler durant la séance de signature d'après-concert. Photo : (c) Bruno Serrou

Vainqueur du Concours de Quatuors de Bordeaux en 2013, le Quatuor Schumann porte ce nom célèbre non pas en hommage au compositeur rhénan mais parce que trois de ses quatre membres sont des frères dont le patronyme est Schumann, la fratrie étant constituée d’Erik, Ken et Mark, respectivement premier et second violons et violoncelle. Seule l’altiste, Liisa Randalu, d’origine estonienne formée à Karlsruhe, Stuttgart, Francfort et Berlin, est une « pièce rapportée ». « Nous ne connaissions pas ce lieu qui s’avère enchanteur, s’enflamme Erik Schumann. Jouer sous les étoiles comme dans une salle de concert est un véritable enchantement. D’autant plus lorsqu’il s’agit de se produire avec un maître de la dimension de Menahem Pressler, avec qui nous rêvions de travailler. » Plus de neuf cents mélomanes de toute provenance se bousculent sur le parvis de la basilique Saint-Michel à Menton chaque première quinzaine d’août depuis 1950 pour écouter les plus grands interprètes qui se produisent face à la mer sur un podium planté aux pieds de la statue de l'archange terrassant le dragon. C’est donc avec l’une de ses figures emblématiques, Menahem Pressler, associée à une toute jeune formation particulièrement prometteuse, le Quatuor Schumann, que le festival de Menton a commémoré le soixante-cinquième anniversaire de son premier concert, donné au même endroit le 5 août 1950 par le Quatuor Vegh. Pour l’occasion, les organisateurs ont remis à chaque spectateur - à qui il a été également donné un facsimile du programme de salle de ce concert inaugural - une bougie qui lui a été demandé d’allumer de façon symbolique au début du concert.

Menahem Pressler. Photo : (c) Festival de Musique de Menton

La première partie du programme était partagée entre les deux protagonistes de la soirée. C’est au Maître qu’est revenu l’honneur d’ouvrir la soirée. Renonçant au Rondo pour piano en la mineur KV. 511 de Mozart annoncé en liminaire, Pressler, vêtu d’une veste de smoking blanc, s’est immédiatement lancé dans les Estampes de Claude Debussy, qu’il a jouées partition sur le pupitre du piano avec retenue mais aussi une clarté de chaque instant, même si l’on a pu lui trouver un détachement trop prononcé en regard de ce qu’il avait proposé en mars 2011 Cité de la Musique à Paris où il s’était avéré infiniment plus poétique. Ce qu’il a en revanche davantage mis en exergue dans la quatrième pièce de Debussy qu’il a ajoutée en guise de substitut au rondo mozartien, la troisième partie de la Suite bergamasque, le fameux Clair de Lune, chef-d’œuvre de douceur et de tendresse qu’il a abordé avec une exquise délicatesse.

Menahem Pressler et le Quatuor Schumann. Photo : (c) Bruno Serrou

Le maître a ensuite cédé sa place au Quatuor Schumann, qui a interprété avec précision et une retenue un peu excessive au risque de l’ennui, le Quatuor à cordes n° 1 en mi bémol majeur op. 12 de Felix Mendelssohn-Bartholdy. Le jeune quatuor d'archets a été rejoint en seconde partie par Menahem Pressler pour le Quintette pour piano, deux violons, alto et violoncelle en fa mineur op. 34 de Johannes Brahms dans lequel les musiciens n’ont pas donné tout ce que l’on pouvait légitimement attendre d’eux. Justement confié à un quatuor à cordes constitué dialoguant avec un pianiste de renom visant à lhomogénéité, ce chef-d’œuvre de Brahms est resté en retrait de l’expressivité à fleur de peau qui en émane pourtant, les longues phrases brahmsiennes d’une sublime beauté s’essoufflant étonnamment, le son du premier violon restant près du corps de son titulaire et ce qui en émanait manquant de luminosité et de sensualité. Seul l’alto s’est détaché de l’ensemble, obtenant les couleurs charnelles et l’élan caractéristiques de Brahms, alors que le violoncelle se faisait trop effacé. Pressler s’est quant à lui imposé à ses partenaires, qui ne demandaient de toute évidence qu’à satisfaire à son attente. Malgré ces carences, le public a demandé un bis, que les cinq musiciens se sont empressés de jouer, optant pour le scherzo du second Quintette pour piano et cordes en la majeur op. 81 d’un disciple de Brahms, Antonin Dvořák qui s’est avéré un peu blafard.

Menton, le parvis de la basilique Saint-Michel. Photo : (c) Bruno Serrou

Corollaire du plein air dans une ville de la Côte d’Azur aussi fréquentée l’été que l’est Menton, les bruits parasites intempestifs qui l’emportent régulièrement sur la musique. Mais c’est aussi la part inévitable inhérente à ce type de manifestation. Néanmoins, si les relents de musiques actuelles, les meuglements de motos et autres cris de joie inopportuns perturbent l’écoute, c’est bien peu en regard du « je-m’en-foutisme » du public des Chorégies d’Orange (voir http://brunoserrou.blogspot.fr/2014/08/le-premier-otello-de-verdi-de-roberto.html), celui de Menton s’avérant autrement plus concentré, attentif et plein d’égards pour les artistes. Le maire, présent mardi, pourrait peut-être décider d’y changer les choses, en faisant par exemple bloquer la circulation en bord de mer le temps des concerts…

Photo : (c) Bruno Serrou

Outre les grands concerts donnés sur le parvis de la basilique, d’autres sont organisés dans un autre lieu captivant, le musée Cocteau conçu par l’architecte italien Rudy Ricciotti où sont exposés les dessins du poète. Ils permettent à de jeunes musiciens de se faire entendre, comme cela a été le cas mercredi en fin d’après-midi pour la violoniste niçoise Solenne Païdassi, vainqueur du Concours Long-Thibaud 2010, accompagnée de l’excellent pianiste français d’origine polonaise Frédéric Vaysse-Knitter, élève de Kristian Zimerman et Lauréat Juventus. 

Frédéric Vaysse-Knitter (piano) et Solenne Païdassi (violon) jouant devant le portrait de Jean Cocteau. Photo : (c) Bruno Serrou

Leur programme était conséquent et téméraire, s’ouvrant avec rien moins que la fameuse Sonate en sol majeur pour violon et piano de Ravel, qui en donna la première audition en 1927 avec Georges Enesco, suivie du plus rare Divertimento tiré du ballet Le baiser de la fée de Stravinski dans l’arrangement pour violon et piano du compositeur lui-même, et de la plus courue Sonate n° 2 pour violon et piano en ré majeur op. 94 de Serge Prokofiev initialement écrite pour flûte et piano. Les sonorités profondes et riches du pianiste, jouant tout en délicatesse et en subtilité sur un Bösendorfer aux sonorités charnues, a formé un délectable complément au son plein et coloré de la violoniste, à qui il a donné la primauté en s’effaçant quand il le fallait pour mieux dialoguer avec elle dans les moments où les deux instruments chantent de concert, et instillant une assise rythmique parfaitement maîtrisée. Impressions confortées dans de souriants extraits des Danses roumaines de Béla Bartók offertes en bis à un public ravi.

Bruno Serrou

Note : Une partie de ce compte-rendu a été publiée dans le quotidien La Croix daté vendredi 8 août 2014

mercredi 6 août 2014

Le premier Otello de Verdi de Roberto Alagna face aux intempéries d'Orange

Orange, Chorégies, Théâtre antique, dimanche 3 août 2014

Giuseppe Verdi (1813-1901), Otello. Inva Mula (Desdemona) et Roberto Alagna (Otello). Photo : (c) Gromelles

Pour sa quatorzième participation aux Chorégies d’Orange en vingt et un ans, Roberto Alagna n’a pas choisi la facilité, abordant devant son public d’aficionados le rôle-titre de l’Otello de Verdi, l’un des plus exigeants du répertoire lyrique.

Le plateau du Théâtre antique d'Orange. Décor d'Emmanuelle Favre pour Otello de Verdi. Photo : (c) Bruno Serrou

Au côté de l’ultime Falstaff, également puisé par Arrigo Boito chez William Shakespeare, Otello est le chef-d’œuvre absolu de Giuseppe Verdi, qui, en 1885, signait avec cet ouvrage son pénultième opéra. L’on se souvient encore, à Orange, de l’hallucinante interprétation de Jon Vickers dans ce même ouvrage aux côtés de Teresa Zylis-Gara dirigés par Lorin Maazel en 1975 avec l’Orchestre National de France. En juillet 2003, en plein conflit des intermittents et mis en scène par Nicolas Joël, Vladimir Galouzine décevait face à une éblouissante Tamar Iveri, un magistral Yann Beuron en Cassio et un très sonore Jean-Philippe Lafont en Iago, avec le même orchestre mais dirigé par Evelino Pido. C’est dire combien Roberto Alagna, coqueluche du public d’Orange, était attendu pour sa prise de rôle à la scène, après avoir présenté en concert le printemps dernier au public parisien de larges extraits de l’opéra. 

C’était sans compter sur les intempéries le soir de la première. Car le ciel est souvent facétieux. Ce qu’il a prouvé en déversant samedi des trombes d’eau sur Otello, tandis que le crépuscule était transpercé d’éclairs, l’orage s’avérant plus puissant que la tempête déchainée par Verdi dès les premières mesures de sa partition. Tant et si bien que le public, qui eut le loisir d’être trempé jusqu’à la moelle des os en attendant l’annonce micro du report au lendemain par des organisateurs étrangement absents, dut retourner dimanche à Orange… Vingt-quatre heures plus tard, au même endroit, le ciel se faisait de nouveau menaçant au terme d’une journée caniculaire. En effet, quelques gouttes se sont mises à tomber de nuages noirs. Stoïque, le public ne s’en est pas particulièrement ému, jusqu’à ce que de qu’une pluie aussi torrentielle que brève s’abatte sur le théâtre antique et détrempe plateau, fosse et gradins. Ces derniers allaient être séchés par les spectateurs avec les moyens du bord, tandis que les premiers étaient épongés par un jeu de balais dextrement manipulés par les techniciens du festival. Les gradins de l’amphithéâtre de César Auguste n’étaient pas combles, peut-être en raison des incertitudes du temps, certains spectateurs ayant dû partir sous d’autres cieux…

… Mais la soirée n’en avait pas fini avec les désagréments. En effet, à la fin du premier acte, des coupures de courant ont suscité l’interruption de la représentation à deux reprises. La première obligea un arrêt complet de la soirée quelques minutes, avant que Myung-Whun Chung, qui dirigeait par cœur, reprenne à l’endroit précis où il avait dû s’arrêter, tandis que la seconde fois, plus brève, tous les protagonistes ont continué à jouer dans le noir quelques secondes…

Giuseppe Verdi, Otello. Roberto Alagna (Otello). Photo : DR

… Contrairement à samedi, Myung-Whun Chung a eu dimanche raison du ciel, en déclenchant enfin le cataclysme orchestral attendu. Immédiatement, le chef coréen, la partition dans la tête, de ce fait au contact direct de ses musiciens, dirigeant sans conducteur, a rappelé à qui l’avait oublié combien il a le sens du théâtre acquis pendant les six années passées à la tête de l’Orchestre de l’Opéra de Paris. Ainsi, le geste ciselé, le regard vif et vigilent, la main gauche d’une expressivité rare, la baguette tenue de la main droite battant sans relâche la mesure d’un mouvement précis attisant des nuances infinies, le chef coréen a dirigé avec panache un Orchestre Philharmonique de Radio France des grands soirs, qui a littéralement transcendé la soirée, portant l’œuvre à la fusion. Roberto Alagna s’est donné sans réserve dans le rôle d’Otello, lui donnant des accents déchirants, mais tirant à l’excès vers le vérisme et le larmoyant, tandis que la voix manque d’harmoniques graves, ce qui la rend trop légère et fluide pour le rôle, au point que le ténor a eu quelque difficulté à aller au bout de l’œuvre. Face à lui, le Iago de Seng-Hyoun Ko a certes le timbre approprié mais la voix sature dans l’aigu et il a, lui aussi, du mal à aller au bout. Inva Mula fait parfois songer à Mirella Freni en Desdémone, mais la ligne de chant bouge beaucoup, et Florian Laconi campe un Cassio effacé.

Signée Nadine Duffaut, épouse du directeur des Chorégies, plantée dans une scénographie d’Emmanuelle Favre dont l’axe est un miroir brisé sur lequel se meuvent les protagonistes et une vague vidéo en noir et blanc, la mise en scène est réduite aux acquêts sur cette vaste scène de soixante-seize mètres de large il est vrai complexe à maîtriser sur lequel les chœurs se déplacent tels des pachydermes, empêchant la musique de se faire entendre.

Giuseppe Verdi (1813-1901), Otello. Salut final. Photo : (c) Bruno Serrou

A noter une baisse considérable de la qualité d’écoute du public d’Orange qui ne cesse de discuter comme s’il était assis devant son poste de télévision pour un match de football, beaucoup dormant profondément profitant de leurs rares moments de veille pour tousser, éternuer et se moucher bruyamment, tandis que l’on regrette très vite l’invention du smartphone tant son usage intense pour photos et vidéos s’avère pour le moins perturbateur. Bref, les gradins d’Orange virent de plus en plus du théâtre au cirque…


Bruno Serrou

jeudi 31 juillet 2014

Christian Zacharias, entre baroque et moderne, enchante sans convaincre le Festival de La Roque d’Anthéron

La Roque d’Anthéron, Festival international de piano, Parc du Château de Florans, mardi 29 juillet 2014

Retour dans sa loge du Steinway joué par Christian Zacharias durant son concert avec l'Orchestre de Chambre de Bâle. Photo : (c) Bruno Serrou

Christian Zacharias est chez lui, à La Roque d’Anthéron. Il y joue tous les étés depuis que le festival existe. Le public ne s’en lasse pas, d’ailleurs, se montrant à son égard aussi fidèle que lui en se bousculant à chacune de ses prestations. Cette année, malgré la pluie pleine de considérations il est vrai en réfrénant son volume d’eau et la puissance de son flux, le pianiste allemand né en Inde voilà 66 ans, disciple de Vlado Perlemuter à Paris et vivant désormais dans le sud de l’Angleterre, est venu en Provence avec un orchestre Suisse, l’Orchestre de Chambre de Bâle. Cet ensemble fondé en 1984, joue habituellement sous la direction de son premier violon. Il concède néanmoins quelques exceptions, se produisant notamment sous la baguette de Giovanni Antonini, qui en est Chef invité permanent. Autre exception, mardi 29 juillet sous la coque à l’acoustique impeccable du Parc du Château de Florans, où il était dirigé par Christian Zacharias, qui, outre son extraordinaire talent de pianiste, s’illustre dans les domaines de la direction d’orchestre, de directeur de festivals et d’écrivain, tout en avouant une passion pour la peinture.

Christian Zacharias dirige du piano l'Orchestre de Chambre de Bâle dans le Concerto n° 24 de Mozart. Photo : (c) C. Gremiot

Evoluant du XVIIIe siècle versaillais au XIXe siècle du début de la IIIe République française en passant par une incursion dans le classicisme viennois, le programme concocté par Zacharias et l’Orchestre de Chambre de Bâle a conduit la plupart des membres de ce dernier à jouer successivement sur instruments anciens et modernes. Si pour le premier siècle il n’y a eu d’autres problèmes que la carnation et la justesse, pour l’œuvre intermédiaire il y a hélas eu hiatus. De fait, exécutés avec des archets baroques, des violoncelles aux piques entrées dans le coffre de l’instrument et des cuivres naturels mais avec des bois modernes, les huit extraits de la Suite pour orchestre de l’opéra-ballet les Indes galantes que Jean-Philippe Rameau fit publier en 1736 avec lesquels le Festival de La Roque d’Anthéron célébrait le 250e anniversaire de la mort du compositeur français, sous la direction nerveuse de Christian Zacharias que les cordes ne regardaient guère à contrario des instruments à vent, ont sonné de façon naturelle mais avec une prégnante acidité et des couleurs blafardes, le problème s’est avéré insurmontable dans la partition de Mozart composée un demi-siècle plus tard. En effet, dans le Concerto pour piano et orchestre n° 24 en ut mineur KV. 491, Zacharias a dirigé un orchestre d’instruments baroques depuis un grand Steinway de concert planté au milieu des musiciens dos au public. Le contraste entre les cordes, les cors et les trompettes aux timbres fades, les timbales dernier cri et le piano aux couleurs charnues et rutilantes a empêché l’œuvre de rayonner pleinement, déchirée entre deux mondes antinomiques. Tant et si bien que cette partition au caractère dramatique s’est avérée fade et interminable, le piano écrasant l’orchestre qui s’est avéré de ce fait quasi inexistant dès la longue introduction.

Christian Zacharias jouant en bis un Rondo de Mozart. Photo : (c) C. Gremiot

L’art du pianiste Christian Zacharias n’aura finalement pu s’imposer dans son évidente plénitude que dans le Rondo de Mozart qu’il a joué en bis en solo. Comme hypnotisé par la beauté du son égrenés par les doigts du soliste, le public n’a pas bronché ne serait-ce que d’un cil lorsque les premières gouttes de pluie sont tombées d’un ciel défait de toute étoile, passant machinalement les sachets d’imperméables en plastique transparent distribués par le personnel du festival en bout de rangées. Seul regret, que cet immense musicien n’ait pas donné de récital…

Christian Zacharias dirigeant l'Orchestre de Chambre de Bâle. Photo : (c) C. Gremiot

Devant des spectateurs qui n’auront pas cédé à la pluie, Christian Zacharias s’est retrouvé pour la seconde partie du concert devant un Orchestre de Chambre de Bâle complètement transformé pour répondre aux besoins de l’exécution de quatorze extraits de la musique de scène de l’Arlésienne de Georges Bizet. Attendue par un auditoire majoritairement provençal, cette œuvre, malgré une pluie tombant en pointillé jusqu’à la fin pour ne cesser qu’avec les derniers applaudissements à peine éteints, a suscité une attention et un enthousiasme étranges pour un non-provençal que cette partition déconcerte. Les cordes frottées avec des archets modernes, les violoncelles reposant sur leur pique, les cors devenus harmoniques ont rendu ses chatoyances à la partition de Bizet dirigée avec entrain par Zacharias. Malgré la pluie il est vrai hésitante, l’orchestre, étincelant, et le chef ont repris la Farandole finale de l’Arlésienne sous les cris s’enthousiasme du public, avant de conclure sur Tambourins des Indes galantes de Rameau, qui, joués sur les même instruments que ceux utilisés pour Bizet, a sonné de façon éminemment plus lumineuse et sensuelle que la première fois, tandis que le public rythmait de ses mains l’exécution de cette page suivant volontiers les consignes de Zacharias.

Le Festival International de Piano de La Roque d’Anthéron se poursuit jusqu’au 17 août.

Bruno Serrou


mardi 29 juillet 2014

Le Festival de La Roque d’Anthéron et les étoiles du Nord

XXXIVe Festival international de piano de La Roque d’Anthéron, Parc du Château de Florans, Samedi 26, dimanche 27 et lundi 28 juillet 2014

Répétition du concert de Leif Ove Andsnes avec l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo dirigé par Kazuki Yamada. Photo : (c) Bruno Serrou

Le Festival de La Roque d’Anthéron est au piano ce qu’est le Festival d’Aix-en-Provence à l’art lyrique : le Grand rendez-vous de l’instrument-roi qui en fait une manifestation estivale sans équivalent dans le monde. Le piano sous toutes ses formes et dans tous ses états, c’est ce que le mélomane peut percevoir en enchaînant les concerts et les récitals, surtout le week-end, où en quelques heures il est possible d’enchaîner un programme piano et percussion avec deux des coqueluches du festival, les Français Bertrand Chamayou et Jean-Frédéric Neuburger, par ailleurs excellent compositeur, concertant avec l’Ensemble AdONF - intitulé qui en dit long sur la volonté ludique de ses membres - constitué de percussionnistes de l’Orchestre National de France dans un programme associant des œuvres téméraires dans un tel cadre de Giacinto Scelsi, Edgar Varèse et George Antheil, et des pages de compositeurs plus grand public de George Gershwin et Serge Rachmaninov exécuté sur le grand plateau du Parc de Florans à l’horaire rituel du grand concert du jour alors que le soleil descend sur les séquoias et platanes où le chant des cigales s’éteint. Le lendemain, même lieu mais un peu plus tôt dans l’après-midi, un ensemble de jazz, le Quatuor Mikado qui se produisait pour la première fois au festival, constitué du pianiste compositeur Paul Lay entouré du saxophoniste Antonin Tri Hoang, du contrebassiste Clemens van der Feen et du batteur Dré Pallemaerts, interrompu par la pluie, alors que le récital du jeune pianiste canadien Jan Lisiecki qui suivait était purement e simplement annulé, tandis qu’à quelques encablures, celui de sa consœur française Marie-Josèphe Jude se déroulait sereinement sous le ciel du Théâtre des Terrasses de Gordes…

Quand le Festival de piano de La Roque d'Anthéron commence à adopter l'atmosphère du Festival de Glyndebourne et ses piques-niques. Photo : (c) Bruno Serrou

Autre domaine où le piano est roi, celui de la musique de chambre. A Saint-Martin-de-Crau, sur les berges de l’Etang des Aulnes, où Jean-Frédéric Neuburger était le ciment d’une formation de chambre associant Augustin Dumay et le Quatuor Modigliani, tout fraîchement descendu des rives du lac Léman au terme de sa première édition des Rencontres musicales d’Evian dont il assurme désormais la direction artistique.  Au programme, le beau Concert en ré majeur op. 21 d’Ernest Chausson… Mais, ce même jour, à deux heures d’intervalle, deux concerts de choix étaient proposés à cent minutes de route aller-retour, obligeant les amateurs des deux programmes à une course effrénée s’il tenait à enchaîner les deux rendez-vous, les obligeant soit à l’excès de vitesse soit à rater la première partie du second concert…

Nikolaï Lugansky. Photo : (c) Florian Burger

Samedi 26 juillet

… Retour aux fondamentaux du Festival avec un récital de piano. Malgré son indubitable notoriété, Nicolaï Lugansky est de ces pianistes qui me laissent dubitatifs. Si bien que, contrairement à ce qu’affirme le programme de salle du festival, il est loin à mes oreilles d’être incontournable, si du moins il se trouve dans l’univers quelque élément qui le soit, puisque même le Mont-Blanc l’est à travers plaines, vallées et monts. Mais à La Roque d’Anthéron, il est évident dès l’abord que le public lui est tout acquis. L’élégant pianiste russe n’a certes pas fait salle comble mais il a su séduire un auditoire concentré et confiant dans un programme belgo-russe de grand piano romantique. Lugansky a ouvert son programme sur le triptyque de César Franck Prélude, Choral et Fugue de forme cyclique chère au compositeur belge dans la lignée de Richard Wagner. Mais c’est la seule concession de cette œuvre à la modernité d’alors, la trilogie se référant dans le fond au style classique en général et à Jean-Sébastien Bach en particulier, faisant un retour au Prélude et Fugue du Cantor auquel il ajoute en guise d’interlude un choral, autre renvoi à Bach. L’interprétation qu’en a donnée Nikolaï Lugansky, propre et distanciée, a mis en évidence le dicton peu favorable au fondateur de la Schola Cantorum qui prétend qu’il vaut mieux avoir l’âge de ses artères (César ter) que l’âge de César Franck… Sonate pour piano parmi les moins courues de Serge Prokofiev, la Quatrième en ut mineur op. 29 est l’une des plus sombres et retenues du compositeur russe, mais elle se conclut dans l’onirisme et l’allégresse empreinte d’humour. Jouant le corps rectiligne mettant en évidence le geste sans artifice d’où il émane une digitalité miraculeuse les doigts courant avec une surprenante vélocité considérant la mobilité réduite des bras et la tenue rigide de la silhouette du pianiste, qui semble regarder en spectateur ses doigts courir sur le clavier, Lugansky impose sa vision objective dans les deux mouvements initiaux qui peuvent pourtant inciter à un excès de pathos, mais s’avère malheureusement trop distant dans le finale, défait de ses dimensions lyrique et espiègle. En revanche, l’épure plus ou moins relative des Treize Préludes op. 32 de Serge Rachmaninov a été fort bien servie par le côté apollinien du jeu, décontracté et économe, de Lugansky, dont la distanciation affecte tensions, élans et mélancolie de la pensée de Rachmaninov pour mieux en souligner la rigueur et la virtuosité naturelle.

Vadim Repin (violon), Alexander Kniazev (violoncelle), Nikolaï Lugansky (piano), Kazuki Yamada et l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo. Photo : (c) Florian Burger

Dimanche 27 juillet

Affiche prestigieuse que celle du concert de dimanche soir, Parc du Château de Florent qui placardait complet, avec rien moins que trois des plus grands instrumentistes russe actuels, le violoniste Vadim Repin, le violoncelliste (également organiste) Alexander Kniazev et le pianiste Nikolaï Lugansky, entendu la veille en récital, pour le Triple concerto en ut majeur op. 56 de Beethoven. Entendu en août 2011 dans le cadre des trente ans du Festival de La Roque d’Anthéron dans la cour du Château de Mimet interprété par un trio français constitué, Le Trio Wanderer dialoguant avec le Sinfonia Varsovia dirigé par Francesco Angelico, le « Triple » de Beethoven était confié cette fois à un trio de stars russes, renvoyant à l’un des enregistrements les plus fameux et contestables de l’histoire du disque qui réunissait dans cette même partition David Oïstrakh, Mstislav Rostropovitch et Sviatoslav Richter autour d’Herbert von Karajan et de l’Orchestre Philharmonique de Berlin. Difficile de ne pas songer à cette version qui a tant fait de mal à cette œuvre que le Beaux-Arts Trio avait en revanche magnifié notamment sous la direction de Bernard Haitink avec l’Orchestre Philharmonique de Londres. Cette fois, loin de toute conception chambriste mais aussi de toute tentation d’un combat de solistes, sous la direction il est vrai attentive et lyrique du jeune chef japonais Kazuki Yamada, vainqueur du Concours de Besançon 2009 et protégé de Seiji Ozawa, dirigeant un Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo en très grande forme, aucun des solistes n’a cherché à tirer la couverture à lui, engageant au contraire un trilogue à quatre des plus chatoyant, dont le point névralgique était assuré par le violoncelle fruité, ample et bouillonnant d’Alexander Kniazev, qui catapultait littéralement ses deux partenaires malgré eux vers des sommets d’intensité, le violon de Vadim Repin aux sonorités chaudes mais manquant étonnamment de carnation et attaquant souvent la corde sous la note, et le piano de Nikolaï Lugansky par trop cristallin et peu sensuel, réussissant à transcender leur pudeur grâce à la puissante personnalité de leur compatriote violoncelliste. En première partie du concert, deux œuvres pour orchestre de Claude Debussy, Prélude à l’après-midi d’un faune et La Mer, que Kazuki Yamada a dirigées avec une densité, une précision et un sens de la nuance qui montrent que nous avons affaire à un futur grand du podium, déjà en pleine possession de son art. L’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo s’est d’ailleurs donné volontiers à la moindre intention d’un chef qu’ils apprécient de toute évidence, ce que confirme le fait qu’il vient d’être nommé Premier Chef invité de la phalange monégasque, qui, sous son impulsion, pourrait retrouver sa faconde qu’il avait atteinte sous l’impulsion du chef russe Yakov Kreizberg, mort prématurément en 2011 alors qu’il en était directeur musical.

Kazuki Yamada, Leif Ove Andsnes et l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo. Photo : (c) Florian Burger

Lundi 28 juillet

Mais la grande soirée qui attendait le public, venu presque aussi nombreux que la veille malgré les menaces de pluie, était celle de lundi, avec l’éblouissant Leif Ove Andsnes dans le plus grand concerto pour piano de Beethoven, le Troisième en ut mineur op. 37. Magicien du son au jeu aussi limpide qu’efficace, l’immense pianiste norvégien a offert du chef-d’œuvre une interprétation à la fois élégante, puissante et extraordinairement sensible. Silhouette élancée, se tenant relativement loin du clavier tandis que les doigts courent l’air de rien sur les touches qu’ils frôlent plutôt qu’ils les touchent, la perfection de la technique étant au service d’une interprétation épique et pénétrante, qui saisit l’auditeur pour le transporter dans l’inouï. Semblant loin l’un de l’autre durant le filage de l’après-midi, le pianiste norvégien et le chef japonais Kazuki Yamada ont réussi à fusionner leur conception de l’œuvre, l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo s’imposant en effet davantage comme un partenaire que comme accompagnateur, participant avec le soliste à une commune interprétation transcendante. Le visage austère et le corps rigide, Andsnes a néanmoins largement répondu à la demande du public qui l’appelait bruyamment à lui offrir un bis, en interprétant un Allegro final de feu de la Sonate pour piano n° 23 en fa mineur op. 57 « Appassionata » de Beethoven quasi contemporaine du Concerto n° 3 d’où il a été difficile de s’extraire. En seconde partie de programme, l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo a imposé son homogénéité et la brillante personnalité de ses pupitres solistes dans la lumineuse et sereine Symphonie n° 8 en sol majeur op. 88 d’Antonín Dvořák dirigé avec élan par Kazuki Yamada, malgré les intermèdes de pluie qui ont légèrement arrosé le parc de Florans durant l’exécution de l’œuvre, le chef interrogeant le public sur son confort d’écoute tandis que le maire de La Roque d’Anthéron participait avec les bénévoles à la distribution d’imperméables…

Parmi les prochains concerts, noter celui du 3 août à 21h au Parc du Château de Florans par Marc-André Hamelin qui dirigera du piano le Kremerata Baltica dans un programme Joseph Haydn.

Bruno Serrou

dimanche 27 juillet 2014

Le Festival des Arcs ou la musique de chambre au rythme des intempéries

Les Arcs, Bourg-Saint-Maurice / Savoie, Académie Festival de musique des Arcs, jeudi 24 et vendredi 25 juillet 2014

Les Arcs 1800. Photo : (c) Bruno Serrou

Les deux derniers jours de mon séjour à l’Académie Festival des Arcs 2014 ont été placés sous le signe du quatuor à cordes, et de deux des dix Traces de Martin Matalon.

Jeudi 24 juillet

Le jeune Quatuor Akilone, constitué exclusivement de femmes (Emeline Concé et Elise De-Bendelac, violons, Louise Desjardins, alto, et Lucie Mercat, violoncelle) a proposé en fin d’après-midi Salle des Fêtes de Bourg-Saint-Maurice un programme ambitieux réunissant deux chefs-d’œuvre pour quatuor d’archets de compositeurs « Mittle Europa », « les Quintes » de Joseph Haydn (1732-1809) et « Lettres intimes » de Leoš Janáček (1854-1928). Ces deux grandes partitions étaient précédées, Espagne oblige, d’une page méconnue et de moindre envergure de Joaquín Turina (1882-1949), « la Oración del torero » (La prière du torero) op. 34 de 1925 dans sa version pour quatuor à cordes (l’original est pour quatuor de luths) constituée d’une brève introduction et de deux pasodobles encadrant deux lents intermèdes. Une pièce passe-partout emplie d’allusions folklorisantes type espagnolades étonnantes chez un Espagnol bon teint que le Quatuor Akilone reprendra en bis.

Quatuor Akilone. Photo : DR

Les quatre musiciennes, qui ont été les élèves de Vladimir Mendelssohn au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris et qui sont actuellement soutenues par le Festival des Arcs qui leur offre à l’année le soutien de grands pédagogues a ensuite donné une interprétation trop retenue et contrainte, au point d’apparaître parfois timorée, du Quatuor à cordes en ré mineur op. 76/2 « les quintes » de Haydn, défait de la luminosité généreuse et sensuelle propre au maître viennois, avant de se faire plus engagées et en concordance avec les élans fiévreux et passionnés du Quatuor à cordes n° 2 « Lettres intimes » que Janáček a composé peu avant sa mort en 1928 comme une suite en quatre lettres d’amour sans paroles à son égérie Kamila Stöslova, femme mariée de quarante ans sa cadette. Pour amplifier la portée émotionnelle de l’œuvre, le compositeur morave avait confié tout d’abord la partie d’alto à une viole d’amour, avant de revenir à l’alto, instrument plus apte à répondre à la difficulté de cette partie. Il convient d’ailleurs de saluer la remarquable prestation de l’altiste du Quatuor Akilone, Louise Desjardins, ainsi que de la violoncelliste Lucie Mercat, tandis que la second violon, Elise De-Bendelac, est apparue plus contrainte, alors que le premier violon d’Emeline Concé a manqué d’assurance et de carnation. Mais toute quatre se sont généreusement engagées dans la conception globale de l’œuvre qui s’est pleinement épanouie dans le finale.  

Fine Arts Quartet. Photo : (c) Fine Arts Quartet

C’est à Arc 1600, dans la Coupole, qu’était offert le concert du soir. Le Fine Arts Quartet de Chicago a donné une lecture ardente et particulièrement sensible du Quatuor à cordes en fa majeur classé par Marcel Marnat comme opus 35 que Maurice Ravel (1875-1937) composa en 1904 avec une dédicace pour son professeur de composition, Gabriel Fauré. Une interprétation saisissante des quatre archets de l’Illinois, où le premier violon, Efim Boico, le violoncelle de Robert Cohen et, surtout, l’alto de Juan-Miguel Hernandez ont érigé un dialogue affable et voluptueux exaltant des sonorités épanouies et charnelles, le second violon de Ralph Evans y apportant sa touche aussi discrète qu’efficace de couleurs et de flamme.

Peyee Chen. Photo : (c) Peyee Chen

Cette grande page de Ravel a précédé Traces VII pour soprano et dispositif électronique en temps réel de Martin Matalon, malencontreusement donnée sous la Coupole d’Arc 1600 où s’était noyée quatre jours plus tôt Traces VIII pour violon et dispositif électronique en temps différé. Ecrite en 2008 pour soprano à la demande de l’ensemble Sillages, cette pièce est constituée d’un prologue, trois mouvements et un épilogue, le tout se présentant sous la forme d’un arc, l’épilogue étant semblable au prologue, mais en moins complexe. C’est à une élève de Donatienne Michel-Dansac, sa créatrice, la soprano taïwanaise vivant à Manchester Peyee Chen, expressément venue aux Arcs pour l’occasion, qu’a été confiée l’interprétation de cette page qui met judicieusement en valeur les particularités de la voix et du timbre de soprano colorature enrichis de la technologie informatique. Peyee Chen s’est avérée digne de la confiance de Donatienne Michel-Dansac, cristallisant l’attention du public profane réuni dans l’enceinte pourtant peu favorable de la Coupole où le son se perd à l’aplomb du sommet du dôme. Autre voix, celle plus profonde et moelleuse de la clarinette somptueusement sollicitée en 1891 par Johannes Brahms dans son sublime Quintette pour clarinette et cordes en si mineur op. 115. Florent Pujuila a enchanté la Coupole de ses sonorités brûlantes et enjoleuses, exaltant le merveilleux chant d’amour de l’Adagio, délicatement enveloppé par les cordes d’un quatuor de fins chambristes constitué pour l’occasion réunissant les violons de Pierre Fouchenneret et Richard Schmoucler, l’alto de Vinciane Béranger et le violoncelle de Raphaël Chrétien, qui a magnifié les cinq variations du finale de ses timbres de braise.

Vendredi 25 juillet

Martin Matalon et Véronique Lentieul. Photo : (c) Bruno Serrou

L’ultime concert entendu durant mon séjour aux Arcs a été donné sous une pluie torrentielle d’orage qui rebondissait bruyamment sur la toiture du Centre Taillefer d’Arc 1800. Ecrivons sans attendre que cette soirée a valu pour la seule seconde partition pour violoncelle du cycle Traces de Martin Matalon. Composée en 2013 pour Alexis Descharmes, qui l’a créée le printemps dernier Salle Cortot à Paris lors du concert de préfiguration du Festival des Arcs 2014, Traces IX pour violoncelle et dispositif électronique est l’une des pages les plus courtes du cycle. Elle n’en est pas moins d’une exigence supérieure de la part de son interprète, dont la virtuosité est continuellement sollicitée, puisqu’il doit attester d’une constante vélocité dans tous les modes de jeux, du pianissimo le plus éthéré au fortissimo le plus consistant, avant de retourner peu à peu vers le silence, jouant de toutes les capacités de son instrument, de l’expressivité la plus lyrique au pizz Bartók le plus sec, en passant par la percussion sur le flanc du violoncelle, l’archet sur le chevalet, de diverses sourdines, etc. La partie électronique magnifie le son de l’instrument qui atteint ainsi la consistance d’un être de chair et de sang. Alexis Descharmes s’est avéré en communion avec les intentions du compositeur, maîtrisant totalement l’œuvre qui, sous son archet et ses doigts, prend sans attendre la dimension d’un classique d’aujourd’hui.

Alexis Descharmes et Martin Matalon. Photo : (c) Académie-Festival des Arcs

Encadrant cette page impressionnante de Martin Matalon, deux œuvres moins convaincantes, l’une à cause de son interprétation, l’autre en raison de son inspiration. La première, la plus courue de Luciano Berio (1925-2003), les Folk Songs pour voix, flûte (aussi piccolo), clarinette, harpe, alto, violoncelle et percussion, a souffert d’une exécution sommaire, avec une soliste contrainte et lointaine, Elsa Maurus, et une direction sans conviction de Pierre Roullier, malgré la présence d’excellents instrumentistes, Silvia Careddu (flûte), Philippe Carrara (clarinette), Pierre-Henri Xuereb (alto), Flaurent Audibert (violoncelle) et Eve Payeur (percussion). Pour sa dernière prestation de l’été aux Arcs, le Fine Arts Quartet s’est associé au piano attentif de Jean-Claude Vanden Eyden pour interpréter de fastidieuses Les Muses andalouses op. 93/9 de Joaquín Turina, qui ont néanmoins permis au second violon du Fine Arts, Ralph Evans, d’imposer son talent, tandis que l’on eut apprécié que la voix de la soprano Ruth Rosique eut davantage à exprimer que le très court finale de cette trop longue partition en neuf mouvements…

Bruno Serrou