jeudi 19 septembre 2013

Karita Mattila et le WDR Sinfonieorchester Köln dirigés par Jukka-Pekka Saraste ont saisi Pleyel

Paris, Salle Pleyel, mardi 17 septembre 2013

le WDR Sinfonieorchester Köln et Jukka-Pekka Saraste. Photo : (c) WDR Köln, DR

Tandis que les orchestres de radio allemands sont actuellement sous la pression de restrictions monétaires qui, malgré la santé économique de l’Allemagne en regard du reste du monde, tendent à inciter les länder à réduire drastiquement leurs subsides, voire à les supprimer carrément, ce qui conduit soit à la concentration de plusieurs phalanges, à l’instar de ce qui se passe en ce moment dans le Bade-Wurtemberg, soit à leur disparition pure et simple, comme à Hanovre, il est bon que des salles de concert comme Pleyel les accueille tant ils tendent à l’excellence. Ce que confirme le haut niveau de la prestation de l’orchestre de la Westdeutscher Rundfunk (Radio de l’Allemagne de l’Ouest) de Cologne offerte mardi. 

Fondée en 1945 pour succéder à l’Orchestre du Reichssender créé en 1926, le Kölner Rundfunk-Sinfonie Orchester a eu pour directeurs musicaux des chefs de renom comme Christoph von Dohnanyi, Zdenek Macal, Gary Bertini et Semyon Bychkov. Sous leur impulsion, la formation de Rhénanie-du-Nord-Westphalie s’est imposée comme l’un des grands orchestres européens de radio. Et si l’on en croit la performance de l’orchestre à Pleyel, sa réputation est loin de devoir s’atténuer. 

Jukka-Pekka Saraste. Photo : (c) WDR Sinfonieorchester Köln, DR

A l’aune de ce concert, il est clair que sous l’influence de Jukka-Pekka Saraste, le WDR Sinfonieorchester Köln raffermit ses qualités intrinsèques. D’une formidable homogénéité, sonnant rond et fier, jouant avec un panache étourdissant, l’orchestre allemand répond à la moindre sollicitation du chef finlandais, qui, l’air de rien, tient fermement ses troupes tout en leur laissant la bride sur le cou. Pas une faute d’attaque, une panoplie de couleurs d’un foisonnement exceptionnel ont magnifié des œuvres que l’on croyait connaître par cœur au point de les rehausser et de surprendre à chaque phrase. 

Il faut dire que les musiciens chantaient dans leur jardin. Malgré une formation allégée (14-12-10-8-6 cordes) là où nombre de chefs allemands ajoutent généralement deux instrumentistes par pupitres, l’ouverture d’Egmont op. 84 et la Symphonie n° 5 en ut mineur op. 67 de Beethoven ont impressionné par la virtuosité de l’interprétation, la souplesse des attaques, l’unité des intonations, la vivacité de l’élan impulsé par le chef tandis que les musiciens rivalisaient en timbres et en luminosité agrémentés par une assise de graves au velouté ahurissant.
 
 Karita Mattila (soprano)
Entre les deux partitions beethoveniennes, l’Orchestre de la WDR a fait appel à Karita Mattila pour les Quatre derniers Lieder de Richard Strauss. L’on a pu craindre un instant que la soprano finlandaise ait la voix trop puissante pour ces pages crépusculaires du compositeur bavarois, qui rend ici un ultime hommage à la voix de sa femme, la cantatrice Pauline de Ahna créatrice du rôle de Gretel de Hänsel und Gretel de Humperdinck. Or, il n’en a rien été. Du moins après le premier lied, Frühling (Printemps) sur un poème d’Hermann Hesse, dont les vocalises légères ne correspondent pas à sa voix ample de Mattila, qui patinait quelque peu. Mais dès September (Septembre), le timbre lumineux qui a fait de la cantatrice une juvénile Salomé a pu s’épanouir pour vivifier l’émotion qui émanait de sa voix avec un naturel qui lui a permis de canaliser son expression et sa ligne de chant après avoir dû les soutenir de larges mouvements du corps pour surmonter les tensions du premier lied. L’émoi est allé crescendo jusqu’à l’ultime Im Abendrot (Au crépuscule) sur des vers de Joseph von Eichendorff dans lequel le compositeur, sur de sublimes appels de flûte évoquant les oiseaux s’égayant dans le ciel, s’interroge sur la nature de la mort, que l’orchestre et ses magnifiques solistes (violon, alto, cor, flûte, hautbois) et ses moelleux tutti a sertis d’un onctueux tissu sur lequel Karita Mattila a appuyé un chant d’une céleste beauté. L’on eut aimé après une telle profusion d’émotion que le temps demeure suspendu, mais la précipitation de quelques spectateurs pressés d’exhiber leur savoir, ont brisé le silence, se mettant sans attendre à applaudir avant même que le chef ait baissé les bras… Ils ont ensuite lourdement insisté pour que Karita Mattila leur offre un bis, mais la cantatrice, après avoir plusieurs fois remercié le public, a fini par signifier au chef sa volonté d’en rester là.

Après la Cinquième de Beethoven, Jukka-Pekka Saraste et le SWR de Cologne ont donné en bis l’ouverture de Béatrice et Bénédict de Berlioz, qui, avec cet orchestre aux harmonies veloutées, a sonné avec une abondance de couleurs et une fluidité de feu qui ont singulièrement manqué dans l’interprétation donnée durant le Festival Berlioz de la Côte-Saint-André en août dernier (voir http://brunoserrou.blogspot.fr/2013/08/hector-berlioz-recu-fin-aout-ses.html) du Jeune Orchestre Européen, ensemble d’instruments anciens dirigé par François-Xavier Roth. 

Bruno Serrou

mercredi 18 septembre 2013

Pour Serge Dorny, le Semperoper de Dresde représente « un projet passionnant ». Il y rejoint Christian Thielemann, chef titulaire de la Staatskapelle

Serge Dorny et Sabine von Schorlemer, ministre de la Culture de Saxe. Photo : (c) Matthias Creutziger, DR
© Matthias Creutziger
© Matthias Creutziger
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Serge Dorny sera le nouvel Intendant de l’Opéra d'Etat de Dresde à compter du 1er septembre 2014. En présence de la ministre de la Culture Sabine von Schorlemer, il a signé aujourd’hui le contrat pour une durée de cinq ans. En outre, Serge Dorny s’est vu confier la tâche de préparer dès le 1er octobre 2013 les programmes à partir de la saison 2014/15.

Achevé en 1878, rasé le 13 février 1945 lors des bombardements ravageurs de la ville par les Alliers, reconstruit entre 1977 et 1985, le Semperoper est l'un des théâtres lyriques les plus célèbres. Ce théâtre a été le cadre d'importantes créations, particulièrement d'opéras de Richard Wagner et, surtout, de Richard Strauss. Ces dernières années, l'Opéra de Dresde a donné en première mondiale des opéras de Siegfried Matthus, Hans Werner Henze, Peter Ruzicka et Matthias Pintscher, entre autres.

L'intendant désigné belge reste jusqu'à la désignation de son successeur directeur de l’Opéra National de Lyon, l’un des plus importants de France. Depuis 2003, il dirige avec beaucoup de succès ce théâtre réputé auquel il a su donner un rayonnement international.

La ministre des Sciences et de la Culture de l’Etat de Saxe Sabine von Schorlemer a souligné à l’occasion de la signature : « Je me réjouis que l’on ait pu engager pour l’opéra de Dresde, en la personne de Serge Dorny, une personnalité à l’expérience internationale. Sa réputation de premier ordre va de pair avec une longue expérience dans la direction artistique d’un opéra et d’un orchestre. Je suis certaine que Serge Dorny contribuera à renforcer l’excellente réputation de la Saxe comme terre d’art et de culture et à accroître le rayonnement international du Semperoper. »

Le Semperoper de Dresde. Photo : DR

Le futur directeur du Semperoper Serge Dorny a déclaré à Dresde : « Le Semperoper représente pour moi un projet passionnant et un nouveau défi. Je connais la riche et longue histoire de ce théâtre, et j’ai conscience de l’honneur qui m’est fait. Je tiens à remercier Monsieur le Ministre-Président et Madame la Ministre de la Culture pour leur confiance. Je me réjouis d’ores et déjà de travailler avec les forces vives du Semperoper et avec Christian Thielemann. Ensemble, nous pourrons écrire un nouveau chapitre de son histoire, afin d’en développer encore davantage le rayonnement national et international et d’en faire un théâtre ouvert sur la Cité et ouvert à tous : un Semperoper riche de son histoire et de sa tradition en même temps que tourné vers l’avenir. »

« Je me félicite du choix de Serge Dorny comme nouveau directeur du Semperoper », a déclaré pour sa part Christian Thielemann, le chef titulaire de la Staatskapelle de Dresde. « Il a conscience de la grande tradition de la Staatskapelle et de l’Opéra de Dresde à laquelle il se sent attaché tout comme tous ceux qui y travaillent. Je me réjouis de travailler avec lui et je suis certain que Serge Dorny saura faire progresser l’opéra de Dresde. »

Le directeur commercial des théâtres de Dresde, Wolfgang Rothe, s’est lui aussi félicité de la nomination du futur directeur : « Je suis très heureux que l’on ait trouvé en la personne de Serge Dorny un professionnel de l’opéra hautement estimé sur la scène internationale, une personnalité compétente qui s’entend à exploiter les potentiels du théâtre et un ardent défenseur d’un programme populaire tourné vers l’avenir pour diriger le Semperoper comme successeur de Mme Hessler. Grâce à son approche qu’il a déjà mise en œuvre avec succès à l’Opéra de Lyon, visant à ouvrir davantage l’opéra à toutes les couches du public tout en maintenant une qualité artistique élevée et à aller à la rencontre d’un public renouvelé, il saura certainement donner aussi à notre théâtre de grande tradition les impulsions nécessaires pour le faire progresser sur la voie dans laquelle il s’est engagé. »

Une commission internationale de prospection avait été nommée pour sonder les candidats potentiels à la direction de l’Opéra. Après un travail intense au cours des derniers mois, ses membres avaient soumis leur proposition à la ministre compétente.

Jürgen Hubbert, président de la commission de prospection :
« Lors des entretiens avec les candidats potentiels, Serge Dorny a convaincu la commission dès le début. Notre objectif était de proposer une personnalité ayant une expérience internationale et une réputation hors pair. Aussi sommes-nous très heureux que Serge Dorny se soit décidé pour l’opéra de Dresde. Nous nous réjouissons par avance des fruits de son travail artistique en Saxe. » 

La nomination d’un nouveau directeur à la tête de l’opéra de Dresde avait été rendue nécessaire par le décès soudain d’Ulrike Hessler qui avait dirigé le théâtre du 1er août 2010 au 30 juillet 2012. 
 
D'après le comuniqué du Bureau de presse du Semperoper Dresden

mardi 17 septembre 2013

La 24e Session de composition Voix nouvelles de Royaumont célèbre les 70 ans de son animateur, Brian Ferneyhough


Saison de l’abbaye de Royaumont, Session de composition Voix nouvelles, salle des Combles, salle des Charpentes, Cuisine des moines, samedi 14 septembre 2013

L'abbaye de Royaumont. Photo : (c) Bruno Serrou

La rentrée musicale parisienne se déroule chaque fin d'été à quelques encablures de la capitale, en un lieu magique jadis monastère royal. Ouverte à toutes les musiques de tous les temps, la création contemporaine et les jeunes espoirs de la composition y occupent une place centrale.

Inaugurée voilà soixante dix sept ans, la Saison de Royaumont est le rendez-vous musical le plus innovant de la fin d’été. Depuis 1964, sous l’égide de la Fondation Groüin-Lang propriétaire de l’abbaye cistercienne fondée par saint Louis aujourd’hui dans le Val d’Oise, elle propose une diversité de programmation qui court de la Renaissance jusqu’à la création la plus hardie, en passant par la danse, le jazz et les musiques traditionnelles. 

 Salle des Combles, le Namascae Lemanic Modern Ensemble dirigé par Azis Sadikovic. Photo : (c) Agathe Poupaney
Ce premier samedi consacré à la jeune création contemporaine s’est déroulé sous une pluie battante, contrairement à la coutume. Pas un instant de répit n’a été concédé par la météo aux mélomanes pour s’égayer dans le parc presque huit cents fois centenaire (1). Ainsi, la musique aura été la seule motivation d’un public moins nombreux que la normale mais plus choisi et concentré que d’habitude. Cette journée était placée sous l’égide de Brian Ferneyhough, directeur artistique de la Session de composition Voix nouvelles qu’il anime depuis 1990, entouré de deux nouveaux professeurs par sessions, cette année les compositeurs Fabien Levy et Oscar Blanchi. Pour son soixante-dixième anniversaire, le compositeur britannique aura été samedi dernier, à l’instar de son aîné György Ligeti, qui aurait célébré ses 90 ans, le référent du jour.  

Cette journée a néanmoins été consacrée pour l’essentiel aux travaux d’élèves. Ces derniers ont comme toujours bénéficié d’interprètes de haut rang, avec deux ensembles en résidence de grande qualité qui ont amplement fait leurs preuves par ailleurs, le Namascae Lemanic Modern Ensemble basé à Annemasse, à la frontière franco-suisse (Haute-Savoie), et l’ensemble strasbourgeois Linea de Jean-Philippe Wurtz. 

Salle des Charpentes, le Namascae Lemanic Modern Ensemble dirigé par Elena Schwarz. Photo : (c) Agathe Poupaney

Quinze œuvres d’autant de stagiaires âgés de 20 à 30 ans ont été présentées au public dans le cadre de deux concerts exécutés par les membres du Namascae Lemanic Modern Ensemble dirigé tour à tour par le compositeur chef d’orchestre suisse William Blank et par deux jeunes chefs découverts comme stagiaires de la Session de direction d’orchestre Péter Eötvös/Linea au printemps dernier (voir http://brunoserrou.blogspot.fr/2013/05/abbaye-de-royaumont-peter-eotvos.html), le Suissesse Elena Schwarz et l’Autrichien Azis Sadikovic. Néanmoins, souvent dans des partitions pour la plupart cantonnées à des formations réduites (trios, quatuors, quintettes, sextuors), la nécessité d’un chef ne s’est pas toujours clairement avérée indispensable, quelle que soit la difficulté d’exécution. Aucune pièce ne s’est vraiment détachée du lot, à l’exception dans le premier des deux concerts de l’après-midi salle des Combles d’Introspeccion pour soprano, hautbois, clarinette, saxophone et percussion de l’Espagnole Carolina Cerezo Davila (née en 1993), Cantor dust pour basson, cor, trompette, trombone, percussion et contrebasse de l’Italien Zeno Baldi (né en 1988) et d’Artificial White pour soprano, saxophone, vibraphone, piano et quatuor à cordes du Britannique Michael Cutting (né en 1987). Dans S88 pour soprano, piano et alto, l’Allemand Malte Giesen (né en 1988) dote ses interprètes de gobelets en plastique amplifiés qui leur permettent d’émettre des sonorités originales au sein d’une écriture sans réelle inventivité. 

Salle des Charpentes, le Namascae Lemanic Modern Ensemble et les compositeurs de la 24e Session Voix nouvelles. Photo : (c) Bruno Serrou 

Dans le second, présenté salle des Charpentes, s’est imposé le Mexicain Juan de Dios Magdaleno (né en 1984) avec … Canto cosmico… pour baryton, flûte et percussion rivalisant de bruits blancs et de souffle avant que la voix ne module de plus en plus dans le grave, tandis que Quartet « clothed like birds, with wings as garments » pour hautbois, cor, trompette et percussion de l’Autralo-Barhreïnien  Luke Paulding (né en 1987) riche en timbres et en couleurs, avec une partie de trompette sans doute difficile à exécuter tant elle est tendue dans l’aigu, et Multiple Exposure pour flûte, hautbois, clarinette, cor, trompette, trombone et contrebasse de l’Américano-Suisse William Dougherty (né en 1988) exploitant les instruments à contre-emploi et usant de modes de jeux souvent originaux, se sont avérées inventives. Mais le plus inattendu restera la pièce emplie d’humour signée par le Polono-Coréen Eunho Chang (né en 1983), qui, avec un inénarrable Le Café pour deux sopranos - il convient ici de saluer la performance des deux cantatrices, Angèle Chemin et Hélène Walter - rivalise avec le Duo des Chats de Gioacchino Rossini, instituant un dialogue de deux femmes autour d’un café à la fin de courses dans un grand magasin où elles ont acheté de la maroquinerie Vuitton, et qui découvrent aimer le même homme, prénommé Riccardo… Les sopranos désireuses d’élargir leur répertoire de duettistes devraient très vite s’emparer de cette page d’une dizaine de minutes…

Cuisine des moines, l'Ensemble Linea. Photo : (c) Bruno Serrou

Le concert du soir était confié à l’Ensemble Linea dirigé par son directeur, Jean-Philippe Wurtz, ensemble qui, au terme de ses cinq ans de résidence à Royaumont, atteint désormais un niveau enviable. C’est sur une œuvre du compositeur américain Alex Mincek (né en 1975), qui suivit ma Session de composition Voix nouvelles en 2007, Chamber concerto donné en création mondiale que s’est ouvert le programme hommage à Ferneyhough et Ligeti. C’est d’ailleurs sur le modèle du Kammerkonzert de ce dernier que Mincek a conçu sa partition, qui requiert le même instrumentarium. Le premier des quatre mouvements s’ouvre sur un bourdon de contrebasse et violoncelle qui prélude à des accords saccadés et des attaques rêches de l’ensemble instrumental. Le mouvement central est très mécanique d’essence avec des rythmes allant se décalant, conformément au modèle ligétien. Coloré, vif et puissant, le morceau est rehaussé par les timbres stridents du clavecin auquel fait écho un premier violon de braise, tandis que le piano instaure une résonance somptueuse. Le troisième mouvement est aérien avec cette note répétée à satiété du piano. Le lent final se présente tel un concerto grosso aux rythmes aquatiques et se conclut sur une longue tenue d’orgue rejoint par le tutti. Donné en première audition française, fondé sur un florilège de textes spirituels compilés par le moine Defensor, Liber Scintillanum (Livre des étincelles) pour six instruments de Brian Ferneyhough (né en 1943) apparaît étonnamment moins scintillant que l’œuvre de son ex-élève, est d’une complexité rythmique saisissante qui instille pourtant une impression de stabilité et de linéarité étonnante. 

Cuisine des moines, Jean-Philippe Wurz et l'Ensemble Linea. Photo : (c) Agathe Poupaney

Le Kammerkonzert de György Ligeti (né en 1923) a constitué le point d’orgue de la journée. Composé en 1969-1970 pour treize instrumentistes (piccolo/flûte, hautbois/hautbois d’amour/cor anglais, deux clarinettes/clarinette basse, cor, trombone, clavecin/orgue électronique, piano/célesta, deux violons, alto, violoncelle, contrebasse), ce concerto de chambre se situe dans la continuité de Lontano (1967) tout en ouvrant la création de Ligeti sur de nouvelles perspectives. Ainsi, le Kammerkonzert se présente-t-il comme une œuvre de synthèse, ménageant à la fois un climat d’apesanteur et de statisme par l’emploi de la « micro polyphonie » et une énergie d’où il émane au contraire une impression de chaos. L’écriture particulièrement rigoureuse de Ligeti se porte sur tous les niveaux de l’élaboration de l’œuvre, que ce soit dans l’architecture des quatre mouvements comme dans la conduite mélodique, canonique, sonore et temporelle. L’interprétation qu’en ont donné l’Ensemble Linea et Jean-Philippe Wurtz s’est imposée par la beauté des timbres, la précision des attaques, le fondu des sonorités, la souplesse d’exécution, la précision du jeu, suscitant ainsi un plaisir de l’écoute sans limite, à mille lieues de la prestation qu’en avait donné l’Ensemble du Lucerne Festival Academy Orchestra sous la direction de Heinz Holliger en juin dernier en clôture du Festival ManiFeste de l’IRCAM (voir http://brunoserrou.blogspot.fr/2013/07/heinz-holliger-conclut-le-festival.html).

Bruno Serrou

lundi 16 septembre 2013

A l’Opéra de Paris, un Alceste noir de Gluck dessiné à la craie par Olivier Py, dirigé avec énergie par Marc Minkowski et enluminé par Sophie Koch et Yann Beuron

Opéra de Paris Garnier, jeudi 12 septembre 2013


Première nouvelle production de la saison 2013-2014 de l’Opéra de Paris, Alceste du chevalier Christoph Willibald von Gluck a attiré tout ce qui compte dans le monde du théâtre lyrique. C’est évidemment à Garnier et non pas à Bastille qu’est proposé l’ouvrage dans lequel le compositeur et son librettiste Ranieri de Calzabigi ont cristallisé en 1767 la réforme de l’opéra qu’ils avaient amorcée cinq ans plus tôt dans Orfeo ed Euridice. Lors de la publication en 1769 du livret d’Alceste, Calzabigi définit les caractéristiques de sa réforme de l’opéra, écrivant vouloir « limiter la musique à sa véritable fonction qui est de servir la poésie avec expression, en évitant de l’étouffer par quantité d’ornements superflus ».
 
Gluck, Alceste. Sophie Koch (Alceste) et Yann Beuron (Admète). Photo : (c) Agathe Poupeney / Opéra de Paris

Conçu en italien pour le Burgtheater de Vienne, qui en a donné la création le 26 décembre 1767, Alceste est entré au répertoire de l’Opéra de Paris le 23 avril 1776 dans une version française remaniée par François-Louis Gand Le Blanc du Roullet. Les versions italienne et française divergent de ce fait largement l’une de l’autre, les personnages n’étant pas tout à fait identiques tandis que les scènes sont agencées différemment. Cette version parisienne est considérée comme très supérieure à l’italienne au point d’avoir été traduite en allemand, italien et anglais pour être jouée depuis le XIXe siècle sur les principales scènes lyriques. Le personnage d’Alceste, toujours présent et chantant constamment trois heures durant, requiert une cantatrice aux qualités athlétiques exceptionnelles comparables dignes d’une Isolde.
Gluck, Alceste. Photo : (c) Agathe Poupeney / Opéra de Paris
Alceste conte le destin morbide de l’épouse du roi Thessalie, Admète. Ce dernier est mourant. Mais les dieux promettent de l’épargner si une autre personne accepte de mourir à sa place. Alceste consent à être cette personne, et décide de se sacrifier malgré les supplications de son mari. Cependant, Hercule parvient à les sauver tous les deux en descendant aux Enfers délivrer Alceste tout en protégeant Admète, et leur permet ainsi de continuer à vivre, heureux.
Gluck, Alceste. Yann Beuron (Admète), membres du Chœur des Musiciens du Louvre Grenoble. Photo : (c) Agathe Poupeney / Opéra de Paris
La mort plane donc sur la totalité de cette œuvre qui vante la fidélité conjugale conduisant au sacrifice adaptée de la pièce éponyme d’Euripide. Ce qui, pour la première de ses quatre nouvelles productions de l’année, dont une création mondiale à Genève, le monodrame Siegfried de Michael Jarrell, et la reprise de son Hamlet d’Ambroise Thomas à la Monnaie de Bruxelles, a conduit Olivier Py à réaliser une mise en scène en noir (ardoise, costumes, lumières) et blanc (craies, robe d’Alceste, colombe d’Hercule) proche de l’oratorio évoquant la fugacité de l’existence. D’où sans doute un certain dénuement, une économie de mouvements, des décors spartiates qui évoquent la mélancolie de la vie qui s’éteint, à l’instar de cette silhouette tracée à la craie du palais Garnier qui disparaît pour ouvrir sur une porte d’église et une perspective maritime, une forêt d’arbres desséchés, puis le rideau de scène de Garnier évocation du seuil des Enfers où Alceste doit descendre à la place d’Admète. Ou plutôt qui s’efface, avec cette idée de dessins réalisés à fresque façon street art baroque en direct sur des tableaux noirs par quatre artistes qui les effacent ensuite dans la continuité du spectacle, ce qui surprend et fascine tout d’abord avant de susciter une certaine lassitude par leur systématisation. Seules tâches de couleurs, un Apollon qui apparaît à la fin du troisième acte tel un faune enluminé de pépites dansant les joyeuses retrouvailles du couple sauvé par un Hercule prestidigitateur en frac tirant de son haut-de-forme une pluie d’or et une colombe blanche.
Gluck, Alceste. Yann Beuron (Admète), membres du Chœur et de l'Orchestre des Musiciens du Louvre Grenoble. Photo : (c) Agathe Poupeney / Opéra de Paris
Fidèle à lui-même, Olivier Py et son scénographe Pierre-André Weitz ont convoqué leurs éternels lit et chaise d’hôpital et les aphorismes enfantins écrits à grands traits et à la volée par les protagonistes, les allusions à la foi catholique (Cène, Eucharistie, Résurrection) dont Py porte ostensiblement les signes jusque sur son propre costume (une grande croix sertie de brillants), ce qui tire parfois la spiritualité de l’ouvrage aux limites du caricatural. Curieusement, c’est dans la seconde partie du spectacle que le théâtre s’impose vraiment, après que l’orchestre ait été extrait de la fosse pour investir le plateau façon opéra en concert, l’action se déroulant dès lors autant à l’avant-scène qu’au fond du plateau, tandis que la direction de Marc Minkowski, qui connaît parfaitement cette musique et le fait généreusement ressentir, même si on l’eût souhaité un rien plus onirique, se fait plus vive et lyrique encore que dans la première partie, au contact direct des chanteurs. Le Chœur, d’une belle homogénéité, et l’Orchestre des Musiciens du Louvre Grenoble excellent, malgré des timbres que l’on aimerait plus charnels et moelleux.

Sophie Koch, Yann Beuron, qui remplace favorablement Roberto Alagna originellement prévu, et Jean-François Lapointe en Grand-Prêtre d’Apollon, sont tous trois à l’aise dans leurs rôles respectifs. Pourtant, au début de la représentation, un vibrato excessivement large et un timbre serré, l’on crut un moment la mezzo-soprano française incapable de surmonter le personnage écrasant d’Alceste. Les limites étant atteintes dans le fameux Divinité du Styx dans lequel elle est apparue comme asphyxiée dans le grave de son registre. Mais une fois cet air passé, la cantatrice, comme rassurée, s’est rapidement libérée, retrouvant ses marques pour camper une héroïne émouvante et généreuse. Voix solide au timbre de velours, vocalité éblouissante et aigus étincelants, Yann Beuron campe un Admète de très grande classe. Jean-François Lapointe est un impressionnant et glacial Grand-Prêtre d’Apollon, Franck Ferrari en fait un peu trop en Hercule-illusionniste bienveillant. Confiés à la jeune génération de chanteurs, les quatre Coryphées (Marie-Adeline Henry, Bertrand Dazin, Stanislas de Barbeyrac, Florian Sempey) et François Lis (une divinité infernale, l’Oracle) parachèvent une distribution de haut rang.

Bruno Serrou

vendredi 13 septembre 2013

A Toulouse, Piano aux Jacobins, deux récitals enthousiasmants de jeunes pianistes, Jonas Vitaud et Nino Gvetadze

Toulouse, Festival Piano aux Jacobins, Saint-Pierre-des-Cuisines et Cloître des Jacobins, lundi 9 et mardi 10 septembre 2013

Toulouse, le cloître des Jacobins. Photo : (c) Bruno Serrou

En l’espace de trente-trois ans, Piano aux Jacobins a fait de Toulouse-la-belcantiste une capitale internationale du piano. Depuis 1980 en effet, sous l’impulsion de Catherine d’Argoubet et Paul-Arnaud Péjouan-Cassanelli les fondateurs de la manifestation, tous les grands pianistes du monde s’y sont produits ou s’y produiront un jour. Plus nombreux encore sont ceux qui y ont été révélés ou qui s’y sont imposés parmi l’élite internationale de l’instrument-roi. Plus de deux cents pianistes de toutes générations se sont ainsi succédé dans le somptueux cadre du cloître de l’ancienne abbaye dominicaine des Jacobins et dans l’espace magique de Saint-Pierre-des-Cuisines et autres salles (1) avec, ces dernières années, un pourcentage conséquent de jeunes représentants de l’école française, « d’une qualité jamais atteinte et en aussi grand nombre », constate, heureux du phénomène, Paul-Arnaud Péjouan-Cassenalli.
Toulouse, Piano aux Jacobins, la salle Saint-Pierre-des-Cuisines. Photo : (c) Bruno Serrou
Les lieux investis par Piano aux Jacobins sont à la fois de toute beauté et dotés d’acoustiques exceptionnelles. Les jauges sont aux justes proportions des récitals proposés, et le public reste assez proche des artistes pour une écoute en confidence. « Je viens tous les ans depuis la fondation du festival, me disait lundi un spectateur. Cette fois, j’ai pris un abonnement à tous les concerts, ce qui ne m’était pas arrivé depuis une dizaine d’années pour cause de déplacements à l’étranger. Cette fois, je me suis débrouillé pour décaler mes rendez-vous professionnels qui m’éloignaient de Toulouse. » Un autre se félicitait d’avoir pu entendre les plus grands pianistes, alors que sans Piano aux Jacobins il n’aurait pas été question pour lui d’y songer. Le succès et la résonance du festival sont tels que le concept et l’appellation Piano aux Jacobins s’exporte depuis un certain nombre d’années dans quatre villes de Chine (Pékin, Shanghai, Wuhan, Guangzhou) et en Italie (Spoleto).
Toulouse, Piano aux Jacobins. la salle de concert du cloître. Photo : Bruno Serrou
Vingt-quatre pianistes se succèdent cette année à Toulouse en un mois de festival. Aux côtés des grandes figures que sont Richard Goode, Boris Berezovsky, David Frey ou Elisabeth Leonskaja, plus d’une quinzaine de jeune artistes sont présentés à l’insatiable curiosité du public, qui en redemande tant il est friand de découvertes. « Depuis 1980, Piano aux Jacobins présente son lot d’interprètes inconnus, remarque un Toulousain, et chaque fois je suis heureusement surpris par le talent de chacun. Je suis donc les yeux fermés ce que proposent les organisateurs du festival, et je suis fier d’appartenir à un public qui a découvert ici quantité de grands noms du piano contemporain. »
Toulouse, Piano aux Jacobins, Jonas Vitaud répétant salle Saint-Pierre-des-Cuisines. Photo : (c) Bruno Serrou
Récital Jonas Vitaud
Les deux jours que j’ai passés à Piano aux Jacobins m’ont permis de réentendre un jeune pianiste français particulièrement prometteur, Jonas Vitaud, et de découvrir son homologue géorgienne Nino Gvetadze. Le premier, âgé de trente-trois ans, disciple de Brigitte Engerer, Jean Koerner et Christian Ivaldi, se produit à travers l’Europe et jusqu’en Chine. Dans l’acoustique claire et singulièrement équilibrée de Saint-Pierre-des-Cuisines, il a ouvert son récital présenté sous l’égide du Palazetto Bru Zane, Centre de musique romantique française à Venise, sur six pièces de Félicien David (1810-1876). Ce compositeur célébré par Hector Berlioz est l’auteur d’un nombre considérable de pièces pour piano aux fragrances salonardes, alors-même que la sélection opérée par le pianiste sensée présenter les pièces les plus représentatives, sont apparues ternes et convenues, loin du génie de contemporains de David comme Alkan et Liszt… Ainsi Vitaud, malgré un Yamaha sonnant clair et parfaitement réglé, a-t-il eu du mal à entrer dans son récital, ces premières pièces étant pour le moins convenues. Mais, très vite, le pianiste français s’est fait plus onirique et imaginatif, avec une Gondoliera extraite de Venezia e Napoli de Liszt, suppléments aux Années de pèlerinage, qui a précédé de poétiques Estampes et Île joyeuse de Debussy.
Toulouse, Piano aux Jacobins. Récital Jonas Vitaud. Photo : (c) Bruno Serrou
La suite du programme sortait des sentiers battus, avec une étonnante paraphrase sur les Maîtres Chanteurs de Nuremberg de Richard Wagner réalisée par Hugo Wolf, suivie de deux autres paraphrases moins intéressantes de pages de Jules Massenet, l’une réalisée par son élève Henri Kaiser (1861-v.1932), le mièvre Sous les tilleuls extrait des Scènes alsaciennes pour orchestre, l’autre par Camille Saint-Saëns sur la célébrissime Mort de Thaïs que Vitaud a enchaînée à une autre mort tout aussi célèbre mais bien plus admirable et troublante, celle d’Isolde que Franz Liszt réalisa de façon incomparable sur la scène finale de Tristan und Isolde de Wagner. Depuis le plateau de Saint-Pierre-des-Cuisines, pas un détail n’a échappé à l’auditoire de la lecture contrastée et riche en couleurs et en intensité de Vitaud. S’attardant sur la même atmosphère de gravité et d’introspection, le pianiste a donné en bis, non sans les présenter avec talent, l’une des quatre Valses oubliées de Liszt aux élans énigmatiques suivie du premier des Trois préludes d’Henri Dutilleux, le merveilleux D’ombre et de silence dont Vitaud a remarquablement suggéré les magnétiques envoûtements.
Toulouse, Piano aux Jacobins. Nino Gvetadze répétant dans le cloître des Jacobins. Photo : (c) Bruno Serrou
Récital Nino Gvetadze
C’est un programme d’une impressionnante difficulté, avec rien moins que deux des œuvres de la littérature pianistique les plus complexes du répertoire romantique, que Nino Gvetadze a présenté mardi pour sa seconde participation au festival toulousain dans un cloître des Jacobins archi-comble : la Wanderer Fantasie op. 15 D. 760 de Schubert et les Tableaux d’une exposition de Moussorgski. Née voilà vingt-cinq ans à Tbilissi, où elle a fait ses études au conservatoire avant de les poursuivre à partir de 2003 à Amsterdam, où elle vit désormais, élève de Jean-Yves Thibaudet, entre autres, Deuxième Prix du Concours Franz Liszt de Budapest en 2008, Nino Gvetadze est de ces artistes que l’on n'oublie plus après les avoir écoutés. Dotée de mains fines à l’écartement limité et aux doigts minces mais musclés et puissants, la jeune pianiste peut tout jouer avec une digitalité à toute épreuve et un nuancier infini qui lui permettent d’exhaler de son Steinway une palette de couleurs d’une ampleur phénoménale.
 
Toulouse, Piano aux Jacobins. Récital Nino Gvetadze cloître des Jacobins. Photo : (c) Bruno Serrou
Jouant sans emphase, souplement assise devant le clavier, il émane de son être une présence avenante et une concentration à toute épreuve. Dans une première partie entièrement consacrée à Schubert, si son approche du Moment musical n° 2 en la bémol majeur op. 94 D. 780 s’est avérée distanciée et étrangement vidée de sa substance, au point que la pièce est apparue comme un échauffement, l’Impromptu n° 4 op. 90 D. 899 s’est fait plus carné, chantant en toute luminosité, introduisant avec brio une vibrante Wanderer Fantasie directement enchaînée à l’impromptu. La jeune pianiste a le talent de la narration, tenant son public en haleine, le conduisant où elle veut, attirant son attention sur un détail tout en ne négligeant pas la globalité. Ainsi, sa Wanderer apparaît -elle comme un vrai parcours initiatique à travers une multitude de paysages et de climats, de l’emportement jusqu’à la désolation, en passant par l’élan, la flamme, l’introspection.
Toulouse, Piano aux Jacobins. Nino Gvetadze au terme de son récital du cloître des Jacobins. Photo : (c) Bruno Serrou
Cette jeune femme à la frêle silhouette a donné ensuite une interprétation étincelante des Tableaux d’une exposition de Moussorgski enluminée par une incroyable richesse de sons et de couleurs magnifiée par une impressionnante puissance de jeu préservant une continuelle transparence, une sensualité qui rappelle combien Debussy est redevable à Moussorgski. Ses doigts courant tels des funambules prestidigitateurs sur les touches du piano, elle réussit le prodige de ménager des contrastes inouïs, au point que l’on croirait entendre un orchestre entier sortir du coffre du piano. Il est grand temps que Paris découvre enfin à son tour cette superbe musicienne.
Bruno Serrou

1) Outre le cloître des Jacobins et Saint-Pierre-des-Cuisines, le festival Piano aux Jacobins investit la Halle aux Grains pour les concerts avec orchestre, l’Escale et le Musée des abattoirs

 

jeudi 12 septembre 2013

Joan Matabosch succède à Gérard Mortier aux fonctions de directeur artistique du Teatro Real de Madrid

Joan Matabosch (né en 1961), nouveau directeur artistique du Teatro Real de Madrid. Photo : DR
 
Au terme d'une réunion qui s'est tenue mercredi 11 septembre 2013 à la suite des déclarations de Gérard Mortier à propos de son cancer et de son départ qui allait en découler, la Commission exécutive du Teatro Real de Madrid a entériné la nomination de Joan Matabosch comme directeur artistique de cette grande institution lyrique pour une durée de six ans. Cette décision a été prise conformément à la procédure de désignation de la personnalité appelée à occuper le poste de directeur artistique, processus initié voilà trois mois au cours duquel plusieurs grands professionnels de diverses nationalités ont été étudiées. La Commission Ejecutiva del Teatro Real a décidé lors de l'intégration immédiate de Joan Matabosch ten ant que directeur artistique.

Profil de Joan Matabosch

Né à Barcelone en 1961, Joan Matabosch a étudié le piano, le chant et l'harmonie. Il est diplômé de sciences informatiques de l'Université Autonome de Barcelone et a étudié la sociologie à l'Université Complutense de Madrid. Depuis 1997 il est le directeur artistique du Gran Teatre del Liceu de Barcelone. Depuis le début de son mandat à la tête de l'Opéra de la capitale catalane, il a favorisé l'intégration au sein de la programmation des grands compositeurs du XXe siècle et a conforté la présence des meilleurs chanteurs, chefs d'orchestre et metteurs en scène de la scène mondiale. Il a également mis en place et développé un projet audiovisuel considérable qui a conduit à la publication sur support DVD de plus de cinquante productions du Liceu. Parallèlement, il a encouragé les coproductions avec d'importants théâtres lyriques internationaux. Il est le fondateur et le président de « Opera Europa ».
 
Le communiqué de presse du Teatro Real de Madrid précise que « le projet artistique présenté par Joan Matabosch est en totale cohérence avec le projet actuel du Teatro Real, en particulier en ce qui concerne le haut niveau de qualité musicale et de renommée internationale.

« Le président du Teatro Real a informé le Président de la Gran Teatre del Liceu de cette décision et l'intention de le réaliser avec toute la flexibilité nécessaire afin de faciliter la période de transition, le tout dans un esprit de collaboration qui règne entre ces deux institutions. En ce sens, Joan Matabosach continuera de collaborer avec le Liceu jusqu'à ce que sa succession ait été assurée. 

« En conséquence, poursuit le communiqué, la Commission exécutive a décidé de remplacer celui qui a été jusqu'à présent le directeur artistique, Gérard Morier. Cette décision a été prise à la suite de ses récentes déclarations publiques dans lesquelles il a clairement indiqué sa décision de quitter le Teatro Real si le candidat final n'était pas un de ceux qu'il a proposés.

« Quoi qu'il en soit, le Teatro Real regrette très sincèrement les informations reçues au sujet de l'état de santé de Gerard Mortier, et lui souhaite un prompt rétablissement. De même, le Teatro Real tient à remercier publiquement le travail extraordinaire que Gerard Mortier a réalisé pendant les quatre années qu'il a passées à la tête du théâtre. »


La réaction de Gérard Mortier

La réaction de Gérard Mortier ne s'est pas faite attendre. Avec son franc-parler habituel, l'ex-directeur du Teatro Real a déclaré : « Personne ne m'a appelé ces quatre derniers jours. Je n'ai pas été informé du fait que mon successeur avait été choisi, alors qu'ils savaient que ma première séance de chimiothérapie avait lieu aujourd'hui. Nous nous trouvons face à une situation juridique complexe, avec deux directeurs artistiques, car je ne suis pas encore mort, même si certains en seraient heureux. » A propos de Joan Matabosch, Gérard Mortier dit qu'il s'agit d'« un homme sympathique et que j'apprécie. Mais ce qu'il propose n'a rien à voir avec le projet en cours. Il me fait peur car je crains qu'il n'ait pas la force de s'imposer face au gouvernement. Ce que je veux dire c'est que Miguel Angel Recio (directeur général de INAEM, Institut National des Arts du Spectacle et de la Musique) dirige depuis son bureau le Teatro Real, comme il le fait pour la Compagnie nationale de danse. Mais avec moi il n'a pas réussi. »

A propos de son licenciement, Gérard Mortier prévient : « Je me suis entretenu avec des artistes, et beaucoup ont annulé leur venue : Hengelbrock, Currentzis, Cambreling, Bychkov, Sellars, Muti, Hänchen, Wilson... Je crains aussi que le chœur se désintègre. Et c'est ce qui me fait souffrir le plus. C'est un énorme travail de trois ans qui va être détruits en une seule année. »